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29/08/2026
Philofest - Dans le prolongement de l’Agora | 3ème jourLe Philofest est terminé, mais certaines discussions méritent de ...
28/08/2026

Philofest - Dans le prolongement de l’Agora | 3ème jour

Le Philofest est terminé, mais certaines discussions méritent de continuer au-delà de Jeelen.

Pour cette troisième journée, une question nous a accompagnés : où est la liberté dans le travail ?

Jomaa Souissi

3ème jour

Où est la liberté dans le travail?

On a remarqué qu'en règle générale, dans le monde du travail dans nos sociétés contemporaines, il reste plus facile de plaider la cause de l'esclavage (chez les Anciens, c'étaient les esclaves qui faisaient les travaux manuels, les maîtres s'occupaient des choses de l'esprit. Aux esclaves la vie active, aux maîtres la vie contemplative, conçue comme un divertissement. Et l'esclavage persiste jusqu'à aujourd'hui en prenant d'autres formes...) et de l'aliénation ( Marx), que celle de la liberté . Avec un troisième élément qui s'ajoute de nos jours : la dimension pathogène du travail incarnée par le phénomène du " burn-out"...

Aussi avons-nous invoqué le problème de l'égalité. L'idée est de toute pertinence: les inégalités dans le travail, qui impliquent des inégalités salariales, engendrent fatalement des inégalités de liberté.
Le contexte tunisien a eu aussi sa propre plage dans le débat, sous un angle sociologique.

Néanmoins, il n' a pas été uniquement question d'esclavage et d'aliénation. On a montré , nous appuyant sur quelques philosophes, qu'on peut toujours nous ménager des espaces de liberté dans la steppe aride de ce monde auquel nous sommes tous soumis, d'une manière ou d'une autre.

Voici maintenant où nicheraient ces espaces lde liberté:

À l'intérieur même de la contrainte, quand on transgresse peu ou prou la norme, selon les métiers et les personnes... Liberté de circonstance et de contrabande.( Expérience courante: un professeur qui ne respecte pas tout à fait des instructions pédagogiques, par exemple.)
Dans la passion qu'on peut avoir pour son métier. Cet amour neutralise le sentiment d'aliénation et donne le sentiment d'être maître et non esclave de son métier. ( Rodin qui adorait tellement son métier de sculpteur disait ceci : " Combien l'humanité serait heureuse , si au lieu de considérer le travail comme la rançon de l'existence, elle le considèrerait comme un dû.")
Dans la perspective, l'horizon qu'on se donne quand on travaille: envisager le travail comme une action, capable de transformer le réel, et non pas seulement comme une simple activité rémunérée. ( Hannah Arendt)
La liberté n'est pas dans le travail. Ce dernier n'en est que le chemin qui y conduit. Le travail y mène en nous mettant à l'abri de la nécessité. Il nous y mène en nous conduisant vers le loisir...Où l'on retrouve la notion de loisir chez les Anciens. Aristote l'avait vu en disant: " Ce n'est pas le repos qui mène au travail, c'est le travail qui mène au repos." Autrement dit, on ne se repose pas pour travailler, mais on travaille pour se reposer. Dans ce repos, lieu d'oisiveté, se nicherait la liberté...Les gens qui ont suffisamment d'argent le savent bien, à condition qu'ils n'en soient pas les esclaves si à la place d'en faire un moyen, ils commettent la bêtise d'en faire une fin...

Mais là aussi, nous n'estimons pas avoir résolu quoi que ce soit. La liberté dans le travail, en fin de compte, c'est sauve qui peut...
Tout ce qu'on espère, c'est d'avoir quand même élargi le champ de vision de la question et créé des brèches par où le regard peut s'étendre encore et encore pour que ce sauvetage, si minime soit-il, demeure toujours possible.

Et pour prolonger encore l’Agora…

Cette troisième journée nous a aussi ramenés très loin dans l’histoire du travail.

