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10/07/2026

Pour une migration contrôlée

✍️ Kamel Akrout (Juillet 2023)

L’absence d’une stratégie de migration claire, d’un programme identifiable, d’une diplomatie constante et déclinée en axes clairs et permanents ont ajouté à l’absence d’une politique de sécurité intérieure ferme, un supplément d’ingérences multiples dans les affaires nationales que notre pays aurait pu éviter.

Ces ingérences s’ajoutent à une longue liste de positions que la Tunisie aurait également pu éviter, comme l’affaire du Polisario ou certaines allusions inutiles dans le préambule d’une constitution qui ajoutent inutilement des difficultés à la Tunisie.

Deux ans après 2021, les responsables politiques du pays sont en peine de sortir la Tunisie de la pire situation de son histoire.
Les évènements de ces derniers jours montrent qu’à la pénurie de tout, s’ajoute désormais un autre défi par l’implantation de populations dont on peine à avoir le nombre, les nationalités, la qualité, les raisons de leur présence parmi nous, leurs antécédents criminels ou terroristes, leur situation sanitaire, etc.

Des milliers de personnes franchissent les frontières terrestres, entrent dans le pays, entreprennent de travailler, de s’installer, créent des associations, des structures parallèles à l’État. Ni le ministère de l’intérieur, encore moins la présidence de la République n’ont entrepris de façon, claire, coordonnée un simple contrôle lié à l’exercice même de la souveraineté et surtout un contrôle pour préserver la sécurité des habitants de ce pays, Tunisiens et non Tunisiens compris.

Nul n’ignore que la Tunisie n’a de frontières terrestres qu’avec l’Algérie et la Libye. En choisissant de porter les relations avec ces deux pays au rang des relations interpersonnelles, de relations empreintes de sentimentalisme, le pouvoir en place s’est englué et a englué la Tunisie dans une crise qui n’avait pas à être de son ressort. La Libye et l’Algérie devaient contrôler davantage leur côté des frontières communes et ne pas reporter sur la Tunisie le poids des problèmes et la faillite d’autres États.

Ce transfert volontaire ou involontaire de populations est une action inamicale en soit. Pour rappel, dans la coutume internationale, les États s’obligent de ne pas prêter leurs territoires à des actions, voire même à des nuisances dommageables à l’État voisin. Or, en l’espèce, chacun peut interpréter l’absence de contrôle frontalier comme une action inamicale.

C’est au nom de ce même principe que la diplomatie tunisienne aurait dû souligner fermement et clairement que personne, aucun groupe ne peut traverser ou transiter par le territoire tunisien sous quelque prétexte que ce soit s’il n’en a pas le droit.

La crise actuelle qui menace réellement la stabilité et la paix sociale du pays dans son ensemble vient du laxisme quant au respect de ce principe.

Mais il n’échappe à personne que la respectabilité d’un pouvoir ou d’un État sur la scène internationale ne découle que de sa capacité à cadenasser et à tenir sa propre frontière de façon autonome. Or, c’est à partir du constat d’une telle carence que la Tunisie se trouve aujourd’hui happée dans les stratégies internes et le débats politiques intérieures de l’Europe et de l’Afrique. Débats qui ne devaient pas la concerner si le pouvoir en place avait eu la modestie de lire ce qui s’écrivait dans certains médias tunisiens par des experts tunisiens qui connaissent ces sujets et ce depuis des mois et des années.

Au nom de ce même principe, il fallait envoyer un message clair à ceux tentés par le franchissement illégal des frontières, sa teneur aurait été simple et claire : aucun franchissement des frontières tunisiennes n’est possible sans motif légitime. Toute personne qui n’est pas en mesure de rester en Tunisie légalement sera rapatriée.

Traduit en mesures de politique intérieure de sécurité, ce principe signifie que toute personne aidant à un franchissement illégal soit arrêtée, que toute tentative de corruption est punissable immédiatement, qu’en vertu de la réquisition des fonctionnaires, toute personne agissant dans le cadre d’une mission de service public s’expose à de lourdes peines. Cela signifie que les « entrepreneurs de la harga » doivent être arrêtés.

Répéter à l’infini que la “Tunisie n’est pas le gendarme de l’Europe” est insensé, dans la pratique ceci est le quotidien des services militaires et sécuritaires concernés. La dernière acquisition de patrouilleurs de haute mer (OPV) par la Marine Nationale en est la preuve, la preuve de l’engagement de la Tunisie dans ce ‘Burden sharing’ international. La Tunisie gère ses propres frontières maritimes, les eaux sous sa souveraineté et sous sa juridiction, mais elle agit aussi en haute-mer (droit de poursuite, assistance, lutte contre le terrorisme, lutte contre les trafics en tout genre …), conformément au droit international notamment le droit de la mer et conformément aux conventions internationales. Les slogans ne forment pas une diplomatie, encore moins une politique. Ces slogans finissent toujours par se retourner contre celui qui en abuse d’ailleurs.

