19/06/2026
Les réveils tardifs des procureurs « purs » de la morale
Depuis le vote de la loi de Karine Lebon, députée de La Réunion au Sénat, des critiques se laissent aller ici ou là dans les médias et sur les réseaux sociaux.
Certains découvrent aujourd'hui, avec une indignation toute neuve, un combat et des actions qui étaient pourtant connues et débattues depuis longtemps. On pourrait presque saluer ce soudain intérêt pour le sujet s’il n'arrivait pas avec tant de re**rd.
On fait feu de tout bois quand on est opportuniste et critique à bon compte.
Certains messages sont orduriers voire diffamatoires. On se réservera le droit de convoquer la Justice si ces messages allaient trop loin.
Sans rentrer dans une polémique avec ces procureurs de la morale qui n'attendent que cela en chantant la mort du cygne, je me permets quelques mots pour dire combien ces messages sont malhonnêtes alors que l'Etat français vient de voter la réparation de notre transplantation.
Les plus virulentes des critiques se présentent volontiers comme les gardiens de la morale, les vigies de l’affaire, les défenseurs autoproclamés des grands principes.
Leur spécialité consiste à distribuer les bons et les mauvais points, à expliquer à chacun ce qu'il devrait penser et comment il devrait agir.
Ils excellent dans l'art de la leçon, beaucoup moins dans celui de l'action.
Car enfin, où étaient ces voix si promptes à dénoncer aujourd'hui lorsque les débats se tenaient, lorsque les travaux préparatoires étaient engagés, lorsqu’il fallait remonter les manches pour agir en faveur de cette réparation ?
Plus indécent encore, avec beaucoup de morgue certains vont même jusqu’à se présenter comme de « purs » réunionnais transplantés contre d’autres, associant la polémique indécente contre leurs camarades transplantés associés parfois aux Zorey dont il est bon ton de critiquer pour se déclarer résistant dont on ne sait quelle cause qui ne tient ni historiquement ni politiquement ; encore moins d’un point de vue éthique.
Ceux-là semblent trouver dans cette controverse anti-zorey une nouvelle occasion de dresser les citoyens les uns contre les autres.
Après les Malgaches, les Comoriens, les Mahorais, c’est le tour des Zorey. A quand le nord de l’île contre le sud ? Reprenant des slogans venus des USA, les identités deviennent des étendards, les mémoires des armes politiques, et la complexité des situations et de l’Histoire sont sacrifiées sur l'autel de l'indignation permanente.
Opposer, diviser, caricaturer : voilà une méthode éprouvée pour tenter d’exister et d’être reconnu lorsque l'on manque de solutions concrètes à proposer et que l’on ne fait rien pour mener un combat ; sinon jeter des poubelles dans les posts des médias et des réseaux sociaux.
Il est toujours plus facile de critiquer que de construire. Plus simple de condamner que d'agir. Plus confortable de réinventer l'histoire que de participer à sa réparation. Le spectacle serait presque touchant s'il n'était pas aussi prévisible et indécent.
Et puis, il y a là une question que personne n'ose poser.
Quand demain cette loi débouchera sur des indemnisations et/ou des compensations financières, combien de ces procureurs de la morale resteront fidèles à leurs déclarations ?
Combien refuseront, au nom de leurs convictions, ce qu'ils dénoncent aujourd'hui avec tant d'emphase ?
Après tout, la cohérence est une vertu rare, mais précieuse.
Ceux qui invoquent à longueur de tribunes la dignité, l'éthique et la morale devront logiquement montrer l'exemple.
Ils auront alors l'occasion de démontrer que leurs principes ne sont pas à géométrie variable.
S'ils considèrent cette réparation illégitime, qu'ils renoncent donc aux éventuels bénéfices qui pourront en découler. Qu'ils refusent les réparations financières.
Ce serait la plus belle preuve de leur sincérité.
À défaut, certains pourraient être tentés de penser qu'il est plus facile de cracher dans la soupe lorsque l'on est persuadé d'y revenir au moment du service.
Nous, on fera l’addition en retenant le nom des clients !
Pour terminer, citons Karine LEBON lors de sa communication au Sénat : "RIEN n'efface ce qui a été vécu. Mais aujourd'hui, la République regarde enfin cette histoire en face".
C'est tout ce que je retiendrai. Nous sommes ravis de ce vote et de cette réparation à venir.
Signée : Marie-Germaine Périgogne
Anciens mineurs de La Réunion exilés de force
Fédération des Enfants Déracinés des DROM
Justice Initiative
Guido Fluri Stiftung