Baccar Gherib est parti de la révolution agricole : avec la production d’un surplus apparaissent progressivement la propriété, la division du travail, puis les classes sociales. Dans cette lecture marxiste, l’histoire du travail est aussi, dès son origine, une histoire des inégalités.

Dès lors, sommes-nous tous aussi libres face au travail ?

Il est évidemment plus facile de ralentir, de choisir son métier, de refuser certaines conditions ou simplement de dire « non » lorsque l’on peut se permettre de perdre son emploi. L’inégalité économique devient aussi une inégalité dans notre capacité à disposer de notre temps et de notre vie.

La projection de Perfect Days de Wim Wenders (2023), nous avait justement amenés vers une autre manière de poser la question.

Hirayama mène une existence extrêmement répétitive : mêmes gestes, mêmes trajets, mêmes habitudes, peu de possessions et, semble-t-il, peu de besoins.

Est-il prisonnier de cette monotonie ?

Ou est-il au contraire plus libre parce qu’il s’est débarrassé d’une grande partie des besoins et des contraintes que produit notre mode de vie moderne ?

Nous associons facilement la liberté au fait d’avoir toujours plus de choix. Mais plus nous avons de besoins, plus nous devons aussi travailler pour les satisfaire.

Et si une forme de liberté consistait parfois simplement à avoir besoin de moins ?

Une intervention du public a posé un autre paradoxe très contemporain : certaines entreprises rendent aujourd’hui les lieux de travail toujours plus agréables. On peut y manger, faire du sport, se détendre, parfois même régler une bonne partie de sa vie quotidienne.

C’est évidemment une amélioration des conditions de travail.

Mais lorsque tout devient disponible au bureau, est-ce le travail qui devient plus humain ou notre vie qui finit progressivement par se résumer à notre travail ?

Faut-il finalement que le travail reste, au moins en partie, une contrainte pour que nous continuions à distinguer le temps que nous lui consacrons du temps qui nous appartient réellement ?

Même ambiguïté avec le travail-passion.

Aimer profondément son métier peut donner du sens à ce que l’on fait et rendre le travail beaucoup moins aliénant.

Mais la passion peut aussi devenir une prison particulièrement discrète.

Quand on aime ce que l’on fait, on compte moins ses heures. On devient perfectionniste. On recommence. On veut toujours aller un peu plus loin.

La passion nous libère-t-elle du travail ou nous pousse-t-elle parfois à accepter volontairement ce que nous refuserions dans un travail que nous n’aimons pas ?

Et puis, impossible aujourd’hui de parler du travail sans parler de l’intelligence artificielle.

Pendant longtemps, nous avons imaginé que l’automatisation remplacerait d’abord les tâches manuelles et répétitives. Aujourd’hui, ce sont également les métiers de bureau, d’analyse, de création et les fameux « cols blancs » qui commencent à être bouleversés.

Allons-nous vers la fin du travail ?

Et si nous pouvons demain produire davantage avec beaucoup moins de travail humain, une question devient essentielle :

Qui bénéficiera du temps libéré par les machines ?

Travaillerons-nous tous moins ?

Ou produirons-nous simplement davantage avec moins de personnes ?

Dans le même temps, les métiers manuels connaissent un étrange retour en grâce. Travailler le bois, cultiver la terre, cuisiner, réparer, fabriquer quelque chose de ses propres mains apparaît presque comme une échappatoire à des métiers devenus trop abstraits.

Mais là aussi, attention au piège.

Il est facile de romantiser un métier manuel lorsque l’on a le luxe de le choisir. Beaucoup moins lorsqu’il signifie pénibilité, horaires difficiles, risques physiques et faible rémunération.

Est-ce réellement un retour vers un travail qui aurait davantage de sens, ou une nouvelle image séduisante produite par notre époque?

Finalement, après toutes ces discussions, la question « le travail libère-t-il l’Homme ? » paraît presque trop simple.

