26/01/2025
/ : Votre journal s'est entretenu avec Sosthène Mbernodji, écrivain, journaliste et président de l'Association des Écrivains et Auteurs du Tchad (ASEAT).
Au cours de cet entretien, plusieurs questions ont été abordées avec Sosthène Mbernodji, notamment la littérature, la lecture, le mois du livre et de la lecture, ainsi que ses engagements en faveur de la promotion de la lecture et de l'écriture.
: Bonjour, pouvez-vous vous présenter brièvement à nos abonnés?
SOSTHENE MBERNODJI: Je suis Sosthène Mbernodji, enseignant de français par ailleurs journaliste, collaborateur à FM Liberté. Mais je suis fondamentalement promoteur du livre à travers le festival "Le Souffle de l'harmattan" que je dirige depuis 11 ans. Mais aussi et surtout je suis le président de l'Association des écrivains et Auteurs du Tchad (ASEAT). Je suis également éditeur à travers une petite maison d'édition appelée les éditions "Le Souffle".
: Que représentent pour vous la littérature et la lecture?
SM: La littérature est l'ensemble des œuvres écrites auxquelles on reconnaît une originalité, une certaine esthétique selon les définitions. La littérature, c'est simplement l'expression des préoccupations humaines. Les ancêtres des écrivains sont les griots, les troubadours, ou encore les scribouillards. Le livre a évolué, du papyrus on est arrivé aux tablettes, aux versions papiers et tout.
Maintenant la lecture, c'est quelque chose de magique, de très important dans la vie de toute personne. Qu'on soit élève, étudiant ou professionnel. Eh bien lire a des avantages insoupçonnés. Je ne peux qu'encourager les gens à s'adonner à cette activité livresque, à savoir la lecture.
: Quelles sont vos contributions et vos efforts pour le développement de la littérature tchadienne ?
SM: Je mène une lutte, une bataille sur le terrain littéraire. Déjà à travers le festival "Le Souffle de l'Harmattan", la onzième édition vient de se dérouler, on prépare la douzième édition. Un festival qui a douze ans. Ce festival vise essentiellement à faire la promotion de la littérature tchadienne à travers les œuvres, à travers la lecture et tout ce qui accompagne. J'ai également créé en 2009 une émission appelée "Café littéraire" sur la FM Liberté. Cette émission donne la parole, fait une part belle aux auteurs, aux écrivains, à la littérature qu'elle soit classique ou moderne. Elle ouvre parfois la brèche pour parler des œuvres aux programmes scolaires, des différentes méthodologies de dissertation, des commentaires composés, de la contraction des textes, etc. Donc le combat est à tous les niveaux. J'ai porté la voix et l'engagement littéraire du Tchad à l'étranger, à travers les différents salons du livre, les différents festivals, qu'ils soient en Afrique ou ailleurs. Puisqu'en 2023, j'étais en France au festival des cultures africaines appelé "AfrikaJar", dont le Tchad était le pays invité d'honneur. On était deux écrivains accompagnés des autres artistes pour porter la voix et l'engagement littéraire du Tchad à Kajar, qui est situé à 150 kilomètres de Toulouse, au sud de la France. J'ai été également invité aux états généraux du livre à Tunis. A travers le combat que je mène ici pour la lecture, ce travail est reconnu. Voilà pourquoi, de temps à autre, je suis invité à ces différentes rencontres qui se passent en Afrique ou ailleurs.
: Il est souvent constaté que la majorité des Tchadiens ne s'intéressent pas à la lecture. Selon vous, quelles en sont les principales causes?
SM: Il y a de nombreuses raisons mais les principales sont, entre autres, le fait qu'on n'ait pas une politique du livre au Tchad. Et puis, il n'y a pas assez d'événements littéraires chez nous. La lecture ne doit pas être un acte spontané. Ça doit être un comportement, une habitude intégrée dans le quotidien. Si, au niveau de la famille, les parents ne donnent pas l'exemple de lecture, les enfants ne vont pas lire. Il faut inculquer le goût de lecture dès le bas âge aux enfants. Et puis, les professeurs de français ont une grande part de responsabilité également. Ce sont eux qui transmettent l'amour du livre aux enfants, aux apprenants, aux élèves. Eux aussi doivent faire montre et même preuve de beaucoup de tact et d'exemplarité afin que les enfants suivent leurs pas. J'ai été invité le 21 novembre dernier au lycée français Montagne à l'occasion de la journée internationale des professeurs de français pour animer des ateliers d'écriture. Dans nos lycées classiques, il n'y a pas d'atelier d'écriture. Il va falloir qu'on organise des ateliers d'écriture et ceux qui doivent montrer le chemin sont des professeurs français. Et le challenge est là.
:Quelle analyse faites-vous des mois du livre et de la lecture de la première édition jusqu'à la plus récente?
SM: Le mois du livre et de la lecture est une initiative de Mahamat Saleh Haroun, alors ministre de la culture. Moi, j'étais aux premières loges de cette activité en 2017. Mahamat Saleh Haroun avait d'abord convié tous les maillons de la chaîne littéraire, qu'on soit écrivain, éditeur, libraire, bibliothécaire et même lecteur, on était tous convié au Musée national où l'on a échangé. C'est après cet échange que l'idée d'organiser une activité ministérielle étatique est venue et il l'a actée en signant un arrêté. Aujourd'hui, cette activité est dévoilée de sa mission première. Avec ce que vous avez vu, vous êtes journaliste. Mahamat Saleh Haroun lui-même qui a initié, avait critiqué puisque à l'origine, le mois du livre, tout comme la littérature et même la culture, vise à rassembler. On ne fait pas de l'ostracisme en culture. Or moi, en tant que président de l'association des écrivains, je n'ai pas été invité à la dernière édition du mois du livre. Cela explique l'idée haineuse de rejet, de copinage que ceux-ci font montre. Et puis, à l'origine, le mois du livre n'avait que le grand prix littéraire national. Aujourd'hui, ils ont créé le prix des jeunes, le prix de la femme, le prix en arabe et on aura peut-être bientôt le prix des enfants. Cela devient quelque chose de banal. La littérature, ce n'est pas d'ériger de barrière, c'est de construire plutôt de passerelle. A l'allure où vont les choses, si l'on ne recadre pas cette activité, on est en train d'aller tout droit au mur. Voilà pourquoi on a sonné l'alerte en invitant surtout les organisateurs, à travers la maison de patrimoine culturelle, qui dépend du ministère en charge de la culture, de savoir raison garder et de rectifier certaines choses.
