25/06/2026
En 1957, le poète algérien Jean Sénac dédie son essai Le Soleil sous les armes à la moudjahida Annie Steiner (née Fiorio), dont elle est alors très proche. Il lui écrit ces mots :
« À Annie Fiorio dont la présence atteste que le soleil ne sera plus sous les armes mais dans le cœur de notre peuple. Je t'embrasse. Jean. »
Devenue le symbole de leur amitié profonde et de leur combat commun pour l'Algérie, cette phrase est aujourd'hui gravée sur la tombe d'Annie Steiner (1928-2021) au cimetière d'El Alia à Alger, perpétuant ainsi leur engagement.
Née en 1928 à Hadjout (ex-Marengo) dans la wilaya de Tipaza, au sein d’une famille franco-italienne installée en Algérie depuis quatre générations. Juriste de formation, diplômée de la Faculté d'Alger après des études à Boufarik et Blida. Très tôt la violence et le mépris du système colonial à l'égard des Algériens forgent sa conscience politique. Dès le déclenchement de la Révolution, le 1er Novembre 1954, elle fait le choix de la justice et s’engage comme agent de liaison pour le Front de Libération Nationale (FLN).
Son engagement lui vaut d'être arrêtée en 1956. Condamnée à six reprises, elle subit la dureté des prisons coloniales, de Barberousse (Serkadji) à El Harrach (Maison-Carrée), endurant pressions et tortures. C'est derrière ces barreaux que la militante utilise les mots comme une arme de résistance invisible mais indomptable. Le 11 février 1957, depuis la lucarne de sa cellule à Barberousse, elle assiste à l'horr eur, l'exécution de Fernand Iveton, Mohamed Lakhnèche et Mohamed Ouenouri. Le soir même, elle compose un poème poignant pour refuser l'effacement de leur sacrifice :
« Ce matin ils ont osé
Ils ont osé
Vous assassiner
C’était un matin clair
Aussi doux que les autres
Où vous aviez envie de vivre et de chanter
Vivre était votre droit
Vous l’avez refusé
Pour que par votre sang d’autres soient libérés
Que vive votre idéal
Et vos sangs entremêlés
Pour que demain ils n’osent plus
Nous assassiner. »
Après avoir été transférée dans plusieurs prisons en France (Paris, Rennes, Pau), Annie Steiner voit enfin poindre l'aube de l'indépendance. Fidèle à ses idéaux, elle choisit immédiatement la nationalité algérienne. Elle met alors ses compétences au service de la reconstruction du pays, participant activement à la réorganisation d'une administration désertée par les cadres coloniaux.
Annie s'éteint le 21 avril 2021 à Alger, elle est inhumée au carré des martyrs du cimetière d’El Alia à Alger. Sur sa dernière demeure, les mots que lui avait dédiés son ami, le poète Jean Sénac, résonnent comme une promesse éternelle.
Plus qu’un grand nom de la guerre de libération, Annie Steiner demeure le symbole d'une conscience pure, d'une femme qui aura dédié chaque instant de sa vie à la liberté et à la dignité humaine