Peut-être faudrait-il plutôt se demander :

Sommes-nous libres dans notre travail ?

Libres grâce à notre travail ?

Et surtout :

Combien de notre temps, de nos désirs et de notre vie sommes-nous prêts à donner au travail pour pouvoir nous dire libres ?

Le Philofest se termine.

L’Agora, elle, peut continuer.

Philofest — Dans le prolongement de l’Agora | Deuxième jourLe Philofest s’est achevé, mais certaines discussions mériten...
27/08/2026

Philofest — Dans le prolongement de l’Agora | Deuxième jour

Le Philofest s’est achevé, mais certaines discussions méritent de continuer au-delà de Jeelen.

C’était même l’un des objectifs de cette édition : ne pas sortir du débat avec des certitudes supplémentaires, mais avec de nouvelles questions.

Après un premier prolongement autour de l’art et du rap, revenons sur la deuxième journée et sur cette interrogation qui nous a accompagnés :

La liberté s’apprend-elle ?

Jomaa Souissi revient ici sur une séquence du débat que le temps ne nous avait pas permis d’approfondir.

Jomaa Souissi

Deuxième jour

Le deuxième jour a tenté de répondre à la question : qu'est-ce qu'être libre aujourd'hui ? Comment le devenir ?

La question est d'une ampleur abyssale. La réflexion a porté aussi bien sur la liberté politique (liberté de l'action) que sur la liberté intérieure (de la volonté). Beaucoup de philosophes ont été convoqués, rappelant la nécessité de la connaissance de leurs conceptions pour saisir notre propre relation à la liberté, non pas d'une manière abstraite, mais concrète, pragmatique et même organique....

Mais, il semble qu'on a raté une séquence importante dans le débat pour aider à comprendre la crise systémique actuelle de la démocratie. C'est un jeune qui nous a tendu la perche, mais qu'on n'a pas saisi, faute de temps. Furtive cession de rattrapage, donc.

Tout est parti d'une remarque sur le comportement incivil de beaucoup de nos concitoyens. Et à ce jeune d'affirmer : « Peut-être qu'ils jugent, dit-il, que les lois qui les gouvernent soient injustes. »

La remarque de ce jeune, de toute pertinence, ramène à Rousseau.

Rousseau écrivait : « L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. »

Ce qui signifie que dans une démocratie, ce sont les citoyens qui prescrivent les lois qui les gouvernent ; par conséquent, quand il obéissent à ces lois, il ne font pas preuve de soumission ; au contraire, ce dont ils font preuve, c'est plutôt d'un acte de grande liberté, étant donné que ce sont eux-mêmes qui ont prescrit ces lois en sachant très bien que la liberté absolue n'existe nulle part ; et que pour avoir cette liberté dite politique (et non pas naturelle), qui garantit la possiblité d'un vivre ensemble dans le cadre d'une paix civile pour tous, obligation est pour chacun et chacune de renoncer à une part de ses désirs et ses lubies.

Ce renoncement à ce désir individuel d'une liberté naturelle (qui mènerait à la guerre de tous contre tous, idée de Thomas Hobbes) est le prix à payer pour avoir cette liberté politique, certes limitée, mais la seule possible pour éviter l'anarchie et le chaos.

Dans ce cadre, cette remarque amène à montrer toute la compexité — légitime et objective — de la question de la liberté et de l'ordre de son rétrécissrment dans certains contextes (mais la légitimité ne justifie pas tout, ni d'un côté, ni de l'autre). Dont acte.

Quelque part, il devient légitime que des citoyens soient tentés d'enfreindre la loi quand un pouvoir transcendant ne respecte pas les lois que ces citoyens ont eux-mêmes prescrites.

Mais pourquoi ce pouvoir enfreint-il ces lois, qui sont l'expression politique de la volonté populaire ? Souvent, l'argument convoqué est celui de la souverainté de l'État et la sécurité de ses citoyens. Tous les dirigents politiques y recourent quand il est question de la sûreté de l'État... En soi, l'argument peut valoir argument d'autorité... D'autant plus que la raison d'État est censée être au-dessus de toute loi pouvant atteindre à cette raison...

