02/08/2026
🇲🇱 L'armée a pris les clés de l'administration civile au Mali.
Commençons par le sommet.
Le 16 octobre 2024, le conseil des ministres élève Assimi Goïta au grade de général d'armée. Cinq semaines plus t**d, le général de division Abdoulaye Maïga est nommé Premier ministre.
Depuis ce jour, le chef de l'État et le chef du gouvernement sont tous les deux des généraux.
Dans les 81 387 nominations que j'ai analysées, c'est une première. De 1992 à 2024, tous les Premiers ministres étaient des civils : banquiers, diplomates, hauts fonctionnaires.
Sur le terrain, l'histoire est encore plus parlante.
Depuis 2015, un décret réservait la direction des cercles aux administrateurs civils. La règle était claire.
Le 26 novembre 2020, l'État nomme pourtant un commandant préfet de Niono. La nomination ne respecte pas le texte en vigueur. Les syndicats d'administrateurs civils protestent.
La réponse arrive 26 jours plus t**d : le 22 décembre 2020, un nouveau décret ouvre les préfectures aux officiers. L'État n'a pas corrigé la nomination. Il a changé la règle.
Le résultat est massif : depuis août 2020, près d'un sous-préfet nommé sur deux est un militaire. Avant 2012, c'était un sur 46.
Montons d'un échelon : les régions.
J'ai relevé le dernier décret de nomination de chaque gouvernorat. Sur 20 gouverneurs en poste, 15 sont des officiers ou des commissaires de police.
Des généraux de brigade à Gao, Mopti ou Koutiala. Un général de division à Kidal.
Seuls Bamako, Sikasso, Kita, Dioila et Douentza restent dirigés par des civils.
Et le rythme s'accélère.
Entre 2013 et 2019, l'État nommait environ 30 officiers par an à des postes civils.
En 2024, il en a nommé 277. C'est le record absolu depuis 1992 — presque dix fois le rythme d'avant.
La diplomatie n'échappe pas au mouvement.
Depuis août 2020, 19 ambassades, consulats généraux et représentations permanentes ont été confiés à des officiers. 16 d'entre eux sont des généraux ou des colonels-majors.
Avant 2012, un ambassadeur nommé sur dix venait des forces armées. Aujourd'hui, c'est plus d'un sur cinq.
Dernière question : qui surveille l'argent ?
J'ai croisé ces nominations avec les rapports du Bureau du Vérificateur général. Quatre entités publiques auditées avaient un cadre militaire à leur tête : l'OPAM, la direction financière de la Primature, les finances de l'Administration territoriale et le gouvernorat de Koulikoro.
Précision importante : dans plusieurs de ces dossiers, l'officier est arrivé après les exercices vérifiés. Aucune responsabilité personnelle n'est établie. Mais le profil des gestionnaires a changé.
Tout ce que vous venez de lire sort de documents publics.
Chaque chiffre renvoie à un numéro de décret et à un numéro du Journal officiel. L'enquête complète, poste par poste et année par année, est sur dixneufsoixante.com/nominations.
Les documents sont publics. Utilisons-les.