16/03/2026
Carte d’occupation des sols de la Commune de Kataba 1
La multiplicité des acteurs qui interviennent dans la forêt et la diversité de leurs usages des ressources forestières, rendent difficiles voire complexe, la protection des forêts dans la commune de Kataba 1 où la forêt est presque le seul moyen de subsistance des communautés. On peut énumérer les usages traditionnels : le pâturage, la récolte du miel, le ramassage du bois mort (par les femmes), l’utilisation de produits forestiers pour la pharmacopée et la récolte des produits forestiers non ligneux sont des activités présentes dans cette commune. Le parcage du bétail se fait pendant la saison d’hivernage (saison des pluies) même s’il est difficile de cartographier et d’apprécier l’importance de cette activité dans la commune et son lien avec la Forêt. A noter également, la présence de nombreux bois sacrés dans la commune.
La mise en œuvre de cette initiative est due principalement à deux facteurs :
Le trafic de bois accentué par la crise Casamançaise :
L’initiative intervient dans un contexte où la déforestation au Sénégal s’accentue à une période où les scenarii du changement climatique requièrent plus que jamais une conservation des forêts. Au mois de juin 2016, le Gouvernement du Sénégal avait annoncé une perte alarmante de plus d’un million d’arbres par an depuis 2010, due à une exploitation anarchique des forêts et le développement du trafic de bois de Casamance pour fournir le marché chinois.
Au mois de mai de la même année, l’ancien Ministre de l’Environnement, Haidar El Ali, a averti que les forêts de la Casamance s’appauvriraient drastiquement durant les prochaines années, « si des actions décisives et immédiates ne sont pas prises pour mettre fin à la coupe abusive et au commerce illégal du bois ». Selon Global Forest Watch, « le bois exploité en Casamance, vendu en Gambie pour fournir le marché chinois représente des pertes annuelles estimées à 40 000 hectares des forêts casamançaises. Entre 2002 et 2009, le trafic du bois à destination de la Gambie a augmenté de 69% ». L’Etat du Sénégal déploie d’énormes ressources pour faire face à ce trafic. Avec la complicité des communautés, il est difficile voire impossible de mettre fin à cette exploitation abusive de nos forêts.
Il faut noter que dans cette zone frontalière avec la Gambie, la crise casamançaise a beaucoup exacerbé la déforestation car les bandes armées se sont livrées au trafic du bois.
Une opportunité pour valoriser la gestion communautaire des forêts à travers le programme : « construire une paix durable à travers le développement des moyens de subsistance »
En 2014, ASAPID en partenariat avec l’ONG United-Purpose ex Concern-Universal dans un vaste programme intitulé « construire une paix durable à travers le développement des moyens de subsistance », a entrepris une campagne de sensibilisation pour une meilleure protection de l’environnement à travers la création et la vulgarisation des forêts communautaires. Dans ce processus de création de forêt communautaire, ASAPID a créé une forêt communautaire qui polarise 4 villages d’ethnies différentes. Ces villages sont Koudioubé, Madina Daffé, Kolobory et Mahamouda Diola qui se trouvent dans la commune de Kataba1, département de Bignona, région de Ziguinchor et qui autrefois ne vivaient pas en harmonie pour les raisons suivantes :
F La zone abritant un cantonnement de combattants du mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC), il y avait un climat de méfiance entre les populations. Certains combattants estimaient qu’ils étaient dénoncés aux militaires par une frange de la population.
Ensuite, il y a l’exploitation clandestine des ressources. Cette exploitation se faisait par les combattants qui en trouvaient leur principale source de revenus. Du coup, on assistait à une compétition avec les populations à qui ils interdisaient formellement de toucher la ressource.
Pour participer à la lutte contre la déforestation, l’ASAPID s’est mobilisée à travers la mise en place de forêts communautaires. Sa zone d’intervention se trouve dans les communes de Kataba1 et Diouloulou, dans la région de Ziguinchor, département de Bignona.
Quelle en était la principale cause ?