Hannah Arendt a une réflexion séduisante sur cette notion de « souveraineté » dans son ouvrage « La crise de la culture ». Elle considère que ce principe de souveraineté, qu'elle soit politique ou individuelle, est liberticide. Il annule fatalement toute liberté.

Sur le plan politique, plus on brandit ce principe, plus on tend vers des choix sécuritaires... Chaque revendication d'un supplément de sécurité implique forcément un coup porté aux libertés (médiatiques, artistiques, académiques...). Choisir la sécurité, c'est aller tout droit vers l'autoritarisme.

Le contexte politique mondial actuel semble lui donner raison. On croyait le concept dépassé et avec lui le concept d'« État-Nation ». On croyait que l'histoire se dirigeait petit à petit vers le triomphe de la Raison démocratique, il n'en est rien. Partout dans le monde aujourdh'ui, le concept de « souveraineté nationale » est convoqué et l'idéologie nationaliste de retour avec toutes ses valeurs réactionnaires...

La démocratie occidentale perd du terrain au profit des idéologies d'extrême droite qui sont beaucoup plus audibles que les valeurs humanistes et universelles incarnées par l'idéal démocratique...

Sur le plan individuel, c'est pareil (toujours du point de vue de H. Arendt). Prétendre être souverain de soi, c'est se plier à toutes les contraintes possibles pour se maîtriser, donc, c'est se soumettre à l'autorité, à l'intérieur de soi, d'un moi transcendant et tyrannique.

En latin, souveraineté signifie « supériorité » et en arabe, l'étymologie est encore plus éclairante. Le mot se traduit par « siyada » et la « siyada » a besoin de « sayid » ou « asyad » et ces derniers ont besoin de sujets qui ont l'obligation d'obéïr et de se soumettre...

Mais d'un autre côté, on peut objecter à Hanna Arendt la chose suivante : comment un État ou des individus peuvent-ils être libres s'ils ne sont pas souverains, autrement dit sans qu'ils ne soient l'objet d'aucune sujestion...? Dès lors, la souveraineté apparaît comme un concept paradoxal qui questionne en permanence le concept de liberté. (Je laisse la question en suspens...)

Tout cela pour dire qu'on a besoin des philosophes pour nous apprendre à voir les choses là où on ne les voit pas. Dans ce contexte, pour nous éclairer le chemin vers la liberté et pour nous apprendre à la protéger.

Hannah Arend (pour revenir à elle et terminer avec elle), qui défend le principe selon lequel la liberté doit se manifester et s'exercer dans l'espace public, est l'un des meilleurs maîtres en la matière. Elle a été témoin et victime de la confiscation du pouvoir par les n***s, dans la République de Weimar, grâce à la liberté et en son nom. L'histoire se répète. Le génocide infligé à Gaza et au gazaouis utilise les mêmes arguments dont étaient victimes les juifs d'Europe dans le contexte de la Nationale-démocratie dans l'Allemagne n**i : l'argument de la sécurité et de la liberté.

Et voilà comment de victime, on devient bourreau. Et voilà comment du sein de la liberté on peut faire naître la barbarie qui, selon une expression de Régis Debray, « ne dort que d'un oeil », prête à jaillir à tout instant...

Contre ce retour spectaculaire de la barbarie, le salut ne passerait-il pas par une défense acharnée de la démocratie ? Parler de fin de la démocratie, discours très répandu, n'est-ce pas faire le jeu de la barbarie ?

Et si nous prolongions encore la question ?

Lors de cette deuxième journée, Sophie Bessis nous avait rappelé un autre aspect essentiel du problème : aucune liberté n'existe sans contrainte.

Nous naissons déjà dans un monde que nous n'avons pas choisi.

