09/30/2021
TRIBUTE TO MARIE DEDIEU, KIDNAPPED IN KENYA TEN YEARS AGO, WHO DIED AS A HOSTAGE IN SOMALIA.
(from the September 19, 2012 "Hommage national aux Victimes du Terrorisme" presided by François Hollande in Paris; rendered by Marie-Pierre Macia on behalf of Marie's friends, written and updated by Claudine Mulard). In French then in English.
Il y a dix ans, notre amie Marie Dedieu revenait de Paris au Kénya où elle passait une partie de l’année, à Lamu, sur l’île de Manda. Elle se remettait d’un traitement lourd contre un cancer, mais elle était bien vivante et déterminée à le rester.
Dans la nuit du 30 septembre 2011, vers 3 heures du matin, une dizaine d’hommes armés ont surgi dans sa maison… Ils l’ont traînée sur le sable puis embarquée violemment, en pleine nuit, dans un bateau rapide, où elle a passé plusieurs heures sous une bâche, jusqu’en Somalie.
Ensuite, nous ne savons que peu de choses sur ce qui lui est arrivé… Sans doute ses ravisseurs l’ont-ils transportée à l’intérieur du pays, vers le nord, et elle aura subi des jours de route éprouvants. Est-elle morte d’épuisement ? D’une infection non soignée ? A-t-elle été exécutée ? Nous souffrons de ne rien savoir des derniers jours, des dernières heures de la vie de Marie. Sa mort a été annoncée le 19 octobre.
Ses ravisseurs auraient même tenté de vendre sa dépouille, qu’ils n'ont jamais rendue à sa famille et aux siens. Jusque son cadavre a été retenu en otage.
Nous n’avons pas pu la porter en terre dignement, afin qu’elle repose, comme on dit, en paix. Marie n’aura jamais de sépulture.
Marie était une citoyenne du monde, une femme de son siècle. Curieuse de tout, cultivée, éprise d’art, elle aimait sa liberté, elle avait du caractère et savait tourner une phrase !
A Aix-en-Provence, avec son mari l’artiste peintre Gaspar François Dedieu, Marie a étudié le théâtre auprès d’Antoine Bourseiller - qui lui a confié un rôle dans une pièce de François Billetdoux, « Silence, l’arbre remue encore » qu’elle a joué au festival d’Avignon en 1967 : « Elle était vraiment belle, intelligente, dynamique… incandescente ! », c’est ainsi qu’Antoine Bourseiller décrit Marie.
Elle a participé en 1970 au film Vent d’Est, co-réalisé par Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Gorin, qui restera un ami proche.
Puis François Truffaut lui a donné un petit rôle dans Domicile Conjugal, où elle lance cette réplique, étrangement prémonitoire, à Jean-Pierre Léaud :
« Si tu ne t’occupes pas de politique, la politique s’occupe de toi, surtout à la fin du mois »
Pourtant Marie Dedieu s'est, bel et bien, occupée de politique.
Elle s’est engagée ardemment dans le mouvement de libération des femmes, le MLF, au début des années 70. En avril 1971, elle a signé le fameux « Manifeste des 343 », qui a ouvert la voie aux droits à l’avortement et à la contraception.
En mai 1971, elle a participé activement au Torchon Brûle, le journal du mouvement, tonique, drôle, insolent et… menstruel. Heureusement, la photographe Martine Franck était là pour immortaliser ce moment d’histoire, au bouclage du premier numéro : Marie riant, Marie pleine d’allant…
Plus t**d, elle a coordonné les pages culturelles des magazines Des Femmes en mouvements, et elle a écrit brillamment sur le cinéma – Bulle Ogier, Pascale Ogier, Isabella Rossellini, Agnès Varda, Maria Schneider, Helma Sanders-Brahms, Marguerite Duras…- et sur les arts graphiques, une de ses passions – comme cet entretien avec Denise René.
A la galerie Des femmes de la rue de Seine, pendant des années, elle a organisé des expositions d’artistes connues comme Sonia Delaunay (qu’elle adorait !), et de moins connues… Elle s’est particulièrement attachée à l’œuvre de Marie Orensanz, l’artiste franco-argentine.
Marie Dedieu était un modèle de Française qui vivait à l’étranger en bonne entente avec les cultures et les communautés de notre planète. Sur l’île de Manda, elle s’était construit une maison swahilie simple mais écologique, « verte » et dont elle était très fière. Elle y circulait facilement dans sa chaise roulante qu’elle appelait avec humour « ma bicyclette ». Elle pouvait nager, se promener en bateau…
Oui, Marie avait perdu l’usage de ses jambes dans un accident d’automobile à l’âge de 25 ans, mais elle n’a jamais, jamais, laissé ce handicap la définir.
Marie est restée une femme debout.
Dix ans après sa disparition, tant de questions restent sans réponses :
Pourquoi a-t-elle été kidnappée, alors qu’elle n’avait pas d’argent ?
Qui étaient les complices des pirates somaliens sur place au Kénya ?
A-t-elle été choisie par ses ravisseurs parce qu’elle ne pouvait pas s’enfuir ?
Parce qu’elle était occidentale ? Ou européenne ?
