13/09/2026
Je m’accuse.
Je m’accuse de mon silence.
Je m’accuse de mon impuissance.
Je m’accuse de n’avoir pas vu, de n’avoir pas entendu, de n’avoir pas suffisamment anticipé.
Je m’accuse parce qu’une enfant de sept ans a subi l’horreur.
Sept ans.
L’âge où une enfant devrait apprendre à lire, jouer, rire, courir, rêver et se sentir en sécurité dans les bras des adultes qui l’entourent.
Pas connaître la violence.
Pas connaître la peur.
Pas connaître le viol.
Je m’accuse parce que cette enfant aurait pu être la mienne.
Elle aurait pu être ma fille.
Elle aurait pu être ma petite sœur.
Elle aurait pu être l’enfant de mon frère, de ma sœur, de mon voisin, de mon ami.
Et cette pensée est insupportable.
Je suis père.
Je suis fils.
Je suis frère.
Je suis un être humain.
Et aujourd’hui, je porte une part de cette douleur.
Je m’accuse parce que nous continuons à parler de protection alors que des enfants ne sont toujours pas protégés.
Je m’accuse parce que nous dénonçons les violences après qu’elles ont été commises, alors que nous devons aussi nous battre pour les empêcher.
Je m’accuse parce que nous acceptons trop facilement le silence, la banalisation, l’impunité et l’inaction.
Mais je m’accuse aussi en tant que citoyen lorsque l’État ne prend pas toutes les mesures nécessaires pour protéger réellement les femmes et les filles, particulièrement les enfants.
Je m’accuse lorsque les mécanismes de prévention, de protection, de signalement, de prise en charge et de justice restent insuffisants face à des violences aussi graves.
Je m’accuse lorsque les textes existent ou sont annoncés, mais que leur adoption et leur application tardent.
Je m’accuse lorsque le projet de loi Karama reste en attente alors que des femmes et des enfants ont besoin de protection aujourd’hui, pas demain.
Et je m’accuse aussi devant le silence de certaines institutions internationales.
Vous qui avez les moyens d’influencer les politiques publiques.
Vous qui financez des programmes de protection.
Vous qui parlez d’égalité, de droits humains et de protection de l’enfant.
Où est votre voix lorsque nos filles sont violées ?
Pourquoi la pression est-elle parfois si forte sur certains sujets et si faible lorsqu’il s’agit de violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants ?
Nous ne pouvons pas nous contenter de communiqués, de campagnes et de hashtags après chaque drame.
Il faut agir avant.
Il faut prévenir.
Il faut protéger.
Il faut écouter.
Il faut sanctionner.
Il faut accompagner les victimes.
Il faut renforcer les familles et les communautés.
Il faut donner aux institutions les moyens d'agir.
Et surtout, il faut cesser de considérer ces violences comme des faits divers.
Le viol d’une enfant de sept ans n’est pas un fait divers.
C’est une atteinte monstrueuse à son innocence, à sa dignité, à son corps, à son avenir et à toute notre société.
À celui qui a commis cet acte, je ne demande pas de compassion pour lui.
Je demande justice pour l’enfant.
Une justice ferme, indépendante et à la hauteur de la gravité des faits.
Et à nous tous, parents, voisins, enseignants, responsables communautaires, associations, autorités, institutions nationales et internationales, je pose une question simple :
Combien faudra-t-il encore d’enfants victimes pour que nous décidions enfin de ne plus nous taire ?
Parce qu’une enfant de sept ans ne devrait jamais avoir à payer le prix de notre silence.