Une famille, une langue, une société, une histoire, parfois une religion. Puis viennent les lois, les normes, les interdits, les obligations, le regard des autres et toutes ces contraintes que nous finissons parfois par intérioriser au point de ne même plus les percevoir comme telles.

Alors peut-être que la liberté ne consiste pas à supprimer toutes les contraintes.

La question devient plutôt :

Quelles contraintes acceptons-nous ?
Lesquelles choisissons-nous ?
Lesquelles devons-nous combattre ?
Et comment reconnaître celles auxquelles nous obéissons sans même nous en rendre compte ?

C'est aussi ce qui rend la formule de Rousseau rappelée par Jomaa si intéressante :

« L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. »

Mais que se passe-t-il lorsque je considère que cette loi ne me représente plus ?

Lorsque je la considère injuste ?

Obéir demeure-t-il alors un acte de liberté ?

Et inversement, désobéir suffit-il à faire de nous des êtres libres ?

Probablement pas.

On peut désobéir par courage comme on peut désobéir par pur égoïsme. On peut refuser une règle parce qu'elle est injuste, comme on peut la refuser simplement parce qu'elle nous dérange.

La liberté ne nous dispense donc jamais d'avoir à juger.

Et juger est rarement confortable.

C'est peut-être là l'un des points les plus marquants soulevés par Sophie Bessis : la liberté implique nécessairement de sortir d'une zone de confort.

Nous associons souvent la liberté au plaisir de pouvoir faire ce que nous voulons.

Mais être libre peut aussi signifier remettre en question ce que nous avons toujours considéré comme évident.

Questionner une croyance.

S'éloigner de ce que notre famille attend de nous.

Refuser le rôle que la société nous assigne.

Interroger les certitudes de notre propre milieu.

Changer d'avis.

Dire non.

Et surtout, accepter ce qui vient après le « non ».

Le doute.
La responsabilité.
L'incertitude.
Le risque de se tromper.
Parfois même la solitude.

De ce point de vue, la liberté est presque par essence dangereuse et inconfortable.

Elle est dangereuse pour les ordres établis, parce qu'un individu réellement libre devient capable de les questionner.

Mais elle est aussi dangereuse pour celui qui l'exerce, parce qu'en quittant ce qu'il connaît, il abandonne une partie de la sécurité que lui procuraient ses certitudes.

Plus nous demandons de sécurité, plus nous pouvons effectivement être tentés d'abandonner une partie de nos libertés.

Mais la sécurité est-elle nécessairement l'ennemie de la liberté ?

Un individu constamment menacé peut-il réellement être libre ?

Une femme qui ne peut pas circuler librement sans craindre pour sa sécurité exerce-t-elle pleinement sa liberté ?

Un citoyen dont les droits ne sont pas protégés peut-il être libre ?

La sécurité peut donc également constituer une condition de la liberté.

Le problème commence peut-être lorsque la sécurité cesse d'être un moyen permettant la liberté et devient une valeur supérieure au nom de laquelle toutes les libertés peuvent être sacrifiées.

D'où une autre question :

Combien de liberté sommes-nous prêts à abandonner pour nous sentir en sécurité ?

Car il existe peut-être une tentation encore plus profonde : celle de préférer parfois un ordre rassurant à une liberté incertaine.

La liberté oblige à choisir.

L'autorité peut parfois choisir à notre place.

Elle peut nous dire ce qui est permis, interdit, moral, immoral, acceptable ou inacceptable.

Et elle nous débarrasse alors d'une partie du poids de notre responsabilité.

Être libre, au contraire, c'est aussi perdre cette excuse confortable :

« Ce n'est pas moi qui ai décidé. »

C'est accepter que certains choix nous appartiennent.

Et que leurs conséquences nous appartiennent aussi.

Peut-être alors que la liberté ne signifie pas être totalement souverain de soi.

Nous sommes tous traversés par notre histoire, nos peurs, nos désirs, notre éducation, nos croyances et nos déterminismes sociaux.