: Selon vous, quelle est la différence entre la génération précédente et actuelle des écrivains tchadiens ?
SM: C'est une complémentarité parce qu'il y avait ceux qui ont commencé, les pionniers, ceux qui sont venus par la suite, par vague successive de tous les temps, les gens animent la scène littéraire. C'est vrai ceux qu'on considère encore aujourd'hui comme des classiques, à l'instar de Baba Moustapha, Ndjekeri, Joseph Brahim Seid, ou autres, avaient la qualité littéraire. Tous les textes littéraires de nos jours laissent à désirer. Il y a des textes dont on peut interroger la littéralité. Mais il y a un engouement vif autour du travail de l'écrivain de manière générale et de l'écriture de manière spécifique. Il va falloir que toutes ces choses soient accompagnées par une dynamique qui puisse nous aider à sortir la tête de l'eau. Voilà pourquoi, nous, au niveau de l'association des écrivains, nous envisageons d'organiser des journées de réflexion de la littérature tchadienne, qui apparaissent comme une sorte de colloque où on va problématiser tous nos problèmes et lister des solutions et j'ai envie de faire des plaidoyers. Votre média (Tchadmedia) pourra y être invité.
: Via vos publications sur Facebook, vous avez annoncé que 2025 sera une année de lecture, quelles sont les raisons qui vous ont poussé à faire cette déclaration ?
SM: C'est un slogan qui consiste à inciter les uns et les autres à aimer la chose de l'esprit et bien plus le livre et la lecture parce que nous constatons qu'il y a une désaffection assez nette qui se dégage du côté de la chose de l'esprit et notamment du livre. Les bibliothèques sont désertes, elles n'ont plus de visiteurs (lecteurs). Au niveau des écoles, il n'y a plus de compétition autour de la littérature donc il va falloir revenir aux fondamentaux, essayer d'inciter les uns les autres à lire, à aimer la lecture, à aimer la littérature. Ça sonne comme un challenge mais aussi une sorte de gageure. Mais il va falloir s'y mettre parce que c'est le travail de tout le monde. Le combat pour la lecture, pour le livre, c'est le travail de tout le monde. De vous médias, des parents, des élèves, des acteurs du livre, de tout le monde. En associant nos forces, l'intérêt envisagé qui est celui des enfants ou des apprenants peut avoir une sorte de solution.
: Pouvez-vous nous parler de votre festival international Le Souffle de l'Harmattan ?
SM: Le Souffle de l'Harmattan, c'était une réflexion d'un groupe d'amis qui a donné naissance à ce festival qui est à sa 11e édition. On a déroulé la 11e édition l'année dernière. Au départ, il vise simplement à mettre en visibilité la littérature tchadienne, dans le corpus mais aussi les nouveaux noms ne font que s'augmenter. Chaque jour, on assiste à de nouveaux écrivains qui présentent leurs textes. C'était ça l'idée au départ. De fil en aiguille, le festival est devenu un festival de promotion du livre africain puisque qu'on a reçu ici des auteurs venus de la Côte d'Ivoire, à l'instar de Kamara Nangala, du Burkina, du Sénégal, du Cameroun, du Gabon et bien d'autres pays donc cela prouve l'engouement, l'intérêt que les gens accordent à ce festival qui n'est plus un festival littéraire tchadien, mais un festival de promotion du livre africain.
: À travers ce festival, vous mettez en avant les valeurs et les contributions des acteurs des livres tchadiens et africains. Quels sont vos résultats ?
SM: De nombreux festivaliers nous ont fait des retours après avoir participé à une édition ou à une autre du festival, ils sont arrivés à produire leurs livres, leurs textes. Puisqu'à certaines éditions, on organise des ateliers d'écriture ou des masterclass dans tel genre ou tel autre. Il y a un ami venu du Gabon pour apprendre du Souffle de l'Harmattan et est allé lancer son festival à Libreville. Donc, on a servi de cadre d'école aux autres.
: Comment incitez-vous les gens à la lecture ?
SM: A travers le challenge comme on a lancé 2024 année du livre et de la lecture et des écrivains où pas mal de gens ont posté leurs photos en train de lire. Parce que la littérature convoque les imaginaires. Elle fait appel beaucoup plus à l'exemplarité. Donc, si on ne montre point le chemin aux enfants, on ne va pas les accuser de ne pas avoir fait mieux donc il est question de multiplier ces activités et d'inciter les uns les autres à lire. Et puis, on va sortir tous gagnants.
TM: Nous sommes pratiquement arrivés à la fin de notre entretien. Quel message ou conseil aimeriez-vous adresser à nos abonnés ?
SM: Alors, à vos abonnés, je voudrais lancer un message. Celui de les encourager à lire, mais bien plus à écrire. Puisque tout grand lecteur est potentiellement un écrivain. Et donc, il faut lire et lire encore.
: Merci d'avoir accepté de répondre à nos questions.
SM :C'est à moi de vous remercier.
Entretien réalisé par Djekoredom Armel
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