Mais laisser partir illégalement depuis sa propre frontière des clandestins peut exposer la Tunisie à des risques bien plus grands. Pour être plus clair, on dira que la défaillance sur la frontière a empoisonné les relations de la Tunisie avec l’Europe et avec ses voisins.
Ces relations auraient été plus efficaces, plus certaines et plus prévisibles si simplement dès le départ le gouvernement et la présidence de la république avaient été fermes et clairs en posant quelques principes :
- L’Afrique est notre partenaire stratégique, et ce partenariat est d’une importance capitale pour l’avenir. Notre pays doit agir en conséquence dans ses relations avec les États Africains.
- La Tunisie ne gère pas les problèmes des autres pays qu’à la limite de ses moyens. Elle n’en a pas souvent la possibilité.
- La Tunisie protègera ses frontières fermement.
- Personne ne vient et ne peut s’installer en Tunisie sans en avoir le droit. La Tunisie agira sur le même modèle d’action que celui appliqué à ses enfants ailleurs.
- Les non Tunisiens qui se trouvent sur le sol tunisien sont sous la protection de l’État tunisien.

Le pouvoir actuel semble dans l’incapacité à sortir le pays de la nasse et du piège mortel dans lequel il a contribué avec les pouvoirs antérieurs, à le mettre. Là aussi les choses doivent être entreprises clairement et immédiatement.
1. Qui est sur le sol national, quels motifs, quelles nationalités, quel est le nombre exact ?
2. Les étrangers en situation irrégulière doivent impérativement régulariser leur situation dans un délais bien déterminé. Sinon ils ont obligation de quitter le territoire national.
3. Ceux qui n’ont aucune raison de rester sur le sol national doivent partir, en vertu du même principe auquel sont soumis les tunisiens dans les pays européens et ailleurs dans le monde.
Cependant, le problème auquel se trouvent confrontés les migrants, c’est l’accumulation des 80 Dinars par jour, de pénalité pour n’avoir pas quitté le territoire Tunisien à l’expiration de leur visa. Ils se trouvent alors, dans l’impossibilité de rembourser deux, trois, voire quatre ans de pénalités, dont le montant sera devenu exorbitant au fil des ans. Une amnistie de pénalités pour ceux qui veulent partir doit être annoncée.
4. Toute aide au franchissement illégal des frontières sera considérée comme une atteinte à la sécurité nationale et passible des tribunaux militaires.

Reste enfin, l’inénarrable affaire de l’accord avec l’UE dont tout le monde parle et que personne n’a lu. L’Europe qui se targue d’être un creuset de la démocratie et de la transparence devrait en publier les clauses afin que le peuple tunisien puisse en débattre car il engage son avenir.
Néanmoins, là aussi un principe est clair. Si cet accord est convenable et utile pour les tunisiens, alors il faut le conclure pour le bien commun. S’il comporte des clauses d’installations d’illégaux non tunisiens sur le sol tunisien, il sera refusé par la population même s’il est signé par le pouvoir en place. En faire le feuilleton pour masquer le reste est indigne d’un pouvoir qui se targue d’être une émanation de la volonté du peuple.

En dernier lieu, nul n’est propriétaire de la Tunisie ni de son peuple. Le pouvoir n’est ni une propriété ni un bail perpétuel. Vouloir durer à n’importe quel prix, y compris en signant des accords secrets est le pire choix possible.

16/06/2026

Le protocole d’accord et la guerre des narratifs!

Le spectre d'une guerre dévastatrice s'est éloigné de la région avec l'annonce de la conclusion d'un protocole d'accord entre les États-Unis et l'Iran. Le président américain Donald Trump a été le premier à révéler l'aboutissement d'une formule finale pour ce protocole, qui ouvrira immédiatement le détroit d'Ormuz à la navigation, mettra fin aux sanctions sur les exportations de pétrole iranien et les transactions bancaires, et permettra à l'Iran de récupérer une partie de ses avoirs gelés. Le plus important reste la prolongation de la trêve jusqu'à l'obtention d'un accord final.

Le soulagement était palpable à la Maison Blanche, à Téhéran, ainsi que dans les pays du Golfe et de la région, chaque partie ayant ses propres motivations. En revanche, le pessimisme régnait à Tel-Aviv. Le bureau du Premier ministre israélien a déclaré que Trump avait exprimé son engagement à ce que l'Iran élimine les matières nucléaires enrichies, détruise l'infrastructure de son programme nucléaire, limite sa production de missiles et cesse son soutien à ses mandataires (proxies). Or, ces clauses ne figurent pas dans le protocole d'accord ; il ne s'agit que de souhaits de Neten-yahou, qui espère soit que Trump s'engagera à les mettre sur la table lors du cycle de négociations finales, soit que ces points entraveront l'accord.

L’histoire nous enseigne qu’il est possible de remporter des victoires tactiques tout en subissant une défaite stratégique globale. Aujourd'hui, si Neten-yahou peut se prévaloir de certains succès militaires immédiats, il subit en réalité un échec profond sur les plans moral/étique, juridique et géopolitique, perdant toute crédibilité sur la scène internationale et nationale, à l’opposé de l’Iran, le récent protocole d'accord conclu entre les États-Unis et l'Iran apporte à Téhéran d'importants gains géopolitiques, financiers et stratégiques.
En effet, le grand perdant de cet accord est Neten-yahou, qui était le premier partisan de la guerre et n'a cessé de pousser dans cette direction. Neten-yahou qui avait été pris de court par l'annonce de l'accord sur le protocole et qu'il n'en avait pas connaissance préalable, n'a pas salué la démarche du protocole d'accord, lui qui espérait un changement de régime en Iran et l'élimination de la menace que représente ce pays, qu'il considère comme le plus grand danger pour Israël. Le compromis américano-iranien est de nature à ébranler la position de Neten-yahou, précipitant la tempête de son éviction du pouvoir, voire son procès. Neten-yahou n'a réalisé aucune de ses promesses, ni l'élimination du Hezbollah au Liban, ni l'éradication de la menace iranienne, et le rêve du « Grand Israël » semble désormais hors de portée, au contraire il a terni l’image d’Israel et isolé plus que jamais son pays sur la scène internationale.

