25/02/2026
Et si on parlait du système de recrutement des Enseignants-Chercheurs à Madagascar ?
Sur le papier, tout semble clair et même respectable.
Les Maîtres de Conférences de l’Enseignement Supérieur sont nommés par arrêté du Ministre chargé de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, après avis du Collège des Enseignants-Chercheurs et du Collège des pairs.
Dans la pratique, c’est une toute autre histoire.
Le recrutement relève avant tout d’une question de réseau, de docilité et, surtout, de patience.
Première étape : se faire bien voir au niveau local, nouer les « bonnes » relations pour que le dossier soit simplement posé.
Deuxième étape : apprendre l’art délicat du lèche-bottes pour récolter des dizaines de signatures d’Enseignants-Chercheurs attestant leur « approbation », souvent sans avoir pris le temps de lire ni d’évaluer sérieusement le profil du candidat. C’est d’ailleurs à ce stade que le statut de vacataire devient « crucial » dans le système. C’est surtout le moment où le jeune diplômé (ou doctorant) apprend à lécher les bottes, à se rendre utile, à ne pas faire de vagues et, surtout, à se constituer un réseau d’alliés locaux. C’est aussi une phase de contrôle : on observe qui obéit, qui accepte les règles tacites, qui sait attendre sans poser trop de questions.
Troisième étape : une fois le dossier arrivé au ministère, il faut attendre que le budget suive… et espérer, ou parfois « orienter un peu le destin » à coups de contacts et de petits arrangements, pour faire partie des rares élus effectivement nommés.
Pendant ce temps, certains chanceux, encore doctorants, parviennent à sécuriser un poste d’Assistant d’Enseignement supérieur. Un poste permanent, ne nécessitant pas le doctorat, qui garantit presque mécaniquement l’accès au grade de maître de conférences plus t**d. Et même si le doctorat n’aboutit jamais, ce n’est pas grave : le statut permanent est déjà là.
Résultat?
On se retrouve avec des personnes dont la mission est censée relever de l’enseignement et de la recherche, arborant fièrement le titre de Maître de Conférences de l’Enseignement Supérieur, mais présentant des capacités pédagogiques très discutables, des publications scientifiques quasi inexistantes ou douteuses, et une expérience scientifique davantage compatible avec un profil de technicien ou d’ingénieur de bureau d’études que de chercheur académique.
Bien sûr, tous les personnels permanents des universités malgaches ne sont pas concernés. Ce serait injuste de le dire.
Mais il serait tout aussi aveugle de ne pas reconnaître qu’une part importante n’a tout simplement pas sa place là et contribue directement à la performance médiocre des universités malgaches, tant sur le plan de la qualité de l’enseignement que sur celui de la production scientifique.
Quand on regarde ailleurs, le contraste est frappant.
Dans de nombreux pays, le recrutement des Enseignants-Chercheurs repose sur des concours ouverts, des comités indépendants, des critères transparents, un examen réel du dossier scientifique, des publications, de l’expérience pédagogique, parfois même des auditions publiques. Le doctorat est juste la condition minimale, la carrière n’est pas garantie à vie sans évaluation, et la recherche n’est pas un mot décoratif collé à un titre.
À Madagascar, on a inversé la logique : on sécurise le poste d’abord, on espère la compétence ensuite. Et parfois, elle n’arrive jamais.
Tant que ce système ne sera pas repensé en profondeur, il ne faudra pas s’étonner du déclassement de nos universités, ni du découragement des jeunes chercheurs réellement motivés, qui finissent par partir… ou par renoncer.