18/07/2024
*Les femmes et les filles paient le plus lourd tribut des disparités d’accès à l’eau potable et à l’assainissement*
« L’absence de toilettes et d’installations d’approvisionnement en eau et de lavage des mains sûres à domicile prive les filles et les femmes de leur potentiel, compromet leur bien-être et perpétue les cycles de la pauvreté. ». Ces inégalités s’accentuent énormément auprès des femmes et des adolescentes au sein des ménages les plus pauvres et celles en situation de handicap : elles sont les moins susceptibles de pouvoir se laver et se changer dans l’intimité.
Dans 7 cas sur 10, les foyers sans point d’eau à domicile s’en remettent aux femmes et aux filles pour la collecte de l’eau. (OMS, UNICEF)
Selon le rapport Progrès en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène des ménages 2000-2022 : gros plan sur le genre (en anglais), les femmes sont les plus susceptibles d’être chargées de la collecte d’eau du foyer, tandis que les filles ont près de deux fois plus de chances que les garçons de se voir confier cette responsabilité et y consacrent plus de temps au quotidien. Lorsque le trajet pour accéder aux sources d’eau potable est plus long, les femmes et les filles sont en majorité dévolues à la corvée d’eau, ce qui amenuise le temps qu’elles peuvent consacrer à l’éducation, au travail ou aux loisirs. En chemin, elles risquent en outre de se blesser et d’être exposées à d’autres dangers tel que le harcèlement, le viol, etc.
Elles ont également moins de chances de se sentir en sécurité lorsqu’elles vont aux toilettes partagées ou hors de leur domicile et sont touchées de manière disproportionnée par les conséquences d’un manque d’accès aux services d’hygiène.
Sur 1,4 million de personnes qui meurent chaque année en raison de l’inadéquation des services d’approvisionnement en eau, d’assainissement et d’hygiène », près de la moitié en sont des femmes et filles.
Le partage des installations d’assainissement avec d’autres ménages, est une situation qui porte atteinte au bien être, à l’intimité, à la dignité et à la sécurité des femmes et des filles, notamment leur capacité à gérer leurs menstruations.
« Non seulement les femmes et les filles courent le risque de contracter des maladies infectieuses en lien avec les installations EAH, telles que la diarrhée et les infections respiratoires aiguës, mais elles sont également vulnérables au harcèlement, à la violence et aux blessures, avec les conséquences néfastes qui s’ensuivent pour leur santé, lorsqu’elles doivent s’éloigner de leur domicile pour collecter de l’eau ou simplement aller aux toilettes. »
L’argumentaire de liberté (des corvées) ou d’opportunité et de lieux de sociabilité (espace exclusif et de rencontres) qu’offriraient aux femmes et filles les points d’eau occulte plusieurs autres risques induits par la distanciation : usure physique, perte de temps à consacrer à l’éducation, aux activités économiques, et aux loisirs, harcèlement, viol, déperdition juvénile, risque de blessures, d’accident ou de décès, etc…L’exemple récent durant la pandémie du COVID 19 où le bouche à oreille, lors de rencontre autour des points d’eau, a plutôt constitué un nid aux rumeurs et fausses informations interpelle à un changement de paradigme des interventions Eau Hygiène Assainissement avec une prise en compte des spécificités liées au genre et aux personnes vulnérables.
Si au Togo, l’accès des ménages à des services d’approvisionnement en eau de boisson, en milieu rural, semi urbain et urbain s’est amélioré entre 2014 et 2023, passant 47,7% à 74,4%, de 42,6% à 55,9% et 47,7% à 69%.
L’accès universel à des services d’approvisionnement à des services d’assainissement et des services de base en matière d’hygiène gérés en toute sécurité reste embryonnaire. Dans certaines localités, les femmes et filles ont parfois le lourd choix à faire entre une eau de boisson ou d’hygiène.
Pour atteindre la cible des objectifs de développement durable (ODD) 6 visant à assurer, d’ici à 2030, l’accès universel à des services d’approvisionnement en eau de boisson, des services d’assainissement et des services de base en matière d’hygiène gérés en toute sécurité, les taux de progression actuellement observés dans ces différents domaines devront respectivement être multipliés par sept, par dix et par quinze.
Il est nécessaire de poursuivre les efforts entrepris pour faire en sorte que les progrès réalisés en matière d’EHA par les acteurs de terrain (OSC, gouvernement) contribuent à l’égalité entre les genres.
Prendre en compte des questions de genre lors de la conception et de la mise en œuvre des programmes , dans la capitalisation et ventilation des données et les programmes et politiques du secteur EAH ainsi que mettre en œuvre des interventions ciblées répondant aux besoins particuliers des femmes, des filles et d’autres groupes vulnérables sont entre autres mesures indispensables pour véritablement concrétiser les performances du Togo telles qu’inscrites dans la Stratégie Nationale d’Equité et d’Egalité de genre (SNEEG) et dans la Stratégie Nationale d’Accès Universel à l’Eau Potable et à l’Assainissement.