Le deuxième perdant est Trump, bien qu’il se glorifie déjà d'avoir gagné la guerre (tout en évitant de le faire lors de l’annonce de l’accord !) et se vantera d'avoir réussi à geler l'enrichissement nucléaire de l'Iran pour de longues années, éliminant toute chance pour Téhéran de posséder une arme nucléaire. Il répétera que cet accord sera bien meilleur que celui signé par l'ancien président Obama, bien qu'il n'apporte rien de fondamentalement nouveau. Au contraire, il octroie à l'Iran des gains importants, qu'il s'agisse de la libération immédiate d'une part de ses fonds gelés (plus importante que celle libérée par Obama) ou du nouveau statut du détroit d'Ormuz, que l'Iran n'abandonnera pas, qu'il impose des taxes ou non. Ce détroit constitue la garantie par laquelle l'Iran obtiendra la plupart de ses revendications, qu'elles concernent l'annulation de toutes les sanctions, la récupération de la totalité des fonds gelés, ou la non-exécution de toute clause convenue. C'est pourquoi l'Iran a exprimé sa satisfaction quant à la conclusion de ce protocole d'accord, estimant qu'il est le fruit de sa résilience, tout en niant avoir renoncé à l'une de ses exigences.

Quant aux pays du Golfe, ils ont poussé un soupir de soulagement face à l’annonce du protocole d’accord et à la fin du cauchemar d'une escalade qui aurait pu s'étendre à leurs infrastructures de dessalement d'eau et d'électricité, ou embraser leurs raffineries et champs pétroliers. Durant cette guerre, ils ont été soumis à des pressions et à des défis sans précédent, mais ils ont réussi à s'en sortir avec un minimum de pertes, sans se laisser entraîner dans une guerre directe avec l'Iran vers laquelle on tentait de les pousser.
Bien que le protocole d'accord ne trace que les grandes lignes, il ouvre la voie à un accord final après lequel les pays de la région reverront leurs calculs, à la lumière d'une expérience difficile et amère et de rapports de force en mutation. Ils s'organiseront pour prendre des mesures leur garantissant une plus grande sécurité, après l'échec américain à les protéger, et même à protéger ses propres bases militaires dans la région, devenues un fardeau et un danger pour elles-mêmes. Cela poussera les pays du Golfe à mettre en place un nouveau système de sécurité régional qui leur assurera davantage de sécurité et de stabilité. Il est probable qu'ils diversifient leurs relations plutôt que de miser sur la présence militaire américaine, qu'ils accordent une importance accrue à l'industrie militaire locale et qu'ils apaisent les tensions avec les pays voisins.

Le sentiment de soulagement s'est étendu aux pays d'Asie de l'Est et à l'Australie, qui dépendent largement du pétrole du Golfe, ainsi qu'à l'Europe, qui a souffert de la hausse des prix de l'énergie et qui a évité de participer à la guerre sous la bannière de l'OTAN. Cependant, la crise ne prendra pas fin avec la signature du protocole d'accord. Un autre cycle de négociations autour de l'accord final abordera de nombreux détails où “le diable pourrait se cacher”, même si la peur d'un regain de la guerre constituera un moteur puissant pour parvenir à un accord définitif.

07/05/2026

Blocus du détroit d'Ormuz.
Etude de situation.

✍️ Kamel AKROUT

Trump a suspendu hier l’opération ‘Project Freedom’ visant à escorter des navires neutres à travers le détroit d’ormuz. Il semble préférer les négociations pour suspendre cette opération en ajoutant que la suspension a été proposée par le Pakistan.

Depuis le 13 avril, date d’entrée du blocus naval américain à l’encontre des ports iraniens, trois groupes aéronavals américains, sont déployés simultanément au Moyen-Orient, une première depuis la guerre d'Irak en 2003.

L’impact de la fermeture du détroit par l’Iran sur l’économie mondiale s’est manifesté par une envolée des cours du pétrole qui ont franchi la barre des 100$ le baril dès le mois de mars, atteignant des sommets (jusqu'à 126$). 20 % de la consommation mondiale de pétrole transite habituellement par le détroit.
En parallèle, l'Iran perd 435 millions de dollars par jour en capacité d'import/export.
Cette situation est en constante évolution. Le monde se trouve ainsi pris en otage, alors que les négociations s'enlisent face à des défis qui n'ont d'issue, moins douloureuse, que diplomatique.

Afin d’éclairer cette déduction, je vais analyser d'abord les forces en présence, puis établir une série de constats pour aboutir enfin à une conclusion finale.

A-Forces en présence :

1-Coté américain :
Deux groupes aéronavals, guidés par 2 porte-avions, l'USS Abraham Lincoln et l'USS George H.W. Bush, représentant une force de frappe majeure. Chaque groupe comprend un porte-avions, un croiseur, des destroyers et une escadre aérienne (CVW) d'environ 65-75 aéronefs.