Les principales causes de ces problématiques étaient :
Accès et contrôle de la ressource :
L’accès et le contrôle de ces ressources étaient source de conflits qui engendraient des morts d’hommes. Au-delà des tensions, on assistait à une dégradation drastique de l’environnement.
Action de l’homme envers la ressource :
La forêt semblait être en perpétuelle régression du fait des actions de l’homme liées à la coupe frauduleuse de bois, le pâturage en forêt, l’exploitation agricole et surtout les feux de brousse. Les feux de brousse étaient très fréquents dans cette zone depuis plus d’une décennie. Du fait de la répétition des feux, les arbres qui ont une forte capacité de croissance, ne semblent pas avoir le temps d’atteindre la nappe afin de développer leur croissance. Cet état de fait nuit fortement à la production durable de bois et représente un frein au développement optimal des ressources ligneuses.
Pour ASAPID, il fallait impérativement réagir afin de sauver cette forêt qui est presque la seule source de revenus pour les populations dans cette zone où il n’y a pas d’autres opportunités. C’est ainsi qu’il a fait le choix de développer l’expérience de forêts communautaires.
4.1. La description de l’initiative
Après avoir constaté la situation de détérioration de la ressource et les conflits liés à l’accès et au contrôle de cette ressource, ASAPID a initié des actions qui ont suivi plusieurs étapes :
Phase 1 : Campagne de sensibilisation :
En 2009, l’ASAPID a mené des campagnes de sensibilisation des communautés sur la dégradation des ressources et la nécessité de protéger la Forêt Communautaire pour une exploitation durable. C’est ainsi qu’il y a eu adhésion des communautés à cet idéal commun. De concert avec la commune, il y a eu la création de la forêt par un choix consensuel du site et de son étendu. Ce choix s’est fait sur la base de critères liés à l’inexistence de litiges fonciers sur le site. Plusieurs réunions de concertations sont organisées en ce sens, sous la présidence du sous-préfet qui déploie le centre d’appui au développement local (CADL) et le service des eaux et forêts pour un accompagnement technique.
Phase 2 : La médiation
ASAPID essaye d’entendre chaque partie à part pour discuter et puis sur un commun accord elle réunit toutes les parties prenante pour partager sur la question. Dans cette concertation les chefs de villages, les religieux, les leaders d’opinons, les GPF(groupement des femmes), les autorités coutumiers et administratives…) sont convié à réfléchir sur la question a fin que les protagonistes puissent parler le même langage et travailler ensemble .
Phase 3 : Organisation des acteurs et renforcement de leurs capacités :
L’organisation des acteurs est passé par la Création d’un comité de gestion et de surveillance dont les membres sont issus des différentes ethnies, les chefs de villages, les chefs religieux et coutumiers, femmes et jeunes des 04 villages. Soit un nombre de 15 personnes dont 09 Femmes. C’est ainsi un bloc maraicher de 2 hectares a été installé pour permettre aux femmes de travailler et en même temps de surveiller la forêt. Le comité se réunit chaque semaine et il y a également, l’organisation de rencontres mensuelles décentralisées du comité dans les différents villages. Pour tenir compte des aspects liés au genre, il est désigné un président homme et une femme comme adjointe. Le rôle du comité est de planifier les activités de reboisement qu’il soumet à ASAPID pour approbation. Ce comité coordonne aussi les activités de rempotage et de pépinières.
C’est par la suite qu’il y a eu le renforcement de capacités de ses membres sur leurs rôles et responsabilités, les techniques d’installation de pépinières, de reboisement, cueillette et de la protection des forêts. Durant ces formations, il a surtout été question de sensibiliser les acteurs locaux sur les types d’agressions des forêts que le surveillant doit connaitre. Il s’agit de coupes illicites ou d’exploitations irrégulières ou frauduleuses, les feux de brousse, les défrichements illicites, le non-respect des calendriers de cueillette.