Ou bien Marie Dedieu a-t-elle été kidnappée parce qu’elle était Française, que notre pays allait juger des pirates somaliens, et avait voté en 2004 une loi interdisant le port du voile islamique dans les écoles publiques, qui avait déclenché une menace d'Al-Qaïda contre la France ?
Dans le monde où nous vivons, les femmes sont, de plus en plus, la cible principale des violences, des guerres, des extrémismes, des génocides, et considérées comme des « cibles faciles » par les terroristes.
Quinze jours avant l’enlèvement de Marie, la Britannique Judith Tebbutt a été kidnappée sur la côte kényane, son mari assassiné sur place. Elle a été libérée en mars 2012.
Quinze jours après l’enlèvement de Marie, deux travailleuses humanitaires espagnoles, Montserrat Serra Ridao et Blanca Thiebaut, ont été enlevées dans le camp de Dadaab au Kénya. Elles ont été libérées en juillet 2013.
Marie n'est jamais revenue.
Tribute to MARIE DEDIEU
Ten years ago, our friend Marie Dedieu had just come back from Paris to Kenya where, for the past twenty years, she had spent half her time---in Lamu, on Manda Island. She was recovering from a treatment against cancer, but she was alive and determined to carry on.
During the night of September 30, 2011, around 3am, ten heavily armed men entered her house. Violently, they dragged her over the sand and embarked her towards Somalia on a speedboat, wherein she spent several hours under a tarp. We know very little about what happened next. Her kidnappers probably took her inland, north, while she was subjected to days of grueling travel. Did she die of exhaustion, of an infection that was not treated? Or was she executed? Her death was confirmed on October 19th.
We do not know how Marie spent her last days, hours---and it is very painful to consider.
Her kidnappers even tried to sell her remains, which were never repatriated to her family. Her dead body has been kept hostage, and we have not been able to bury her with dignity. Marie will never have a resting place---will never be able to lie in peace. It is extremely painful for her family and friends.
Marie was a true citizen of our planet, and a modern woman of her times. She was curious, well read, loved the arts, freedom---she was tenacious, and she could write! Several of her short stories have been published.
In Aix-en-Provence, with her husband Gaspar François Dedieu, an artist-painter, Marie studied theater with Antoine Bourseiller – and he cast her in a play by François Billetdoux, 'Silence, l’arbre remue encore' (Silence, the tree is still moving) which she performed at the Avignon Festival in 1967: « She was really beautiful, smart, dynamic… incandescent! », that is how Antoinette Bourseiller portrays Marie.
In 1970, she worked on the film 'Vent d’Est', co-directed by Jean-Luc Godard and Jean-Pierre Gorin, whom she remained close to.
Then François Truffaut gave her a small part in the movie 'Domicile Conjugal', where she says – in strangely premonitory words, to Jean-Pierre Léaud: « If you do not go to politics, politics will come to you at the end of the month. »
But Marie Dedieu did get involved into politics. In the 70s, she was active in the French women’s liberation movement, the ‘MLF’. In April 1971, she signed the historic « Manifeste des 343 », a petition which led to the rights to contraception and abortion.
In May 1971, she worked on the 'Torchon Brûle', the publication of the French ‘Women’s lib’--- tonic, funny, insolent. Photographer Martine Franck recorded this historical moment of the wrapping of the first issue: Marie laughing, Marie full of energy…
Later, she oversaw the Culture pages of the magazines 'Des Femmes en Mouvements', and she wrote brilliantly on movies – on Bulle Ogier, Pascale Ogier, Marguerite Duras, Maria Schneider, Agnès Varda, Isabella Rossellini, Helma Sanders-Brahms…, and on plastic arts, one of her passions – like her interview with gallery owner and art curator Denise René.
At the gallery Des femmes on the rue de Seine, she curated many exhibitions of women artists, including Sonia Delaunay, whom she loved! She also grew very fond of the work of Marie Orensanz, a French and Argentinean artist.
Marie Dedieu was the perfect example of a French woman living abroad in harmony with other cultures and communities. On Manda Island, she had built a simple Swahili cottage-- ecological, « green ». She was very proud of her home. She could move around in the wheelchair she called, with humor, « ma bicyclette ». She could swim, she could be on her boat-- Marie stood up to her fate.
Yes, Marie had been wounded in a car accident when she was 25, but she never let her handicap define her.
Ten years after her kidnapping, so many questions remain without answers:
Why was she kidnapped? She had no money.
In Kenya, who provided help to the pirates from Somalia?
Was she chosen because she could not escape? Because she was Western?
Or was Marie Dedieu kidnapped because she was French? And France was about to bring to justice the pirates of Somalia and passed in 2004 a law prohibiting girls from wearing a scarf in public schools, which triggered a threat from Al-Qaeda.
In the world we live in, increasingly, women are the target of violence, wars, fanaticisms, genocides--- and considered « soft targets » by terrorists.
Two weeks before Marie was abducted, a British woman, Judith Tebbutt, was kidnapped on the coast of Kenya, and her husband assassinated on the spot. Judith was freed in March 2012.
Two weeks after Marie was abducted, two humanitarian workers from Spain, Montserrat Serra Ridao and Blanca Thiebaut, were kidnapped from the Dadaab Camp in Kenya. Both were finally released in July 2013.
Marie never came back.