2-Coté iranien :
Une "flotte de moustiques" composée de vedettes de combat rapides conçues pour atteindre des vitesses "folles" par rapport aux bâtiments militaires conventionnels. Ces vitesses varient selon le type et la mission et oscillent entre 90 et 130 km/h (soit environ 50 à 70 nœuds).


B-Constatation :

A première vue, le duel paraît inégal et la confrontation est disproportionnée!

En effet,
+ Nous avons d’une part des destroyers et des porte-avions dont l’armement est le ‘dernier cri’ de la technologie, mais une vitesse handicapante (malgré qu’elle est importante comparée au tonnage de ces navires) qui oscille entre 50 et 55 km/h (environ 30 nœuds), et d’autre part, une flotte de ‘’moustiques (Mosquito Fleet)’’ qui se déplace à deux (parfois trois) fois la vitesse des grands navires de guerre, ce qui lui permet de manœuvrer, de s’approcher, puis de s’enfuir avant que l’artillerie lourde des grands bâtiments ne puisse riposter efficacement.

L'Iran utilise aussi la fibre de verre (Fiberglass) et le carbone dans la fabrication des coques de ces vedettes afin de réduire leur poids au maximum, tout en les équipant de moteurs extrêmement puissants. Ce mélange leur permet littéralement de ‘’voler’’ sur l'eau, facilitant ainsi la tactique du ‘’Hit and Run’’ (frapper et fuir) qui déroute les systèmes de défense conventionnels.

+Opération de ‘’Guérilla Navale’’
Le terme ‘’Mosquito Fleet’’ (Flotte de moustiques) n’est pas une simple métaphore, c’est le cœur de la stratégie navale iranienne dans le détroit d’Ormuz. L'attaque en ‘’Meute’’: Ces petites embarcations sont difficiles à détecter par radar. Elles n'attaquent jamais seules, mais en groupes de dizaines de vedettes ou plus, encerclant la cible de toutes parts pour saturer et disperser ses systèmes de défense.

+Des attaques qui pourraient être douloureuses : Malgré leur petite taille, ces vedettes transportent des missiles guidés, des torpilles ou des mines marines, leur permettant d'infliger des dégâts majeurs à un navire des centaines de fois plus grand qu'elles.

+L'épuisement économique et matériel : Un destroyer valant des milliards de dollars peut se voir contraint d'utiliser des missiles de défense ultra-coûteux pour abattre une vedette, hors portée de l’artillerie, des vedettes bon marché. Face à une ‘’meute’’ de vedettes, les munitions du grand navire pourraient rapidement s'épuiser.

+L’avantage géographique : Le détroit d’Ormuz est un passage étroit et encombré. Ces vedettes peuvent mouiller des mines rapidement ou intercepter des pétroliers dans des zones où les grands navires de guerre ne peuvent manœuvrer librement. Tandis que les déstroyers engagés dans le détroit disposent de très peu de temps pour se défendre ou riposter aux frappes iraniennes en raison de la proximité du détroit de l’Iran. Ils ne possèdent pas de préavis leur permettant de riposter aux frappes iraniennes, ce qui rend l’escorte des navires marchands très dangereuse.

+Tactiques Kamikazes : Certaines de ces vedettes sont conçues pour être ‘’Kamikazes’’, elles sont entièrement piégées pour exploser à proximité ou à l'impact avec la coque du navire, une tactique presque impossible à contrer à courte portée.

+Dissimulation et rapidité : Ces embarcations peuvent être stockées dans des caches côtières ou des grottes, lancées à une vitesse fulgurante puis dissimulées à nouveau, rendant la destruction de leurs "bases" extrêmement complexe.

+ En ouvrant le feu sur les navires, l'Iran propulse les primes d'assurance maritime vers des records en quelques heures. Son principal objectif est de pousser les alliés des États-Unis (dont certains, comme le Royaume-Uni et l'Espagne, se sont opposés au blocus) à faire pression sur Trump pour choisir de s'asseoir à la table des négociations.

C-Conclusion :

Le monde fait face à un chapitre critique de tensions géopolitiques, l'équation est complexe, où la technologie du géant américain est en face d’une géographie et d’armes ‘’artisanales’’ pouvant être anéanties mais aussi capables de faire mal. L'Iran ne cherche pas une guerre navale conventionnelle (qu'il perdrait inévitablement), mais utilise sa flotte de moustiques comme un outil de chantage stratégique. La condition qu'il tente d'imposer est la suivante, ‘la levée du blocus américain sur les ports iraniens en échange d'un cessez-le-feu dans le détroit’, un message clair, ‘’Si nos navires ne passent pas, aucun navire ne passera en sécurité’’, un pari à haut risque, du ‘’Tout ou rien’’ dans lequel l'Iran a jeté toutes ses cartes.

L’article est publié dans Universnews le 6 mai sous le titre “Blocus du détroit d’Ormuz: Le «pari à haut risque» de l’Iran”

04/05/2026

RAMSTEIN, LE JOUR D’APRÈS : UN TOURNANT TRANSATLANTIQUE ?
✍️ Elyes GHARIANI* 3 mai 2026

Tout commence par une phrase. Le 28 avril 2026, le chancelier Friedrich Merz déclare publiquement que les États-Unis n'ont « visiblement aucune stratégie » face à l'Iran et que Téhéran « humilie » la première puissance mondiale. Donald Trump ne répond pas par un démenti ni par une contre-argumentation diplomatique. Il répond par une décision militaire : quarante-huit heures plus t**d, le Pentagone annonce le retrait de 5 000 soldats américains d'Allemagne dans un délai de six à douze mois — soit 15 % du contingent américain en Europe déployé sur le sol allemand.

