17/08/2026
L'entente ou la concorde plus connue sous le nom de « Bɛn », dans la prodigieuse région de Dioïla, et sans doute dans bien d'autres régions du Mali et d'Afrique, – ne se limite pas à une simple absence de conflit.
Il représente bien davantage un idéal agissant de communion et de consensus, un ciment social vital sans lequel la communauté ne saurait perdurer. Cette valeur constitue en réalité le fondement même de l'organisation sociétale.
Dans l'ensemble des six (06) cercles que compte la région de Dioïla, le « Bɛn » est élevé au rang de bien suprême, servant à la fois de pilier identitaire et de marqueur civique. Un adage local le résume parfaitement : « Bɛn ka di ni sogo yé », signifiant que l'harmonie entre les êtres est une denrée encore plus savoureuse que la viande.
En l'absence de cette concorde, le lien social s'effrite inexorablement.
La tradition considère que le bonheur individuel n'a aucun sens s'il s'obtient au détriment de l'harmonie du groupe.
Aussi sous l'arbre à palabres ou dans l'intimité du Blon (le vestibule), les délibérations échappent-elles à la loi de la majorité pour tendre vers l'unanimité.
On discute jusqu’à obtenir le « Bɛn ».
Par ailleurs, cette entente ne reste pas théorique.
Elle est ancrée dans les usages quotidiens, notamment à travers les associations.
Ces groupements jouent un rôle clé dans l'organisation de l'entraide lors des étapes marquantes de l'existence ( baptêmes, mariages ou circoncisions), donnant ainsi corps, de manière concrète, à la solidarité communautaire.
En définitive, l'entente au Mali, héritée de la tradition, apparaît comme un système complet et intégré. un savant mélange de principes fondamentaux, d'espaces de dialogue, d'institutions sociales et de figures tutélaires (à l'instar des djélis), le tout orchestré pour préserver l'équilibre et l'unité de la société.
Par Monsieur Broulaye TRAORE, Administrateur du Tourisme, Directeur Régional du Tourisme et de l’Hôtellerie de Dioïla, la prodigieuse.