09/07/2026
Être hussard, ce n’était pas seulement combattre, c’était vivre vite. Nous riions fort, buvions sec, aimions follement, et chargions sans réfléchir quand la trompette sonnait. Nos bottes étaient couvertes de boue, nos moustaches cirées, et nos uniformes, éclatants de couleurs, faisaient notre fierté autant que notre perte : l’ennemi nous voyait de loin, mais il tremblait.
Je me souviens d’une patrouille en Prusse, en 1806. Le givre mordait les doigts, les chevaux soufflaient comme des forges. Soudain, un escadron ennemi apparut. Un cri, un élan, puis le choc. Le sabre ne réfléchit pas, il agit. Quand tout fut terminé, le silence pesa plus lourd que la bataille elle-même.
Napoléon disait que les hussards étaient ses yeux et ses éclairs. Nous reconnaissions les routes, harcelions l’ennemi, disparaissions avant la riposte. Mais la gloire avait un prix. J’ai laissé des frères d’armes en Espagne, en Russie, et leurs visages me hantent encore quand je ferme les yeux.
Lorsque l’Empire s’effondra, je raccrochai mon sabre. Je n’étais plus jeune, mais j’avais vécu cent vies. Aujourd’hui, quand je vois passer un cheval au galop, j’entends encore la trompette, et mon cœur bat comme au temps où je servais Napoléon, Empereur des Français.