Une querelle, un symbole, un séisme
Ce n’est pas une crise diplomatique ordinaire. C’est la première fois depuis 1945 qu’un président des États-Unis réduit unilatéralement la présence militaire américaine en Allemagne en réponse directe aux propos d’un chancelier allié. La séquence est inédite : une phrase de Berlin, une décision du Pentagone, un tremblement de fond dans l’architecture atlantique.
Mais le détonateur importe moins que ce qu’il révèle. Derrière la querelle Merz-Trump sur l’Iran se profile une question plus vaste, longtemps refoulée : l’Europe a-t-elle, au fil de soixante-quinze ans de parapluie américain, perdu la capacité — et le réflexe — de se défendre seule ? Le retrait de Ramstein n’est peut-être pas la fin d’une alliance. Il est, plus sûrement, le miroir brutal d’une dépendance que l’Europe avait cessé de voir.
Ramstein, ou le poids d’un symbole
Avant de mesurer ce que le retrait signifie, il faut mesurer ce que l’on retire.
Ramstein n’est pas une base parmi d’autres. En 2026, elle est la plus grande installation de l’US Air Force hors des États-Unis : siège de l’USAFE-AFAFRICA, quartier général du commandement aérien allié de l’OTAN, point de passage obligé de chaque soldat, chaque arme et chaque véhicule américain engagé de la guerre du Golfe au Kosovo, d’Irak au retrait d’Afghanistan, jusqu’aux convois d’armement vers l’Ukraine depuis 2022. Elle héberge également les liaisons satellitaires et les relais de commandement qui pilotent, à distance, les opérations de drones américains vers le Moyen-Orient et l’Afrique. Son empreinte stratégique dépasse largement le théâtre européen.
C’est précisément ce qui rend la décision de Trump analytiquement paradoxale. Retirer des troupes d’Allemagne, c’est sanctionner Berlin — mais c’est surtout se priver d’un outil de projection mondiale irremplaçable. Le coût opérationnel pour Washington — relocalisation des chaînes logistiques, perte de réactivité sur les flancs russe et iranien, affaiblissement du commandement aérien de l’OTAN — excède de loin les 2 milliards d’euros annuels que les bases génèrent pour l’économie locale allemande.
Le paradoxe est au cœur de l’analyse : cet acte punitif est, objectivement, plus coûteux pour celui qui l’inflige que pour celui qui le subit. Trump bluffe-t-il sur un atout qu’il ne peut se permettre de perdre ? Ou calcule-t-il que l’Europe, acculée, n’aura d’autre choix que de financer sa propre défense — libérant ainsi Washington pour son véritable horizon stratégique, l’Indo-Pacifique ?
La longue histoire d’une dépendance consentie
Pour comprendre le choc de 2026, il faut remonter à sa genèse. La présence américaine en Allemagne n’est pas le produit d’un traité ordinaire : c’est le résultat de trois bascules successives, chacune ayant consolidé une dépendance que l’on a fini par confondre avec un ordre naturel des choses.
La première bascule est celle de la Guerre froide
Entre 1949 et 1991, l’Allemagne — État semi-souverain, puissance vaincue en cours de réhabilitation — accueille la présence militaire américaine comme condition implicite de sa réintégration dans le concert occidental. Le traité dit « 2+4 », signé en septembre 1990, cristallise cet équilibre avec une précision chirurgicale : les deux Allemagnes et les quatre puissances victorieuses de 1945 — États-Unis, Union Soviétique, Royaume-Uni, France — y règlent ensemble les conditions de la réunification.
L’Allemagne y recouvre sa pleine souveraineté formelle, renonce à l’arme nucléaire et accepte des limites sur ses effectifs militaires. En contrepartie, les alliés occidentaux s’engagent à maintenir leur présence sur son sol. Ce n’est pas un traité de paix ordinaire — c’est l’acte de naissance d’une souveraineté sous tutelle consentie : Berlin gouverne, Washington protège, et Ramstein en est le gage concret. Dans les faits, l’Allemagne réunifiée exerce son influence à l’ombre du parapluie nucléaire américain — non par contrainte, mais par calcul raisonné. La sécurité est externalisée ; l’énergie nationale est consacrée à la reconstruction, puis à la puissance économique.
L’arrangement est clair, sinon explicite : la sécurité contre la vassalité stratégique. Ramstein en est le verrou physique, la manifestation de béton et d’acier d’un protectorat consenti.
La deuxième bascule est celle de l’illusion
De 1991 à 2022, la chute du mur ouvre une longue parenthèse d’insouciance stratégique. L’Allemagne réduit ses dépenses militaires à 1,2 % du PIB, fait confiance au Wandel durch Handel — la doctrine qui postule que le commerce transforme les régimes et dissout les conflits — et délègue sa sécurité à Washington sans état d’âme apparent. La puissance allemande devient économique, commerciale, normative. Elle prospère. Et pendant trois décennies, cette prospérité masque une vulnérabilité croissante, que Poutine mettra à nu en février 2022.
La troisième bascule est celle de l’éveil forcé
L’invasion de l’Ukraine brise la logique du Wandel durch Handel et contraint le chancelier Scholz à proclamer le Zeitenwende — le tournant historique. En 2026, les dépenses de défense allemandes dépassent 3 % du PIB ; des projets de déploiement de missiles Tomahawk sur le sol allemand sont en cours de discussion. Berlin réarme à un rythme que l’Allemagne d’après-guerre n’avait jamais connu.
C’est là que réside la contradiction la plus saisissante de la crise actuelle : l’Allemagne s’émancipe militairement au moment précis où son allié historique annonce son retrait partiel. La dépendance ne disparaît pas — elle se transforme, sous contrainte, en quelque chose qui ressemble à une autonomie. Mais une autonomie précipitée, incomplète, et pour l’heure encore fragile.
Le retrait de Trump n’est donc pas la cause de cette mutation : il en est l’accélérateur brutal. Pour en comprendre la logique réelle, il faut en disséquer l’anatomie.

