23/10/2026
A qui appartiennent les croix (suite)
Nous avons évoqué lors de la première publication que l’officialisation des propriétés des biens du culte était issue de la loi sur la séparation de l’église et l’état de décembre 1905 qui mettait fin au concordat datant du premier empire.
Cette loi intégrait dans son article 3, un inventaire a réaliser dans chaque commune par les agents du domaine pour inventorier tous les biens mobiliers et immobiliers. Les dispositions de cet article de loi devant sous un an transférer les biens mobiliers et immobiliers des paroisses vers les associations cultuelles locales à créer. Les édifices servant au culte, propriétés des communes, étant laissés à la disposition de ces associations.
Début février 1906 débutèrent les premiers inventaires dans le calme pour les communes de Pornic, Paimboeuf, le Pellerin mais rapidement les catholiques opposants à la loi manifestèrent leur hostilité à cette procédure. Ils purent de plus s’appuyer sur l’encyclique du pape Pie X « vehementer nos » réfutant l’application de la loi.
Dès lors se forme une résistance aux inventaires menées par les prêtres locaux et les grands propriétaires. L’inventaire de St Père en Retz programmé début mars 1906 échoue face au Curé Jean-Baptiste COURGEAU qui fait rassembler ses paroissiens tout autour de l’église à chaque issue. Le scénario se répète dans le canton de Paimboeuf à St Viaud, Frossay, Vue, Ste Pazanne et St Hilaire de Chaléon.
Après cet échec, le préfet relance une campagne d’inventaires à l’automne 1906. Entre temps la police s’est organisée avec des recherches sur chaque commune. La note sur St Père en Retz prévoit une compagnie d’infanterie et 25 gendarmes pour maintenir l’ordre. Au sujet du curé Courgeau la note décrit « lors des derniers inventaires, il fut l’organisateur de la résistance. C’est un très violent et combatif, quoique d’un certain âge (66 ans). Un mot lui suffirait pour soulever toute la population. »
Le mardi 20 novembre 1906, débarque à la gare de St Père en Retz d’un train spécial 150 soldats du 3° Dragons et une compagnie du 65° de ligne. Ils entourent aussitôt l’église et malgré le tocsin qui sonne, personne ne peut empêcher le déroulé de l’inventaire. Mais le curé Courgeau qui célèbre la messe à cette heure n’a pas dit son dernier mot.
Dès la messe terminée , il s’enferme avec les vicaires dans la sacristie refusant d’ouvrir au commissaire de police accompagné du sous-préfet de Paimboeuf et du receveur devant exécuter l’inventaire. Le curé proteste pendant que deux soldats sont chargés de détruire la serrure. La porte cède enfin et le trio pénètre dans la sacristie, accompagné de deux gendarmes. A toutes les questions posées par le commissaire, le curé refuse de répondre et est menacé d’être arrêté. La réponse est cinglante : « vous pouvez m’arrêter ! je serai fier et heureux de traverser les rues de la ville avec vos gendarmes vers la prison » La situation finalement se calme et l’inventaire est réalisé.
Pour la suite de l'opposition catholique, c'est la première guerre mondiale et "l'Union sacrée" qui ralliera la majorité des catholiques à la république.
Pour plus d'informations sur le sujet, lire le bulletin n° 24-2005 des historiens du pays de Retz