13/07/2025
Chernivtsi, 3h30 du matin. La guerre nous a réveillés.
Un témoignage de terrain – The Power of Human "сила людини"
Jeudi après-midi, première attaque.
Un drone abattu. On observe, on encaisse, on reste calmes.
Chernivtsi, c’était une ville de refuge. Une zone “safe”.
On se croyait à l’abri.
Mais dans la nuit de vendredi à samedi à 3h30 du matin, la guerre a frappé à notre fenêtre.
Pas un rêve.
Pas une sirène.
Un bourdonnement réel, froid, qui tourne, qui cherche.
La peur me traverse. Pas la peur qu’on connaît.
Une peur sèche.
Celle qui t’arrache au sommeil, sans te laisser le temps de comprendre.
Le cœur s’emballe. Le cerveau décroche.
Un drone vole au-dessus de chez moi.
Pas de confusion, pas de doute.
Il est là. Juste là.
Et la peur surgit. Animale. Brute.
Le cerveau ne comprend pas tout, mais le corps, lui, sait.
Je serre mon mari. Je me lève.
Quelques secondes plus t**d : la première explosion.
La maison vibre. Les vitres tremblent. On est figés. Vivants, mais figés.
Puis une autre approche. Le drone tourne, encore.
Un bruit mécanique, insupportable.
Et puis — la deuxième explosion.
À deux rues de chez nous.
Juste au-dessus de nos têtes.
Le souffle est terrible.
La détonation, indescriptible.
Alors je me lève, à nouveau.
Pas pour fuir. On n’a nulle part où aller.
Je ferme la fenêtre.
Pas pour me protéger.
Mais pour moins entendre.
Pour laisser une chance à mon esprit de ne pas basculer.
Juste pour pouvoir respirer.
On ne dort plus.
On attend que ça passe.
On remet nos vies entre les mains de Dieu.
Parce que, dans cette nuit noire, on n’a plus que ça.
À 5h30, tout s’arrête. Les drones sont abattus.
Mais nous, on reste debout, hébétés, fatigués, choqués.
En quatre ans de guerre, jamais Chernivtsi n’avait été visée.
Et cette nuit-là, tout a changé.
Ce n’est pas comme à Pokrovsk,
quand nous étions en mission, en zone de guerre.
Là-bas, le cerveau savait.
Ici, non.
Ici, on dormait.
Ici, on croyait encore pouvoir vivre.
Et quand la guerre t’arrache au sommeil,
ce n’est pas la même peur.
C’est une terreur sourde. Désorientante. Qui t’empoigne de l’intérieur.
C’est ton souffle qu’elle arrache.
C’est ta paix qu’elle vole.
J’étais en colère.
En colère parce que notre ville accueille.
Des réfugiés. Des enfants. Des mères. Des personnes âgées.
Et pourtant, on nous vise.
Et pourtant, on nous frappe.
Nous n’avons pas d’abris. Pas de protection.
Nous n’avons que la foi, l’endurance, et la rage de vivre.
Merci à Reginald Hardy , notre ami belge, qui veille chaque nuit pour nous informer, pour qu’on puisse se préparer, un peu.
Ce que nous vivons est inhumain.
Et pourtant, nous continuons.
The Power of Human,
c’est la lumière qu’on garde allumée au cœur de la nuit.
C’est la force d’un peuple qui refuse de baisser la tête.
C’est l’appel à ne pas nous oublier.
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