Anatomie d’un retrait : coercition ou recomposition ?
Le retrait de 5 000 soldats américains d’Allemagne résiste à toute lecture univoque. C’est précisément ce qui en fait la décision stratégique la plus complexe de ces dernières années. Quatre grilles d’analyse, non pas exclusives mais complémentaires, permettent d’en déplier la logique.
La coercition transactionnelle
Trump a une méthode. Elle est simple, constante, efficace : menacer ce à quoi l’autre tient le plus pour obtenir ce qu’il veut. La séquence de cette dernière semaine d’avril en est l’illustration parfaite. Le 28 avril, Merz déclare publiquement que les Américains n’ont « visiblement aucune stratégie » face à l’Iran et que Téhéran « humilie » la première puissance mondiale. Le 30 avril, Trump répond sur Truth Social que le chancelier « ne sait pas de quoi il parle ». Le 1er mai, le Pentagone annonce le retrait. Trois jours, trois actes, une logique implacable. Ce n’est pas de l’impulsivité : c’est de la mécanique punitive. Et Trump y ajoute, dans la foulée, une deuxième lame : des droits de douane de 25 % sur les voitures et camions européens — touchant Berlin là où ça fait doublement mal.
Le précédent existe
Lors de son premier mandat, Trump avait déjà brandi la menace d’un retrait de 9 500 soldats pour forcer Berlin à augmenter ses contributions à l’OTAN. La menace n’avait jamais été exécutée — mais elle avait suffi à obtenir de vraies concessions budgétaires. C’est toute la logique du deal trumpien : le retrait n’est pas un projet, c’est un levier. On ne le tire pas pour partir — on le tire pour que l’autre cède. Dans cette lecture, la décision du 1er mai est réversible par nature : l’Europe a le choix entre s’aligner ou perdre son bouclier. C’est le Schutzgeldrenversé — non plus l’Amérique qui protège en échange de loyauté, mais l’Amérique qui suspend sa protection jusqu’à ce que la loyauté soit prouvée.
La recomposition structurelle
La querelle Trump-Merz a un déclencheur conjoncturel. Mais elle s’inscrit dans une toile de fond qui la dépasse, et qui préexistait largement à la déclaration sur l’Iran.
Depuis une décennie, Washington déplace méthodiquement le centre de gravité de sa stratégie vers l’Indo-Pacifique, là où se joue la vraie compétition — avec la Chine. Dans cette logique, l’Europe n’est pas punie : elle est reléguée. La nuance est importante. On ne sanctionne pas un ennemi ; on se désencombre d’une charge devenue secondaire. Les sites visés le disent clairement : Ramstein, hub logistique mondial ; l’EUCOM à Stuttgart, qui coordonne l’ensemble des opérations américaines en Europe ; Grafenwoehr, le plus grand polygone d’entraînement américain sur le continent. Ces trois infrastructures forment l’épine dorsale de la présence américaine en Europe. Les voir « redimensionnées », c’est voir cette présence se contracter — non par colère, mais par calcul froid. Pékin, non Moscou, dicte désormais le tempo.
Le paradoxe auto-pénalisant
C’est ici que la décision révèle sa dimension la plus troublante.
Ramstein n’est pas qu’une base en Allemagne. C’est la plaque tournante à partir de laquelle les États-Unis projettent leur puissance vers l’Afrique, le Moyen-Orient et au-delà. Chaque drone au Sahel, chaque convoi vers le Levant, chaque évacuation d’urgence en Méditerranée transite, de près ou de loin, par Ramstein. Des experts soulignent d’ailleurs que la préoccupation réelle des alliés n’est pas tant le départ de 5 000 hommes que le redéploiement américain de systèmes Patriot et de munitions vers le Moyen-Orient — un mouvement qui, lui, dégrade concrètement la posture défensive en Europe.
La question se pose alors avec acuité : qui profite réellement de ce retrait ? Certainement pas les Européens. Mais pas davantage les Américains, qui affaiblissent leur propre réactivité sur des théâtres sans lien avec la querelle germano-américaine. Les vrais bénéficiaires sont ailleurs : à Moscou, qui observe un affaiblissement de la coordination OTAN sans avoir eu à lever le petit doigt ; à Pékin, qui voit se creuser un vide stratégique en Europe au moment même où Washington prétend se concentrer sur l’Asie. Un acte censé punir un allié qui finit par affaiblir celui qui le décide : c’est soit un bluff mal calibré, soit le signe que d’autres calculs, moins visibles, sont à l’œuvre.
L’hypothèse de la relocalisation