La liberté pourrait être autre chose :

prendre conscience de ce qui agit sur nous afin de pouvoir prendre position face à ces contraintes.

Les accepter.

Les négocier.

Les transformer.

Ou les refuser.

La liberté ne serait donc pas nécessairement l'absence de contraintes ou de déterminismes.

Elle serait peut-être la possibilité de prendre une distance avec eux.

Et finalement, la liberté s'apprend-elle ?

Si elle s'apprend, ce n'est peut-être pas comme une liste de réponses.

Elle s'apprend comme une pratique.

Apprendre à douter.

Apprendre parfois à désobéir.

Apprendre aussi pourquoi certaines règles sont indispensables à la vie commune.

Apprendre à distinguer la contrainte qui rend possible notre liberté de celle qui nous asservit.

Apprendre à perdre une certitude sans immédiatement chercher quelqu'un pour nous en donner une nouvelle.

Et accepter surtout que devenir plus libre ne signifie pas nécessairement devenir plus confortable.

Peut-être même tout le contraire.

Alors, après cette deuxième journée, nous pourrions repartir non pas avec une réponse, mais avec quelques questions supplémentaires :

Peut-on être libre sans contraintes ?

Peut-on être libre sans sécurité ?

Mais peut-on encore être libre lorsque la sécurité devient notre valeur suprême ?

Sommes-nous réellement prêts à assumer l'inconfort et la responsabilité qu'exige la liberté ?

Et peut-être la plus difficile :

Voulons-nous vraiment être libres ?

À vous de prolonger l'Agora.

PHILOFEST — DANS LE PROLONGEMENT DE L’AGORA 🎤 vs 🎻Le Philofest est terminé, mais l’Agora continue.Certaines prises de po...
26/08/2026

PHILOFEST — DANS LE PROLONGEMENT DE L’AGORA 🎤 vs 🎻

Le Philofest est terminé, mais l’Agora continue.

Certaines prises de position, certaines divergences et certaines questions soulevées pendant ces trois jours méritent de continuer à vivre au-delà de Jeelen.

Jomaa Souissi nous propose de revenir sur quelques moments du festival et d’en prolonger le débat.

---

✍️ Jomaa Souissi

Philofest: Dans le prolongement de l'agora

Quelles conclusions tirer de cette cession sur la liberté?
1- Que la liberté reste toujours un sujet complexe , clivant , souvent, et irrésistible à toute tentative voulant la circonscrire dans une essence.
2- Que le niveau du débat a été à son niveau d' excellence et d' élégance escompté : la divergence des points de vue s'est exprimée dans les règles de l'art, conformément à l'idéal démocratique: confronter des points de vue et argumenter, dans le respect qui n'interdit pas l'enthousiasme, pour s' expliquer mutuellement sur ce qui met en accord aussi bien qu' en désaccord.

3- Que quelques moments forts ou des questions auxquelles le temps a manqué pour y répondre méritent qu'on revienne dessus pour prolonger le débat hors des enceintes de Jilen. Dont acte.

```
Premier jour
```

Le premier jour aura été marqué par cette formule choc:
" Le rap est un art mineur"
Cette phrase a froissé plus d'un, mais le malentendu, me semble-t-il, aura été dissipé.
Il n' ya aucune offense envers qui que ce soit, à travers cet énoncé. Ni envers le rap, ni envers les rappeurs, ni envers le public qui écoute le rap. Humainement parlant, tous les êtres humains sont égaux en droit et en humanité. Mozart, Abdelwaheb, Kafon... sont tous égaux.
Simplement d'un point de vue artistique, musicologique, personne ne contesterait l'évidence du fait que la musique classique, celle de Mozart, de Schubert...et de Abdelwaheb et Baligh Hamdi aussi est nettement supérieure à celle de tous les rappeurs réunis; ce qui legitime le jugement objectif et scientifique : " Le rap est un genre musical mineur."
Récuser ce jugement, c'est céder à l' idéologie contemporaine de l'égalitarisme ( qui est l'incarnation ad nauseam du populisme) , à savoir que tout est égal à tout, que tout vaut tout. Or, si tout vaut tout, c'est que rien ne vaut. C'est ce qu' on appelle: le nihilisme, . Et franchement, notre époque actuelle est nihiliste.
Ce qui ressort de cette séquence du débat, c'est qu'il est toujours nécessaire de penser à contre-courant. Que penser, comme le disait Claude Roy , c'est " oser ne pas penser comme les autres."

