20/10/2026
«Chaque Génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le fera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que notre monde se défasse. »
Albert Camus, 1957
Hier, à 18h30, mon équipe municipale et moi-même nous sommes jointes à l’appel de l’Association des Maires de France AMF 66.
Un appel qui a été entendu par des Maires, des élus et des citoyens de Prades et de la Communauté de Communes venus en nombre malgré la pluie.
Nous avons souhaité nous réunir pour porter un message simple : des paroles d’apaisement, de responsabilité et de fermeté face à toutes les formes de violences qui se sont exprimées ces dernières semaines et samedi 17 octobre.
Manifester est un droit fondamental, essentiel dans notre démocratie.
Des manifestations, il y en a eu, il y en a et y en aura pour revendiquer d’autres droits, pour contester ou soutenir, faire valoir ses convictions, ses revendications.
Les lycéens ont exprimé les leurs en réclamant plus de moyens pour leurs conditions d’apprentissage : en cause, l’état de certains établissements, leur inadaptation au changement climatique, le manque de professeurs, les dysfonctionnements angoissants de Parcoursup…
Des revendications légitimes depuis plusieurs semaines, auxquelles se sont ralliés les étudiants, puis les syndicats et ce samedi les gilets jaunes, les pompiers, les enseignants, les retraités, les professionnels de santé…
La colère gronde.
Après 10 ans d’une politique gouvernementale qui abîme les services publics, qui culpabilise la population en créant toujours plus de pauvreté, de précarité, qui insécurise les jeunes et les moins jeunes, qui laisse les collectivités exsangues après des choix plus que contestables…
A cela viennent s’ajouter des coûts de la vie exorbitants, un appauvrissement des étudiants, des travailleuses et travailleurs, une précarisation, et une stigmatisation des personnes en recherche d’emploi, d’insertion, des retraités...
La réaction du Gouvernement n’a pas été à la hauteur, aucun engagement d’y donner une suite favorable en tout ou partie, de dégager des ressources notamment budgétaires, en donnant même des signaux contradictoires.
Opposer le mépris à celles et ceux qui feront et seront la France de demain n’est pas la solution, c’est lui rajouter la frustration de ne pas être écoutés et encore moins entendus.
A cela, dans un certain nombre de cas, s’est surajoutée une disproportion manifeste dans la réponse de maintien de l’ordre ainsi qu’un déficit de moyens humains et matériels adaptés et mis en œuvre pour encadrer les cortèges ou les blocus, plaçant les manifestants comme les forces de l’ordre dans le chaos.
Ce n’est pas le cas à Prades où les manifestations ont été exemplaires que ce soit du côté des lycéens, des syndicats ou des forces de l’ordre.
Car la République, l’Etat en l’occurrence, doit en effet garantir l’exercice du droit de manifester dans des conditions dignes et sans aucune violence.
Le droit de manifester n’est toutefois pas celui de détruire, de piller, d’incendier, d’agresser.
Les agissements de samedi dernier ne sont pas le résultat de l’expression d’une colère, d’un désaccord avec une politique aussi contestable soit-elle.
Devant ce déchaînement de violences, il y a d’abord de l’incompréhension, puis le désarroi de voir des revendications légitimes passer au second plan, même caricaturées.
La forme a dénaturé le fond.
Le désarroi encore devant un monde devenu binaire à tout prix avec la course à la qualification, la surenchère, pour mieux encore diviser, opposer les uns aux autres.
Jeter l’opprobre indistinctement sur la jeunesse, la droite, la gauche devenues toutes deux extrêmes et maintenant ultra.
Il n’y a d’extrême que les idéologies xénophobes, fascistes qui enferment et classifient les hommes et les femmes, les ostracisent.
Toujours plus de superlatifs pour des actes de violences extrêmes, d’ultra-violences inédits dans leurs proportions, qui néanmoins disent quelque chose de notre société.
Notre société française se fracture avec :
- des inégalités économiques et sociales toujours plus grandes : avec des écarts de revenus jamais égalés.
