15/08/2026
Dans la logique d'accompagner le processus de refondation Foscar-Mali Mali et ses partenaires, Foscar TV international et Foscar-AES vous présentent cette analyse sur la fiscalité comme levier de la refondation de notre système agricole :
L’agriculture malienne ne peut plus être considérée uniquement comme une source potentielle de recettes fiscales. Elle doit être reconnue comme un secteur stratégique de production de richesse, d’emploi, de sécurité alimentaire, d’aménagement du territoire et de souveraineté nationale. C’est dans cette perspective que l’idée d’un Code de la fiscalité agricole prend tout son sens. L’objectif ne serait pas simplement d’accorder des exonérations aux producteurs, mais de construire un système fiscal adapté aux réalités du monde rural, capable d’encourager la production, l’investissement, la transformation locale et la modernisation des exploitations agricoles.
Les expériences internationales montrent qu’une fiscalité agricole bien conçue peut devenir un véritable instrument de développement. La Chine, notamment, a fait le choix d’alléger progressivement la fiscalité pesant directement sur les agriculteurs, tout en renforçant les mécanismes publics de soutien, d’investissement et de modernisation rurale. La Russie, de son côté, a mis en place un régime fiscal agricole spécifique et simplifié permettant de mieux tenir compte des particularités économiques des exploitations agricoles. Ces deux expériences ne doivent pas être copiées mécaniquement par le Mali, mais elles montrent qu’il est possible de concevoir une fiscalité différenciée lorsque l’agriculture constitue une priorité nationale.
Pour le Mali, et les autres Etats de l'AES, un futur Code de la fiscalité agricole pourrait ainsi reposer sur une philosophie simple : produire davantage, investir davantage, transformer davantage et taxer mieux. Il devrait prévoir un régime simplifié pour les petits exploitants, des mécanismes adaptés aux exploitations commerciales, des incitations fiscales pour l’acquisition d’équipements et de technologies agricoles, ainsi que des avantages pour les entreprises qui transforment localement le coton, le riz, le maïs, le mil, le sorgho, les légumineuses, les fruits, les légumes, les produits de l’élevage et les autres productions nationales.
L’un des enjeux majeurs serait également de créer une véritable fiscalité de l’investissement agricole. Une exploitation qui achète du matériel, améliore ses sols, construit un système d’irrigation, développe le stockage, introduit des technologies numériques ou transforme ses produits devrait pouvoir bénéficier d'un traitement fiscal incitatif. De même, les jeunes entrepreneurs ruraux, les femmes transformatrices, les coopératives et les organisations professionnelles agricoles devraient pouvoir accéder à des dispositifs fiscaux adaptés à leur niveau d’activité et à leur contribution au développement des territoires.
Mais les avantages fiscaux doivent nécessairement s'accompagner d’exigences de transparence, de traçabilité et de responsabilité. C’est pourquoi le Code devrait être articulé avec la mise en place progressive d’un cadastre agricole, d’une comptabilité agricole simplifiée et d’outils numériques permettant de mieux identifier les exploitations, leurs activités et leurs investissements. L’objectif ne serait pas de créer une bureaucratie supplémentaire pour les producteurs, mais au contraire de simplifier leurs obligations et de permettre à l’État de mieux connaître son économie agricole.
La fiscalité agricole devrait également contribuer au financement durable des fonctions essentielles du secteur : recherche agricole, innovation, conseil agricole et rural, formation des producteurs, infrastructures rurales, mécanisation, irrigation, stockage, transformation et accès aux marchés. Une partie de la richesse créée par l’agriculture pourrait ainsi contribuer directement à renforcer les services qui permettent aux producteurs de produire davantage et dans de meilleures conditions.
Il est donc temps de dépasser l’approche qui consiste à considérer l’agriculteur essentiellement comme un contribuable. L’agriculteur est d’abord un producteur de richesse et un acteur de la souveraineté alimentaire. La fiscalité doit accompagner cette fonction économique et sociale. Une exploitation qui se développe, investit, crée des emplois et approvisionne les marchés nationaux contribue déjà fortement à l’économie du pays.
Le futur Code de la fiscalité agricole du Mali devrait ainsi rechercher un équilibre entre trois impératifs : protéger le petit producteur, stimuler l’investissement et élargir progressivement l’assiette fiscale grâce à la croissance et à la formalisation du secteur. C’est cette approche qui permettrait de passer d’une fiscalité essentiellement corrective à une fiscalité véritablement productive.
À travers cette réflexion, FOSCAR Mali entend contribuer au débat national sur la construction d’un système agricole plus cohérent avec les ambitions de souveraineté alimentaire, de transformation économique et de développement rural. L’expérience de la Chine comme celle de la Russie nous enseigne une chose fondamentale : lorsqu’un État considère l’agriculture comme un secteur stratégique, la politique fiscale ne peut pas être séparée de la politique agricole.
Le Mali pourrait donc faire le choix d’un modèle qui lui est propre : une fiscalité agricole incitative, équitable, progressive et adaptée aux réalités nationales, capable de transformer l’impôt en levier d’investissement et la croissance agricole en moteur de développement. Un tel Code ne serait pas seulement un texte fiscal supplémentaire. Il pourrait devenir l’un des instruments structurants de la souveraineté agricole et alimentaire du Mali.