08/11/2026
Le deuil d’une partie de soi-même
Il existe un deuil dont on parle très peu : le deuil d’une partie de soi-même.
Une maladie, un accident, une opération… et soudain, la vie ne ressemble plus à ce qu’elle était. Le corps change, les capacités aussi, et avec elles, une identité entière se transforme. Ce deuil-là est intime. Il ne se voit pas toujours, mais il bouleverse tout. C’est dire adieu à des gestes qu’on faisait sans y penser, à une force qu’on croyait acquise, à une version de soi qu’on aimait bien. C’est perdre un territoire familier, celui où l’on savait comment marcher, comment se tenir, comment être soi.
Faire le deuil de soi-même, c’est l’un des passages les plus difficiles qui soient. Parce qu’on ne pleure pas seulement ce qu’on a perdu : on pleure ce qu’on ne sera plus, ce qu’on aurait voulu rester, ce qu’on n’a pas choisi de laisser derrière.
C’est une transformation imposée, parfois brutale, qui demande une patience immense et une tendresse infinie envers soi. Une transformation où l’on avance lentement, avec des pas hésitants, en apprenant à apprivoiser un corps différent, des limites nouvelles, une identité qui se redessine.
Ce deuil-là n’est pas un renoncement à vivre. C’est un réapprentissage. Un lent travail de reconstruction où l’on découvre, au fil du temps, de nouvelles forces, de nouveaux repères, de nouvelles façons d’exister. C’est accepter que la vie ne revienne pas comme avant, mais qu’elle peut encore être habitée, nourrie, aimée.
Et si on honorait davantage ceux qui traversent ce passage? Parce que derrière chaque adaptation, il y a un courage silencieux. Derrière chaque renoncement, il y a une renaissance. Derrière chaque fragilité, il y a une dignité immense.
Faire le deuil d’une partie de soi-même, c’est apprendre à se reconnaître autrement. C’est accueillir une nouvelle version de soi, plus vulnérable peut-être, mais souvent plus vraie. C’est découvrir que même dans la perte, quelque chose continue de vivre, de vibrer, de chercher la lumière.
Et parfois, dans ce long travail intérieur, on finit par comprendre que l’on ne s’est pas perdu. On s’est transformé.
© Colette Lupien