Aujourd’hui, plus de la moitié des Français ont du mal à joindre les deux bouts, près de 10 millions de Français sont sous le seuil de pauvreté.
Prades et le Conflent sont en première ligne de cette précarité.
Nous travaillons, à notre échelle, collectivement pour réduire les charges de familles par l’application du quotient familial, par l’adaptation des services publics, par l’organisation des achats groupés pour réduire le coût de l’énergies, des mutuelles, assurances ou encore l’achat de matériels…
- des inégalités territoriales entre grands pôles urbains et nos zones rurales où la mobilité pèse lourdement dans le budget, où les services publics s’éloignent irrémédiablement.
Nous nous battons pour les maintenir, les développer que ce soit dans la santé, l’éducation, comme les commerces de proximité pour les habitantes et les habitants de nos communes.
- des clivages également générationnels et culturels avec un isolement grandissant, une incompréhension et une anxiété accrue de nos jeunes, un entrisme...
- ainsi qu’une défiance grandissante à l’égard de la représentation politique.
Cette fracturation de notre société est encouragée par le sensationnalisme irresponsable des chaînes d’information en continu et de médias réactionnaires qui distillent la haine, les raisonnements et stigmatisations simplistes.
Ne soyons ni naïfs, ni complotistes.
C’est collectivement que nous pourrons faire face et déconstruire ce récit décliniste et proposer un autre paradigme dans les compétences qui sont celles des collectivités territoriales et d’une citoyenneté directe dans le cadre de l’indispensable Etat de droit que nos institutions garantissent, en premier la Justice qui fera son oeuvre.
Tous les auteurs des actes de violences, des dégradations, des incendies devront être identifiés, jugés et sanctionnés. A ce stade, je rappelle, à toutes fins utiles, que la Procureure de Paris a bien explicité ne pas pouvoir identifier de tendance politique pour ces casseurs contrairement aux déclarations tonitruantes et irresponsables de certains représentants politiques hier matin.
Ces actes de pillage, de saccage auraient-ils pu et dû être mieux anticipés et endigués ? Espérons que l’enquête parlementaire qui a été diligentée dès hier y répondra.
Il nous faut collectivement résister aux raccourcis, aux généralités, aux bas instincts que les populistes insufflent, soufflant sur des braises ardentes.
Faire bloc. Éviter les anathèmes, les solutions simpliste qui ne feront qu’accroître la tensions, comme les interdictions de manifester ou les couvre-feux.
Notre République est une et indivisible, notre peuple doit rester soudé par le dialogue, par l’échange, au risque de la voir se disloquer, s’effondrer.
Ne nous trompons pas de cibles et surtout de moyens pour conjurer cet état de fait.
En avril-mai prochain, les élections présidentielles seront l’occasion de nous exprimer dans les urnes, démocratiquement.
A l’heure de ce rassemblement, nous exprimons collectivement nos soutiens indefectibles et notre solidarité :
- aux élus, équipes municipales, aux agents des bâtiments publics qui ont été dévastés en tout ou partie,
- aux propriétaires, employés des commerces mis à sac
- aux habitants de Paris, Lyon, Limoges, Bordeaux, Marseille et dans bien d’autres communes.
Notre responsabilité en tant qu’élus, en tant que citoyens, est de cultiver la concorde et la paix sociale, de rappeler la solidarité, le respect de l’Etat de droit et de nos valeurs républicaines.
Liberté, Egalité, Fraternité, ces principes qui ornent notre Maison Commune et qui nous unissent, doivent être nos boussoles, toujours et pour les mois à venir pour éviter l’avènement d’une idéologie qui surfe sur les peurs, le désespoir et qui ne propose aucune autre solution que de brocarder, vilipender l’autre.
C’est ensemble avec force et conviction que nous ferons Commune, Communauté et Nation.
La présence de nombreux maires, élus et citoyens de Prades et du Conflent démontre notre attachement à ces valeurs, notre engagement commun au service de l’intérêt général, de chacune et de chacun de nos concitoyens.
Vive Prades ! Vive le Conflent !
Vive la République !
Vive la France !