29/04/2026
Évitons L'AMALGAME !!!
: STOP AMALGAME!!!
Diarakè avait échappé aux terroristes au village
Des criminels l’ont brûlé vif à Bamako
Il y a des destins qui semblent écrits dans la douleur, mais dont la fin dépasse l’entendement humain. Celui d’Abdoulaye Diarra, dit Diarakè, en fait partie. Une vie marquée par la peur, la résistance, puis finalement, une mort d’une violence inouïe qui interroge toute une société.
Originaire du village de Ouéla, dans l’arrondissement de Saye, commune rurale de Matomo, cercle de Macina, région de Ségou, Diarakè a grandi dans un environnement rude, façonné par les difficultés de la vie rurale et les exigences de la survie. Très tôt, il apprend la rigueur, le courage et surtout le sens du devoir envers les siens.
Lorsque le terrorisme s’installe dans sa localité, sa vie bascule. Sa famille, connue pour son attachement aux valeurs traditionnelles et à la confrérie des chasseurs Donzo, s’érige en rempart contre l’avancée de la terreur. Avec ses frères, Diarakè s’engage dans une lutte discrète mais déterminée pour protéger le village et ses environs. Cette résistance, loin d’être sans conséquences, les expose directement aux représailles des groupes armés.
Devenus des cibles, traqués et menacés, les trois frères sont contraints de quitter leur village pour Bamako. Une fuite imposée, non par choix, mais par nécessité de survie. Diarakè, plus exposé que les autres, ne pouvait plus revenir au village sans risquer sa vie.
À Bamako, il tente de reconstruire son existence. Travailleur modeste, il vit dignement du peu qu’il gagne, gardant toujours en lui l’espoir d’un avenir meilleur et le souci constant d’aider sa mère restée au village. Il avait déjà perdu son père et portait sur ses épaules le poids d’une responsabilité familiale silencieuse mais lourde.
Mais le lundi 27 avril 2026, son destin bascule définitivement.
Dans des circonstances tragiques, Diarakè est pris à tort pour un terroriste. Malgré ses tentatives pour s’expliquer, il n’est pas écouté. La peur, la rumeur et l’amalgame prennent le dessus sur la raison. Il est violemment agressé par une foule déchaînée.
Il est battu.
Humilié.
Puis brûlé vif.
Comme si sa vie ne valait plus rien.
Comme si la vérité n’avait plus sa place.
Il meurt ainsi, loin de son village, loin de ceux qu’il a voulu protéger autrefois, loin de sa mère qui ignorait encore que son fils ne reviendrait plus jamais.
Le plus cruel dans cette tragédie reste le paradoxe de son existence. Diarakè avait échappé aux terroristes dans son village, à ceux qu’il a combattu ou du moins auxquels il a résisté avec courage. Mais il trouve la mort dans la capitale, victime non pas de ceux qu’il fuyait, mais de ceux censés partager la même humanité que lui.
Aujourd’hui, une question demeure, lourde et insoutenable :
Comment annoncer à une mère que son fils, survivant de la terreur au village, a été brûlé vif dans la capitale par erreur ?
Diarakè n’était ni marié, ni père. Sa vie s’arrête là, brutalement, sans héritage direct, sinon celui d’une histoire douloureuse qui pose une question essentielle à la société : jusqu’où peut aller l’amalgame lorsqu’il remplace la justice ?
Dans les cendres de cette tragédie, c’est aussi une part de notre humanité qui vacille.
Moussa Salif Diarra , journal Dabaliban