14/10/2026
MAURICE BON : LE JEUNE AS BRETON DU NORMANDIE-NIÉMEN TOMBÉ À 23 ANS DANS LE CIEL SOVIÉTIQUE
Le 13 octobre 1943, dans le ciel de Biélorussie, le sous-lieutenant Maurice Bon trouve la mort aux commandes de son chasseur Yakovlev, à seulement 23 ans. Pilote du groupe de chasse français Normandie, engagé aux côtés de l'Armée rouge contre la Luftwaffe, il compte déjà six victoires aériennes homologuées. Né le 10 février 1920 à Elliant, dans le Finistère, et élevé à Quimper, ce jeune Breton s'est passionné très tôt pour l'aviation. En mai 1937, il rejoint la section d'aviation populaire de l'Aéro-club de Quimper et de Cornouaille. Dès le mois suivant, il effectue son premier vol sur Caudron Luciole. Breveté pilote le 28 décembre 1937, il obtient son brevet du second degré le 10 juin 1938. Parmi ses instructeurs figure Jacques Andrieux, futur as de la France libre. En janvier 1939, Maurice Bon s'engage dans l'Armée de l'air. Il ne sait pas encore que sa carrière de pilote militaire le conduira, quatre ans plus t**d, à combattre à des milliers de kilomètres de sa Bretagne natale.
Formé notamment à Avrillé, près d'Angers, Maurice Bon obtient son brevet militaire en avril 1939. Il poursuit son instruction sur plusieurs appareils, dont le North American NAA-57, le Caudron Simoun et le Caudron Goéland, avant de découvrir les chasseurs Morane-Saulnier MS.406, Dewoitine D.520 et Bloch MB.151. Affecté au groupe de chasse II/1 en juillet 1940, il est démobilisé le 31 août, après la défaite française. Il rejoint alors l'organisation Jeunesse et Montagne, avant d'être réintégré dans l'aviation en mai 1941. Volontaire pour servir à Madagascar, il quitte Marseille en septembre 1941 et rejoint finalement la grande île au printemps 1942. Le 5 mai, il assiste à l'attaque britannique contre Diego-Suarez, première phase de la campagne de Madagascar. Après la cessation des combats et le ralliement de l'île à la France combattante, il choisit de poursuivre la guerre contre l'Allemagne. En janvier 1943, il s'engage dans les Forces aériennes françaises libres. Volontaire pour le groupe Normandie, il rejoint l'Union soviétique à la mi-mai. Il intègre ainsi une unité française exceptionnelle, engagée directement sur le front de l'Est, où les pilotes affrontent quotidiennement les Messerschmitt Bf 109 et les Focke-Wulf Fw 190 dans des combats particulièrement meurtriers.
Le 23 juin 1943, Maurice Bon connaît ses premiers engagements contre des Fw 190. Au fil des semaines, il s'impose comme un chasseur efficace et audacieux, participant aux opérations du Normandie pendant les offensives soviétiques de l'été et de l'automne. Son palmarès atteint six victoires homologuées, auxquelles s'ajoutent une victoire probable et un appareil endommagé. Mais le 13 octobre 1943, lors d'un combat aérien dans la région d'Orcha, son Yak est abattu. Le lieutenant Roger Denis, autre pilote français engagé dans la même phase du combat, est également tué. Denis parvient à quitter son appareil, mais son parachute ne s'ouvre pas ; l'avion de Bon, touché à basse altitude, s'écrase sans que son pilote puisse le redresser. Les archives des revendications allemandes font apparaître deux Yakovlev attribués au Feldwebel Otto Würfel, de la 8./JG 51, à 11 h 05 et 11 h 06 selon les horaires allemands. Les altitudes et les secteurs géographiques mentionnés présentent des concordances avec les pertes françaises. Cette proximité rend plausible l'attribution des deux victoires à Würfel, sans constituer à elle seule une identification absolument certaine. Les deux aviateurs français disparaissent ainsi à quelques instants d'intervalle, au cours d'une journée particulièrement douloureuse pour le groupe Normandie.
Maurice Bon reçoit à titre posthume plusieurs distinctions françaises et soviétiques, notamment la Médaille militaire, la Croix de guerre et des décorations de l'ordre soviétique de la Guerre patriotique. Pourtant, après sa disparition, une autre histoire commence : celle de sa sépulture. Bien que son corps ait été identifié et que ses papiers aient été récupérés, sa dépouille n'est pas rapatriée en France. Pendant des décennies, sa famille cherche à retrouver précisément son lieu d'inhumation. Ce n'est qu'en 2012, grâce aux recherches de Joël Souben, proche de la famille, que sa tombe est localisée dans le cimetière militaire de Stefanovo, en Biélorussie. À Quimper, sa mémoire avait néanmoins été entretenue bien avant cette découverte : son nom fut donné à l'aérodrome dès 1946, avec une inauguration officielle en 1953, et une allée de la ville porte également son nom. Maurice Bon n'aura connu que quelques mois de combats au sein du Normandie, devenu plus t**d Normandie-Niémen. Son parcours rappelle le destin de ces jeunes Français qui, refusant de renoncer à la lutte, traversèrent l'Europe et rejoignirent le front soviétique pour continuer à combattre. À 23 ans, Maurice Bon avait déjà inscrit son nom parmi les aviateurs français tombés pour la libération de leur pays.
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