Penser contre, c'est plaider autrement la cause du peuple...Aider quelques individus issus de peuple ( car on ne peut pas sauver le peuple tout entier, sauf si on veut faire de la démagogie) à s'émanciper de la fatalité de la prison esthétique. Les ouvrir sur la beauté dans sa dimension universelle.
Écouter de la belle musique, ce n' est pas un simple divertissement. C'est apprendre à écouter le monde autrement. À le regarder autrement. À l'habiter autrement. Un individu n' est pas rien. Chaque individu est à lui seul un continent. Chaque singularité porte en elle toute l'humaine condition . Plaider la cause du peuple, c'est l'envisager sous l' angle du révolté et non pas du révolutionnaire. Plutôt Nietzsche, Thoreau, ..que Marx , Lénine, Staline ....

Et pour prolonger encore plus le débat, cette question à méditer:
Qu'est-ce que défendre la liberté du goût pour le peuple? Est-ce l'enfermer dans une seule et unique " identité gustative" ou est-ce plaider la cause de la diversité et de la culture artistique pour lui? Pas pour sauver le monde ( naïveté et illusion), mais pour sauver quelques individus ?....La base de toute éducation n'est-elle pas la contrainte et la frustration? Si la liberté s'apprend, le chemin qui y mène ne commence-t- il pas par la contrainte dans un élan d'arrachement réfléchie aux contraintes qui asservissent et avilissent?

À demain pour le 2ème jour...

💬 Le débat continue

Puisqu’il s’agit de prolonger l’Agora, permettez-moi, Jomaa, de vous répondre.

Si le Philofest nous a bien appris une chose, c’est à entrer avec une question pour ressortir avec dix autres.

Alors, le rap : un art mineur ?

Mais qui décide de ce qui est majeur et de ce qui est mineur ? Selon quels critères ? À quelle époque ? Et depuis quelle position sociale et culturelle ?

Une éducation à la liberté doit-elle nous apprendre ce qu’il faut aimer, ou doit-elle plutôt nous donner les outils pour construire librement notre propre jugement ?

Et surtout : qui décide que celui qui écoute du rap est enfermé dans une « prison esthétique », tandis que celui qui écoute Mozart serait nécessairement plus émancipé ?

En Tunisie, le rap ne peut pas être séparé des quartiers, d’Internet, des cultures underground, de la censure, de la police, de la révolution, mais aussi du marché et, aujourd’hui, des plateformes numériques. Des paroles ont circulé sous Ben Ali à une époque où une partie de la parole publique était verrouillée. Des rappeurs ont raconté une jeunesse, ses frustrations, ses violences et ses contradictions, dans une langue que les institutions culturelles avaient souvent du mal à entendre.

Et puis, le rap est né ailleurs, pour autre chose, avec d’autres contraintes, d’autres outils et d’autres ambitions.

Alors que faisons-nous du rythme, de la langue, de la prosodie, du détournement, du sampling ? Que faisons-nous de cette capacité à raconter une époque, à faire surgir une parole là où elle n’existait pas, à transformer une expérience sociale en objet esthétique ?

Peut-être que toutes les œuvres ne se valent pas. Mais cela ne signifie pas nécessairement que toutes les formes artistiques doivent être jugées avec les mêmes critères.

Et finalement, peut-être que prolonger l’Agora, c’est précisément cela : ne pas chercher trop vite à savoir qui a raison, mais continuer à déplacer la question.

