25/06/2026
La zone de Ghabou se situe dans la wilaya du Guidimagha, au sud de la Mauritanie, près du bassin du fleuve Sénégal (et potentiellement de ses affluents).
Cette région est vitale pour l’agriculture irriguée, la pêche, l’élevage et l’approvisionnement en eau des populations locales (dont les communautés soninké).
Le projet d’exploitation d’or industrielle par SD Mining Ghabou SA (permis n°3849C2) n’a pas fait l’objet d’une étude d’impact environnemental (EIE) publique détaillée dans les informations disponibles, ce qui constitue déjà un risque majeur.
Impacts environnementaux potentiels majeurs sur le fleuve
1. Pollution chimique (Mercure et Cyanure)
L’extraction d’or utilise souvent le mercure (amalgamation) ou le cyanure pour séparer l’or du minerai. Ces substances sont hautement toxiques :
• Le mercure s’accumule dans la chaîne alimentaire (bioaccumulation), contamine les poissons, les sédiments et les eaux souterraines. Il provoque des troubles neurologiques chez l’homme (surtout femmes enceintes et enfants).
• Le cyanure peut causer des mortalités massives de poissons et contaminer les eaux de surface.
Des cas similaires dans le bassin de la Falémé (affluent direct du Sénégal, à proximité) montrent une pollution avérée des rivières par ces produits chimiques.
2. Sédimentation et turbidité
Les mines à ciel ouvert génèrent d’importants volumes de déchets (stériles) et de poussière. Les pluies entraînent l’érosion et le transport de sédiments vers le fleuve, augmentant la turbidité. Cela réduit la pénétration de la lumière, affecte la photosynthèse aquatique et étouffe les frayères de poissons. Le dragage des lits de rivières aggrave ce phénomène.
3. Drainage minier acide (AMD)
L’exposition des roches sulfurées à l’air et à l’eau peut acidifier les effluents, libérant des métaux lourds (arsenic, plomb, etc.) dans les cours d’eau. Cela dégrade durablement la qualité de l’eau sur de longues distances.
4. Consommation d’eau et modification du régime hydrologique
Les mines d’or industrielles consomment des millions de m³ d’eau par an (lavage du minerai, traitement). Près du fleuve Sénégal, cela peut accentuer la rareté en période sèche et affecter les écosystèmes dépendants.
5. Perte de biodiversité et dégradation des écosystèmes
• Destruction d’habitats riverains.
• Disparition d’espèces aquatiques (poissons, invertébrés).
• Impacts sur l’agriculture irriguée et le maraîchage (eaux contaminées).
Le Sénégal a suspendu les activités minières à proximité de la Falémé jusqu’en 2027 précisément pour ces raisons.
6. Risques cumulatifs et à long terme
Sans remise en état du site (restauration), les pollutions persistent pendant des décennies. Les communautés locales dépendent du fleuve pour leur subsistance ; la contamination rend la pêche et l’irrigation dangereuses ou impossibles.
Recommandations et constats
• Absence d’EIE publique : Le communiqué officiel mentionne seulement le paiement des redevances. Une étude d’impact rigoureuse, indépendante et transparente est obligatoire selon les normes internationales et mauritaniennes.
• Vulnérabilité de la région : Le Guidimagha est déjà sensible aux changements climatiques et à la pression sur les ressources en eau.
• Exemples régionaux : Les expériences dans le bassin de la Falémé (Sénégal/Mali) montrent des dégâts écologiques graves, des problèmes de santé publique et des conflits sociaux.
Conclusion : Sans mesures strictes de prévention (zéro rejet toxique, monitoring continu, distance de sécurité du fleuve, études hydrogéologiques), ce projet risque de causer une dégradation irréversible du fleuve Sénégal, principal poumon économique et écologique de la région. Les populations locales, déjà marginalisées, en paieraient le prix le plus lourd (santé, moyens de subsistance, déplacement forcé).