Phase 4 : Elaboration d’outils et de règles de gestion de la forêt
L’élaboration d’un Plan de Travail Annuel (PTA) a permis la démarcation ; délimitation ; cartographie participative, installation des sites de pépinières des espèces forestières, reboisement, création de pare feu vert, nettoyage des pare feu etc. D’autres outils comme le plan simple de gestion et un Plan d’Aménagement et de Gestion (PAG) sont actuellement en cours d’élaboration pour mieux faciliter la gestion de ces forêts.
Il y a eu ensuite un consensus oral sur les règles de gestion des ressources naturelles. Pour l’application des règles des surveillants ont été désignés. Le surveillant est un habitant du village riverain de la Forêt qui a reçu mandat d’assurer la surveillance de la forêt contre l’exploitation clandestine. Il est chargé de veiller au respect des règles édictées oralement et est à ce titre, il est considéré comme un indicateur par le service des Eaux et Forêts. Il doit exercer sa mission en respectant les lois et règlements notamment, le Code forestier en vigueur.
Phase 5 : Elaboration d’un plan simple de gestion :
Le Plan Simple de Gestion (PSG) forestière est un document qui permet de mieux connaître sa forêt, de définir des objectifs de gestion et de prévoir un programme précis d’action en faveur de la protection et du développement économique des espaces forestiers.
C'est un document contractuel qui engage les gestionnaires forestières et les autorités publiques. C'est un outil indispensable de pilotage, de suivi et d'évaluation des ressources forestières d'un territoire. Pour une meilleur implication des communautés dans le PSG des activités de telle que des échanges avec les différentes parties prenantes (Comité forêts, eaux et forêts, chef de village, écoles, mairie, conseil départemental, association sportive et culturelle et ASAPID), il a été décidé de mettre en place un plan simple de gestion communautaire de forêt communautaire. Ceci dans le but de favoriser une gestion uniforme et un suivi facile dans la commune. Pour ce faire des rencontres de sensibilisation des communautés sur l’importance d’un consensus sur l’élaboration du plan simple de gestion ont été menées. Afin de toucher le maximum de personne, des émissions et spots ont été diffusé par la radio communautaire de la localité Kairaba FM. Ce qui a abouti à une forte adhésion des communautés au point d’augmenter les limites de certaines forêts.
ASAPID en collaboration avec le maire de la commune, le Conseil Département avec l’appui des eaux et forêt ont ainsi procédé à l’élaboration du plan simple de gestion.
Une rencontre mobilisant la majorité des parties prenantes (maires, conseil départemental, chef de village, sous-préfet, présidents des jeunesses, comité de gestion forets, groupements féminin GPF, directeurs d’écoles, curés, coutumiers, Imams,..) a été organisée pour une validation du plan.
Le PSG contient un certain nombre d’éléments :
Renseignements administratifs
Localisation : nom de la forêt, département et commune, région forestière, surfaces forestières
Enjeux forestiers : économiques, environnementaux, sociaux, stratégie de gestion de la faune
Cartographie : plan d'occupation de l'espace forestier : limites et parcelles forestières ; routes ;
Description de la forêt : types de végétation, valeur forestière, usages
Objectifs de gestion : mesures de gestion, entretiens à prévoir, requalification d'usage
Plan d’action : protection, plantations, coupes, entretiens, travaux sylvicoles sur 15 ans
Financement du plan d'action : estimation des coûts, ventes de bois, financements
Signatures des différentes parties prenantes comme le maire, le conseil départemental et le sous- préfet
Phase 6 : Le code local :(non écrit)
L’élaboration du code local permettra aux population de déterminer les période de l’exploitation de ses ressources forestiers au niveau local, les communautés seront sensibilisées et informées sur les bonnes pratiques (les périodes de collecte des fruits forestiers).
Le code local permet aux communautés de bien s’organiser dans la gestion de leur ressource. Ce code malgré n’est écrit, les populations accordent une importance capitale a ce code. Cela les permet de mieux s’organiser pour une meilleure gestion des produits forestiers.
ASAPID et les communautés ont utilisaient des moyens plus simple et pratiques qui est la sacralisation.
