13/07/2026
« Tout d'abord, je tiens à féliciter le Ghana pour cette initiative, qui s'inscrit dans le prolongement de la résolution des Nations unies adoptée en mars. Une résolution que de nombreux pays ont choisi de ne pas soutenir en raison de la responsabilité qu'ils portent dans l'une des plus grandes tragédies de l'histoire : d'abord la traite transatlantique des esclaves, puis la colonisation.
Je salue le Ghana pour avoir pris cette initiative. C'est une cause qui devrait être portée par toute l'Afrique ainsi que par sa diaspora, en Afrique, dans les Caraïbes et partout ailleurs, par tous ceux qui croient en la dignité humaine et en la liberté.
Pendant des années, les puissances occidentales nous ont fait la leçon sur la dignité humaine et les droits de l'homme. Pourtant, lorsqu'il s'agit de reconnaître les crimes atroces commis contre les peuples africains, et plus largement contre les peuples autochtones des Amériques, elles cherchent souvent à échapper à leurs responsabilités. Cela n'est pas acceptable.
Aujourd'hui, personne n'a le monopole de l'histoire. Les Africains ne resteront plus silencieux et n'accepteront plus simplement les récits écrits par d'autres. Cette nouvelle génération fera entendre sa voix et exigera justice sur la question des réparations.
Franchement, je ne comprends même pas pourquoi il existe encore un débat. Tout le monde reconnaît que la traite transatlantique des esclaves fut l'un des crimes les plus horribles jamais commis par l'humanité. L'une des atrocités les plus inhumaines jamais infligées à des peuples entiers.
Il n'est même pas nécessaire d'insister davantage. Des êtres humains étaient entassés dans les cales des navires, transportés pendant des mois à travers les océans dans des conditions inhumaines. Beaucoup mouraient en mer. D'autres étaient jetés par-dessus bord et livrés aux requins. Nous savons tous ce qui s'est passé. Il existe peu de crimes plus monstrueux que celui-là.
Alors pourquoi devrions-nous encore attendre ? J'ai même entendu certains demander si la France devait être félicitée pour avoir finalement abrogé le Code noir. Attend-on réellement de nous que nous exprimions notre gratitude parce que la France a fini par supprimer une législation qui considérait les Noirs comme des biens meubles ? Il a fallu deux siècles pour retirer un tel texte de son système juridique. Il n'y a rien à féliciter. Si cela rappelle quelque chose, c'est avant tout une tragédie historique.
Aujourd'hui encore, nous assistons à un évident deux poids, deux mesures. Certains affirment que les réparations sont impossibles. J'ai même entendu un chef d'État dire que les réparations ne devaient pas être envisagées uniquement sous leur dimension économique. Pourtant, après la Seconde Guerre mondiale, lorsque d'horribles crimes ont été commis contre le peuple juif, la question des réparations a été traitée sans délai. À la suite de l'Accord de Luxembourg de 1952, des réparations matérielles, financières et mémorielles ont été mises en place. Tout ce qui était nécessaire a été fait.
Les Africains ont donc droit à des réparations. Les réparations sont un droit. Franchement, je ne comprends toujours pas pourquoi ce débat existe encore.
La traite transatlantique avait avant tout un objectif : l'exploitation économique. Lorsqu'il s'est agi de définir les réparations après la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne a versé d'importantes compensations financières à Israël. Pourquoi l'Afrique devrait-elle être traitée différemment ?
Le lien que vous établissez avec la dette est également important. La dette de l'Afrique, qui ne représente en réalité qu'une très faible part de l'économie mondiale, pourrait elle-même constituer une voie de réparation.
L'Afrique ne tend plus la main pour demander la charité. Nous ne mendions plus. Ce que nous recherchons, ce sont de véritables partenariats et des investissements porteurs de sens.
Les réparations économiques sont importantes et nous les réclamons. Mais les réparations ne se limitent pas à une compensation financière. Elles concernent aussi la restitution du patrimoine culturel.
Aujourd'hui, le simple retour d'un sabre cérémoniel au Sénégal est présenté comme un événement extraordinaire. Lorsque nous sommes arrivés au pouvoir, nous avons affirmé que la préservation de la mémoire historique, notamment concernant les événements de Thiaroye en 1944, constituait un devoir national. Pourtant, nous continuons de nous heurter à des difficultés pour obtenir un accès complet aux archives françaises qui nous permettraient d'établir toute la vérité historique et d'achever ce travail de mémoire.
Désormais, ce sont les Africains eux-mêmes qui porteront ce débat. »