Le rap est-il un art mineur ? Ou est-ce notre manière de définir ce qui est “majeur” qui mérite, elle aussi, d’être interrogée ?

À vous de prolonger l’Agora.

Pour cette 3ᵉ et dernière journée du Philofest, nous avons choisi de questionner une dimension centrale de nos vies : le...
24/08/2026

Pour cette 3ᵉ et dernière journée du Philofest, nous avons choisi de questionner une dimension centrale de nos vies : le travail. Nous libère-t-il ? 💭💡

Nous avons eu l’honneur d’accueillir Baccar Gherib, qui nous a proposé une lecture historique et politique du travail, en revenant notamment sur Marx, la lutte des classes et la notion d’aliénation : comment le travail, censé permettre à l’Homme de produire et de s’émanciper, peut-il aussi devenir un instrument de domination ?

À ses côtés, Senim Ben Abdallah a apporté un regard sociologique sur notre rapport contemporain au travail : sa place dans la construction de l’individu et de son statut social, mais aussi les inégalités, la précarité et les transformations du monde professionnel en Tunisie.

La 5ᵉ édition du Philofest touche ainsi à sa fin. Nous remercions chaleureusement tous nos invités de nous avoir fait l’honneur de nous accompagner, de partager leurs idées, et de permettre à cet événement de résister, de se renouveler et de continuer à exister.

Mais le Philofest ne serait rien sans vous, le public. Vous avez été exceptionnels, comme toujours ! Merci aux fidèles qui reviennent année après année, et bienvenue à celles et ceux qui ont découvert le Philofest pour la première fois cette année.
Nous espérons vous retrouver très bientôt, toujours avec la même curiosité, enthousiasme et cette envie de questionner ensemble notre quotidien !

A la prochaine ! 💛

Merci à toutes et à tous d’avoir partagé cette édition de Philofest avec nous. 💛Vos idées, vos questions, vos échanges e...
24/08/2026

Merci à toutes et à tous d’avoir partagé cette édition de Philofest avec nous. 💛

Vos idées, vos questions, vos échanges et votre énergie ont fait vivre ces quelques jours.

Maintenant, à vous de nous dire : qu’avez-vous pensé de cette édition ? Qu’avez-vous aimé, moins aimé, ou envie de voir pour la suite ?

📝 Partagez-nous votre feedback via le formulaire lien en bio ou en premier commentaire.

À l’année prochaine!

Pour la deuxième journée du Philofest, nous avons réfléchi collectivement à une question essentielle : « La liberté s’ap...
23/08/2026

Pour la deuxième journée du Philofest, nous avons réfléchi collectivement à une question essentielle : « La liberté s’apprend-elle ? »

Nous avons eu l’honneur d’accueillir un panel d’exception, avec Sophie Bessis, Maher Hanin et Jemaa Souissi. Nous avons parlé de justice, de liberté, du droit universel à être libre, mais aussi de la nécessité de continuer à penser la liberté dans un monde en profonde mutation.

Nous vous donnons rendez-vous aujourd’hui pour notre troisième et dernière journée; Cette fois, nous allons nous attaquer à ce qui occupe une majeure partie de nos vies, mais auquel nous ne réfléchissons presque plus : le travail.

Le travail libère-t-il l’Homme ou constitue-t-il une forme de servitude ?
Peut-on être libre dans son travail ?

Vous avez encore quelques heures pour y réfléchir…et venez nous en parler ce soir !

🎬 17h - Projection de Perfect Days
🎤 20h - Lecture de textes du public
💬20h30 - Panel & débat : « Le travail libère-t-il l’Homme ? »

À tout à l’heure. Et surtout… restez curieux !

On vous attend  pour clôturer notre philofest en beauté 🙂Voilà le programme du jour
23/08/2026

On vous attend pour clôturer notre philofest en beauté 🙂
Voilà le programme du jour

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