Ce pendant ASAPID et ses partenaires le conseil départemental de Bignona (CD), l’agence nationale de conseil agricole et rural (ANCAR) sont en train d’élaboré un code local communal écrit pour une meilleure gestion de la forêt.
Phase 7 : plan annuel de travail (PTA):
Ce plan annuel de travail permet au comité des gestion forêt d’établir un calendrier. Partant de ce PTA , ils s’organisent pour installer des sites de pépinières pour les reboisements, des enrichissements et des reboisement des parafeux verts.
Le rôle du surveillant :
Constater les infractions (coupes abusives, feux de brousse...)
Informer et sensibiliser les populations
Transmettre les informations aux responsables de la structure de gestion, au service Forestier et à la commune
Collecter les informations pour l’élaboration du PTA
Contrôler le respect des prescriptions techniques du PAG
Ne doit pas effectuer de saisie de produits forestiers sauf s’il risque de perdre les éléments de preuve, auquel cas, il doit confier les produits au chef du village le plus proche du lieu de constat de l’infraction ;
Ne doit pas récupérer le matériel d’exploitation des contrevenants sauf s’il est abandonné par ce dernier en cas de fuite ;
Ne doit pas immobiliser de force un véhicule transportant des produits forestiers mais doit relever le numéro pour information au Service des Eaux et Forêts ; cependant, avec l’accord du chauffeur, il peut immobiliser le véhicule au domicile du chef de village le plus proche
Ne doit pas prendre de dons ou récompenses provenant des contrevenants
Sources d’indemnisation :
Ø Ristournes provenant des infractions
v 40% Commune
v 30% Fonds d’intervention pour la conservation du patrimoine forestier
v 20% Surveillant
v 10% Agent verbalisateur
v Créer des opportunités d’activités génératrices de revenus pour les surveillants
Prévention et gestion de conflits : De telles activités se sont déroulées sous le thème de « Mobilisation sociale sur les stratégies préventives de toutes formes de violence en milieu communautaire ». Elles ont permis de faire une cartographie de toutes les formes de violences connues dans la zone et des solutions ont été proposées afin de les prévenir.
Organisation de Festival des Forêts :
Depuis 2014, le festival des Forêts est une activité annuelle inscrite dans l’agenda de l’ASAPID.
L’objectif est de contribuer aux efforts de protection des forêts dans la région de Ziguinchor, en collaboration avec les autres régions Sédhiou et Kolda. A travers ce festival qui est un grand moment d’échange, l’ASAPID donne plus de visibilité aux produits issus de la forêt ; renforce les capacités des acteurs locaux, sensibilise et plaide en faveur des problèmes environnementaux au Sénégal.
Entre outres le festival des forêts, est un moment de sensibilisation et de plaidoyer fort à l’endroit des autorités administratives et des élus locaux et des communautés. C’est aussi un évènement dédié à l’environnement particulièrement à la Forêt et à ses potentialités tant culturelles qu’économiques dans un contexte où ces ressources sont surexploitées, pillées au détriment de la population voir du pays. Cette action ou organisation vise à mobiliser et à sensibiliser un grand nombre d’acteurs intervenant dans la filière aux problèmes environnementaux causés par l’activité humaine, mais aussi, inciter les communautés et les autorités administratives et politiques à l’action pour conserver durablement les Forêts.
A travers ce festival un grand nombre important d’acteurs est mobilisé notamment les autorités administratives et politiques territoriales locales et départementales, les organisations non gouvernementales (ONG) et les associations des régions de Sédhiou, Kolda et de Ziguinchor, la presse locale et régionale ainsi que les ONG et associations de la Gambie. Parmi les acteurs, nous pouvons citer : les exploitants forestiers locaux, les artisans œuvrant dans la transformation des produits locaux (menuiserie, transformatrices de fruits et légumes…), les élèves artistes dessinateurs exposant des tableaux sur les causes et conséquences de la dégradation des Forêts, les musiciens (traditionnels, rappeurs) portant des messages forts sur les forêts…