Des sources proches du Pentagone évoquent une piste qui change radicalement la nature de l’opération : non pas un retrait, mais un déplacement. Les capacités de Ramstein migreraient vers la Roumanie — frontalière de l’Ukraine, membre de l’OTAN sans les réticences stratégiques de Berlin. Dans cette lecture, la décision n’est pas un désengagement de l’Europe, mais une relocalisation vers son flanc oriental : Bucarest et Varsovie récompensés, Berlin sanctionné. La fracture n’est alors plus entre l’Amérique et l’Europe — elle est au cœur même de l’Europe, entre un Est résolument atlantiste et un Ouest qui cherche encore sa doctrine.
Ces quatre lectures ne s’excluent pas. Elles se superposent, se renforcent, et révèlent ensemble un Trump moins impulsif qu’il n’y paraît : coercitif dans la forme, restructurant dans le fond. Ce que l’on sait avec certitude, c’est que cette décision, quelle qu’en soit la motivation profonde, a agi comme un révélateur brutal — mettant en lumière des fractures que l’Europe préférait ignorer.
Les fractures révélées
La décision de Trump n’a pas créé les fractures de l’Europe. Elle les a rendues visibles. Trois lignes de faille, en particulier, structurent désormais ouvertement le paysage géopolitique du continent.
La fracture Est-Ouest intra-européenne
Dans les capitales orientales, la nouvelle est accueillie avec moins d’alarme qu’à Paris ou Berlin. Varsovie, Tallinn, Bucarest ont depuis longtemps tiré leurs propres conclusions sur la fiabilité stratégique de l’Allemagne.
Le format Ramstein — cette coalition de cinquante nations née en avril 2022 pour coordonner le soutien militaire à l’Ukraine — en est le révélateur. Ce sont la Pologne et les pays baltes qui en ont porté l’effort le plus constant, quand Berlin pesait chaque livraison d’armes à l’aune d’une doctrine de retenue héritée de la Guerre froide. Pour ces pays, le retrait américain d’Allemagne n’est pas une catastrophe — c’est une redistribution. La base roumaine de Mihail Kogălniceanu, déjà en pleine expansion sur la mer Noire, attend ce que les cartes militaires annoncent depuis deux ans : le centre de gravité de l’OTAN a migré vers l’Est.
La vraie fracture, en définitive, n’est pas entre l’Europe et l’Amérique. Elle traverse l’Europe elle-même.
La fracture nucléaire
C’est la plus profonde, et la moins dite. Le retrait partiel rouvre une question que l’Europe avait soigneusement évitée : si le parapluie américain se rétracte, qui protège le continent ? Les bombes B61 stationnées à Büchel, en Allemagne, dans le cadre du partage nucléaire de l’OTAN, incarnent cette dépendance dans sa forme la plus concrète. Ce dispositif repose sur un principe simple : des armes américaines, sur des bases européennes, larguées si nécessaire par des avions alliés. Il suppose une confiance totale dans la garantie américaine. Cette confiance vacille.
La dissuasion française — 290 ogives, commandement strictement national, doctrine d’emploi indépendante — est alors le seul actif nucléaire européen disponible. Mais transformer une dissuasion nationale en garantie collective se heurte à deux obstacles de taille : Paris n’a jamais accepté de partager la décision ultime, et Berlin, marquée par la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, reste culturellement réfractaire à toute logique nucléaire.
La question est pourtant désormais sur la table — non plus comme spéculation académique, mais comme urgence politique. Elle divise l’Union entre ceux qui veulent construire un substitut européen à la garantie américaine, et ceux qui attendent encore, en espérant, le retour de Washington.
La fracture doctrinale
L’Iran n’est que le détonateur. Le désaccord de fond est plus ancien et plus large : il porte sur la manière dont on gère un monde dangereux.
L’Europe croit aux négociations, aux institutions internationales, à la patience diplomatique. Elle pense que l’interdépendance économique stabilise les régimes et prévient les conflits. L’administration Trump pense le contraire : seule la puissance est comprise, la coercition est plus efficace que la persuasion, et le multilatéralisme est une contrainte que les forts n’ont pas à s’imposer. Ce n’est pas une querelle de tempéraments entre Trump et Merz. C’est une divergence de vision sur l’ordre du monde — profonde, durable, et que la crise iranienne a simplement rendu impossible à esquiver davantage.
Ces trois fractures — entre l’Est et l’Ouest européens, sur le nucléaire, sur la doctrine — révèlent une vérité que Ramstein a mise en lumière : la crise n’est pas seulement transatlantique. Elle est européenne. Trump en a fourni le révélateur. Il n’en est pas la cause.

