19/10/2026
Pour conclure notre mois d’animations Democracity via la plate-forme Village de la Démocratie voici un article très éclairant !
🔎Démocratie. Du grec "Demos", le peuple, et "Kratos", le pouvoir.
❗Et pourtant, à l'origine de nos régimes politiques actuels, il n’a jamais été question de donner le pouvoir au peuple. Mais alors, jamais !
➡️Interroger un régime politique, c’est se poser deux questions : 1) où se trouve le pouvoir ? 2) Au nom de quoi est-il exercé ? Mais pour répondre à ces deux questions, nous devons remonter aux origines de nos régimes…
💥Révolutions anglaises. Révolution française. Guerre d’indépendance américaine. La volonté des révolutionnaires est de mettre fin à l’absolutisme, mettre fin à l’arbitraire du pouvoir et aux monarchies de droit divin. C’est le peuple qui doit désormais être souverain. MAIS MAIS MAIS. Dans l’esprit des Pères fondateurs, la souveraineté et l’exercice de la souveraineté sont deux choses totalement différentes. C’est pourquoi il n’est absolument pas question de parler à l’époque de "démocratie" pour caractériser le nouveau régime politique qu’ils ambitionnent d’instaurer.
👎Pour eux, la démocratie, c’est le pouvoir abandonné à la foule, le chaos, l’anarchie, la tyrannie de tous contre tous. Les révolutionnaires tiennent la démocratie en horreur. Ce serait le plus "grand des fléaux".
😱Aux Etats-Unis, John Adams, premier vice-président et second président, affirme que la démocratie est "un régime arbitraire, tyrannique, sanglant et intolérable". James Madison se méfie "des pulsions populaires" susceptibles de renverser l’ordre établi. Il propose alors "d’épurer et d’élargir l’esprit public en le faisant passer par l’intermédiaire d’un corps choisi de citoyens dont la sagesse est la mieux à même de discerner le véritable intérêt du pays et dont le patriotisme et l’amour de la justice seront les moins susceptibles de sacrifier cet intérêt à des considérations éphémères et partiales. Dans un tel système, il peut fort bien se produire que la volonté publique formulée par les représentants du peuple s’accorde mieux avec le bien public que si elle était formulée par le peuple lui-même".
🗯En France, les réflexions sont similaires. La démocratie est assimilée à l’anarchie, à la révolte d’un peuple insolent qui "méprise les lois et la raison". Pour Maximilien de Robespierre, la puissence doit être équilibrée d’une "manière également éloignée des tempêtes de la démocratie absolue et de la perfide tranquillité du despotisme". Le manque supposé de vertu et de rationalité du peuple l’entraînerait à prendre de mauvaises décisions.
✏️Pour ces raisons, Emmanuel-Joseph Sieyès expliquait : "La France ne doit pas être une démocratie, mais un régime représentatif. Le choix entre ces deux méthodes de faire la loi n’est pas douteux parmi nous. D’abord, la très grande pluralité de nos concitoyens n’a ni assez d’instruction, ni assez de loisir, pour vouloir s’occuper directement des lois qui doivent gouverner la France ; ils doivent donc se borner à se nommer des représentants […] Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie et la France ne saurait l’être, le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants".
🤔A l’époque donc différents termes apparaissent pour qualifier ce nouveau régime comme celui d’"aristocratie naturelle", par opposition à l’"aristocratie artificielle" de l’Ancien Régime ou pour caractériser la gestion du politique par une élite choisie par l’élection.
🗳️Car oui, dans ce nouveau régime, l’élection n’est pas une contrainte technique due à la taille des territoires ou des populations, mais une nécessité de stabilité. L’élection, qui partage la même racine que le mot "élite", est le cœur de nouveau modèle, servant à sélectionner les individus jugés les plus aptes, les plus vertueux, les plus talentueux… Et, à l’époque, les plus riches !
⚡A présent assimilée au cœur battant de la démocratie, l’élection est conçue comme un outil aristocratique visant à filtrer, à purifier la volonté populaire afin d’extraire les meilleurs éléments de la multitudes en les tenant à l’abri des préjugés et des passions de la rue.
❗Alors aujourd’hui, nous parlons de "démocratie représentative". Mais n’oublions pas que ce régime mis en place à l’époque, également appelé "gouvernement représentatif", est pensé en opposition explicite à la démocratie. L’intervention des citoyens dans les activités politiques est observée avec une grande suspicion. Le peuple ne s’exprime pas directement. Il délègue son pouvoir à un corps de représentants chargé d’exercer le pouvoir en son nom.
🧮Oui, nous avons progressivement élargi le corps électoral. Suffrage censitaire. Suffrage plural. Suffrage universel masculin. Suffrage universel féminin et masculin. Mais la dynamique, la nature de désignation des représentant et le faible niveau d’influence directe de la volonté populaire sur les décisions n’ont pas fondamentalement changé depuis les origines.
😡En ce sens, lorsqu’un président évoque les "sans-dents" (F. Hollande, 2014), qu’un autre affirme que "la démocratie, ce n’est pas la rue" (E. Macron, 2017) ou encore, plus généralement, qu’un responsable politique explique qu’un gouvernement est légitime par le seul fait d’avoir remporté les élections et qu'à l'inverse une manifestation n'est pas légitime, ils ne font que perpétuer une vision politique vieille de plus de deux siècles.
🙋♀️Ces déclarations nous choquent. A juste titre. Mais elles sont en réalité la stricte application des principes fondateurs de nos régimes politiques. Nous ne vivons pas dans des régimes démocratiques. Nous avons pu le croire suite à l’extension du droit de vote mais sans approfondissent à d’autres formes d’expression et de participation que le bulletin déposé dans l’urne, le régime politique reste un gouvernement représentatif, un modèle aristocratique et élitiste.
💡Alors attention, ne nous limitons pas nous non plus. Ce n’est pas parce que le régime n’est pas démocratique que la société elle, ses valeurs, ses revendications, ses aspirations, ses actions, ne peut pas l’être.
🧙♂️Mais cela… C’est une autre histoire…
(A suivre).