10/06/2026
LA FRANCE A AUGMENTÉ DE 6,7 MILLIARDS D’EUROS SES CAPACITÉS D’ARMES DE DISSUASION NUCLÉAIRES, NOTAMMENT POUR SA FORCE SOUS-MARINE
Avec 6,7 milliards d’euros ou 7,7 milliards de dollars engagés, la France arrive en 5e position des pays ayant le plus investi dans les armes nucléaires. Les puissances dotées du nucléaire ont dépensé un montant record de près de 119 milliards de dollars pour leurs arsenaux en 2025
Selon le rapport de l'ICAN, les neufs États dotés de l'arme nucléaire ont dépensé l'an dernier 17 milliards de dollars de plus pour leurs arsenaux qu'en 2024.
Les puissances nucléaires ont porté leurs dépenses consacrées à leurs arsenaux à un niveau record de près de 119 milliards de dollars ou environ 103 milliards d’euros l'an dernier, soit une hausse de 19%, une tendance appelée à se poursuivre pendant des décennies, selon une étude publiée mardi.
Selon un rapport de la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN), il s’agit des neuf États dotés de l'arme nucléaire : États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, France, Inde, Israël, Pakistan et Corée du Nord.
Sur fond de tensions géopolitiques croissantes, "une nouvelle course aux armements nucléaires s'annonce" et qui devrait durer "des décennies", met en garde l'ICAN dans son rapport.
Les hausses spectaculaires des dépenses, associées aux craintes que l'intelligence artificielle ne risque d'accélérer la prise de décision concernant l'utilisation des armes nucléaires, sont profondément inquiétantes, selon Susi Snyder, directrice des programmes de l'ICAN et co-autrice du rapport. "Je suis terrifiée", a-t-elle déclaré à l'AFP.
L'étude montre que tous les États dotés de l'arme nucléaire ont augmenté leurs dépenses l'an dernier. Washington a dépensé plus que tous les autres pays réunis, consacrant 69,2 milliards de dollars rien qu'en 2025 aux armes nucléaires - soit 12,4 milliards de plus qu'en 2024. Viennent ensuite la Chine, dont les dépenses sont estimées à 13,5 milliards de dollars, le Royaume-Uni (12,6 milliards), la Russie (9,5 milliards), la France (7,7 milliards), l'Inde (2,8 milliards), le Pakistan (1,5 milliard), Israël (1,2 milliard) et la Corée du Nord (656 millions).
Selon l'ICAN, organisation qui s'est vu décerner le prix Nobel de la paix 2017, ces neuf États ont dépensé au cours des cinq dernières années un total de plus de 470 milliards de dollars pour leurs arsenaux. Sur cette période, la France a dépensé 33 milliards de dollars contre 265 milliards pour les États-Unis. La dissuasion nucléaire représente aujourd'hui 13% du budget de la défense en France.
La Corée du Nord a, elle, doublé ses capacités de production de matières fissiles, et le pays entend bien mettre en œuvre “un plan ambitieux visant à doper ses forces nucléaires à un rythme exponentiel”.
Ces chiffres interviennent en parallèle d’un rapport de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), qui tire lui aussi la sonnette d’alarme. "La nouvelle la plus inquiétante est que, même si le nombre d’armes nucléaires a diminué, le niveau des dangers et des risques nucléaires(nouvelle fenêtre) augmente", a déclaré à l’AFP Karim Haggag, directeur du Sipri. Le monde compte aujourd’hui un total estimé à 12.187 ogives nucléaires, dont environ 9.745 dans des stocks en vue d’une utilisation potentielle.
les États sortent de plus en plus leurs armes de leurs stocks pour les déployer sur des vecteurs nucléaires, c’est-à-dire des supports de lancement opérationnels et en particulier les sous-marins lanceurs d’engins en grande progression de construction notamment dans les pays indopacifiques
Ces investissements devraient continuer à croître. En examinant les projections de dépenses à long terme, l'ICAN a mis en lumière des plans au Royaume-Uni, en France et aux États-Unis prévoyant d'investir des milliards de dollars dans le développement et la maintenance de ces systèmes d'armes jusqu'à la fin du siècle. Selon l'organisation, d'autres pays introduisent eux aussi de nouveaux systèmes d'armes appelés à avoir une longue durée de vie.
Le rapport souligne que les futurs missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) Sentinel prévus par les États-Unis devraient rester en service au-delà de 2100, tandis que l'augmentation de la production américaine de noyaux atomiques en plutonium laisse penser que les ogives nucléaires conserveront leur viabilité jusqu'en 2120.
Le cas de la Chine inquiète particulièrement les analystes. Avec 620 ogives, elle développe son arsenal plus rapidement que tout autre pays(nouvelle fenêtre) et pourrait, selon le Sipri, atteindre d’ici 2030 un niveau de missiles balistiques intercontinentaux comparable à celui des États-Unis ou de la Russie.
L'effort financier sera considérable, les États-Unis devant consacrer près de 1.000 milliards de dollars à leur arsenal nucléaire sur la seule décennie 2025-2034, selon le rapport. Ce que les puissances nucléaires ont dépensé en 2025 pour leurs arsenaux "aurait pu financer 32 ans du budget de fonctionnement de l'ONU", a souligné Susi Snyder, ajoutant qu'une seule journée de dépenses en armements nucléaires aurait pu assurer la sécurité alimentaire de plus de deux millions de personnes l'an dernier.
“À une époque où le coût de la vie explose et où l’alimentation comme l’énergie deviennent inabordables pour tant de personnes, il est inconcevable que ces neuf pays dépensent des milliards pour une fausse promesse de sécurité”, estime Susi Snyder, qui rappelle au passage que “les armes nucléaires ne peuvent être utilisées sans provoquer une catastrophe”.
Au lieu d'assurer des services essentiels, comme les soins de santé, ces Etats ont investi dans "un arsenal qu'ils savent ne pas pouvoir utiliser sans commettre un crime de guerre", a déclaré Susi Snyder,
Selon l’ICAN, les sommes consacrées aux armements nucléaires pourraient atteindre 1 000 milliards de dollars dans les dix ans qui viennent.