Trois futurs possibles
Le 1er mai 2026 est un carrefour, pas un point d’arrivée. Ce qui suit dépend de choix politiques concrets, que ni les marchés ni les états-majors ne feront à la place des gouvernements. Trois scénarios se dessinent — non comme des certitudes, mais comme des horizons possibles.
Le bluff qui s’installe
Le retrait se fait à moitié : quelques milliers de soldats rentrent aux États-Unis, Ramstein est allégée mais reste opérationnelle. En coulisses, les négociations reprennent : Berlin accepte d’augmenter son budget de défense, Washington lâche du lest sur l’Iran. Un accord discret, jamais officialisé, remet les choses à peu près en place. L’Europe a eu peur — juste assez pour dépenser un peu plus, pas assez pour changer vraiment. La dépendance continue, maquillée en « partenariat rééquilibré ». C’est le scénario le plus rassurant à court terme, et le plus risqué dans la durée : l’Europe passe à côté d’une occasion historique de prendre son destin en main, et remet à plus t**d ce qu’elle devra de toute façon affronter.
La bifurcation forcée
Les retraits s’étendent à l’Italie et à l’Espagne. La pression devient insupportable. La France prend le commandement aérien de l’OTAN en juillet 2026 — un symbole qui devient réalité. Paris et Berlin, acculés, décident d’accélérer la construction d’une défense européenne digne de ce nom : davantage de moyens communs, une coopération militaire renforcée entre Européens, et pour la première fois, une discussion ouverte sur le rôle de la dissuasion nucléaire française dans la sécurité collective du continent. L’Europe cesse d’être un protectorat pour devenir, progressivement et imparfaitement, une puissance. Ce chemin est possible — mais il exige une entente solide entre Paris et Berlin, et la capacité d’entraîner des alliés qui n’ont pas les mêmes priorités ni la même histoire.
La désintégration silencieuse
C’est le scénario le moins probable aujourd’hui, et le plus dangereux à dix ans. Faute d’accord commun, chaque pays se débrouille seul : la Pologne négocie directement avec Washington le maintien de soldats américains sur son sol, l’Espagne renégocie ses bases, la Hongrie s’accommode d’une OTAN vidée de sa substance. L’Alliance existe encore sur le papier ; l’Union européenne reste un grand marché, mais sans ambition stratégique partagée. La sécurité redevient une affaire nationale. L’Europe ne s’effondre pas — elle se morcelle, lentement, sans bruit. Ce n’est pas la guerre. C’est l’impuissance organisée.
La trajectoire la plus probable mêle les deux premiers scénarios : une pression américaine suffisamment durable pour forcer de vrais changements en Europe, sans aller jusqu’à la rupture totale. Mais l’issue finale dépend de quatre inconnues qui toutes, en ce printemps 2026, restent ouvertes : la capacité de Paris et Berlin à parler d’une seule voix dans les mois qui viennent ; le dénouement du conflit iranien, vers l’escalade ou vers la table des négociations ; les résultats des élections américaines de mi-mandat en novembre, qui pourraient affaiblir ou conforter Trump ; et enfin la posture de Moscou, qui observe la désunion occidentale avec un intérêt non dissimulé. Aucune de ces variables n’est fixée. Toutes sont en mouvement.
L’Europe face à son miroir
Le 1er mai 2026 restera peut-être comme une date charnière
non parce que l’alliance transatlantique s’est rompue, mais parce qu’elle a révélé, pour la première fois depuis 1945, sa propre fragilité. L’Amérique n’a pas abandonné l’Europe. Elle a simplement démontré, en l’espace de trois jours, qu’elle en avait la capacité. C’est une nuance considérable — et une leçon que le continent européen devra méditer longuement.
Soixante-quinze ans de garantie américaine ont engendré, en Europe, une forme de confort stratégique dont les effets sont aujourd’hui visibles. La sécurité, assurée de l’extérieur, a progressivement cessé d’être perçue comme une responsabilité propre. Les budgets militaires ont été comprimés. La dépendance énergétique à la Russie a été rationalisée comme un levier de stabilisation. Ces choix, compréhensibles dans le contexte de l’après-Guerre froide, ont creusé au fil des décennies une vulnérabilité que l’invasion de l’Ukraine en 2022 a commencé à révéler, et que la crise de Ramstein expose désormais dans toute son étendue.
Ce que cet épisode met en lumière dépasse la relation bilatérale germano-américaine. Il éclaire l’état d’un continent traversé par des divergences profondes
Entre une Europe orientale qui place sa confiance dans le lien bilatéral avec Washington, et une Europe occidentale qui cherche encore sa doctrine ; entre des États membres prêts à envisager une autonomie stratégique réelle, et d’autres qui préfèrent attendre un retour à la normale ; entre deux visions de l’ordre international que la querelle sur l’Iran a rendues, cette semaine, impossibles à concilier. Ces lignes de fracture ne sont pas nées de la décision de Trump. Elles lui préexistaient. Il leur a simplement donné une visibilité nouvelle.
L’Europe est-elle en mesure de peser par elle-même ?
La question qui se pose désormais n’est pas tant de savoir si les États-Unis maintiendront leur engagement en Europe — leurs intérêts stratégiques sur le continent restent considérables, et le paradoxe d’un retrait de Ramstein plus coûteux pour Washington que pour Berlin plaide pour une certaine réversibilité. La question est plus fondamentale : dans un ordre international de plus en plus transactionnel, où les garanties de sécurité se négocient davantage qu’elles ne se donnent, l’Europe est-elle en mesure de peser par elle-même — ou restera-t-elle tributaire de décisions prises ailleurs ?
L’Europe n’est pas encore post-OTAN. Mais elle ne peut plus se permettre d’être pré-autonome.

*ELYES GHARIANI
Ancien ambassadeur de Tunisie, à Berlin et à La Haye et fort d’une expérience de 40 ans dans le travail diplomatique et la coopération internationale, il dispose d’une bonne expertise en affaires européennes pour avoir été en poste dans les principaux Etats membres fondateurs de l’UE (Allemagne, Belgique, France, Pays-Bas).

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