05/08/2026
Ceuta nous interpelle : une croissance forte doit permettre à chaque jeune : garçon et fille, de construire dignement son avenir dans son propre pays
Les événements dramatiques survenus ces derniers jours à Ceuta, constituent un signal d'alarme qui ne peut être ignoré. Ils rappellent que derrière les indicateurs macroéconomiques encourageants subsistent des fractures sociales profondes. Ils révèlent avec force le paradoxe de notre modèle de développement . En effet , alors même que les indicateurs économiques témoignent d'une dynamique de croissance, une partie de la jeunesse continue de penser que son avenir ne peut pas se construire au Maroc. Lorsque des milliers de jeunes sont prêts à risquer leur vie pour rejoindre l'autre rive, cela constitue une interpellation majeure pour notre modèle de développement.
Les chiffres livrés par Bank Al-Maghrib nous indique que notre économie connaît une dynamique de croissance et d’investissement soutenue et que le Maroc dispose aujourd’hui, d’atouts économiques importants . Toutefois , ces performances macroéconomiques , sont accompagnées par une autre réalité qui est vécue quotidiennement par des millions de marocaines et de marocains qui ne bénéficient pas de manière équitables et égales des fruits de ce développement.
Ce constat est confirmé par le rapport de Bank Al-Maghrib, qui souligne que près de 3 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans sont en dehors de l'emploi, de l'éducation et de la formation. Ce chiffre nous interpelle sur la place réellement accordée à la jeunesse dans notre modèle de développement.
En termes d’éducation, les différentes études indiquent que malgré les progrès réalisés en matière de scolarisation, l'école reste confrontée à des inégalités profondes de qualité, de réussite et d'accès aux opportunités. L'origine sociale, le territoire de résidence, le milieu rural ou urbain et le sexe continuent de peser lourdement sur les parcours scolaires.
Le même constat vaut pour la santé , l'amélioration des indicateurs nationaux ne doit pas masquer les disparités d'accès aux soins, particulièrement entre les territoires et entre les catégories sociales. Un pays capable de réaliser des projets stratégiques d'envergure doit être capable de garantir à chaque citoyenne et à chaque citoyen une école de qualité, un centre de santé accessible, des transports adaptés et des services publics dignes et accessibles à tous et à toutes .
Le paradoxe est encore plus frappant en ce qui concerne la situation des femmes dont le potentiel économique et social reste inexploité . Bien que des progrès aient été réalisés en termes d’accès à l'éducation et aux qualifications, la participation économique des femmes , reste dramatiquement faible et indique un taux de chômage de plus de 20% en 2025.
Or un pays, ne peut prétendre à une croissance inclusive , quand une grande partie de son capital humain féminin est sous utilisé et que l'autonomisation économique des femmes n’est pas considérée comme une priorité économique nationale.
La réussite du développement se mesure à la capacité d'une société à garantir à sa jeunesse un avenir, à ses femmes des droits et une autonomie effective , à ses enfants une éducation de qualité et à toutes et tous une vie digne. Les grands projets doivent être articulés avec les politiques sociales et la croissance doit être appréciée non seulement à travers le PIB et le volume des investissements, mais également à travers des indicateurs de dignité, d'égalité, d'emploi, de santé, d'éducation, d'autonomie économique et de participation citoyenne.
Dans ce cadre , l’Association Démocratique des Femmes du Maroc, tire la sonnette d’alarme sur l’urgence d’ une réorientation des politiques publiques autour de plusieurs priorités sociales dont notamment :
- La réduction des disparités territoriales en matière de santé , d’éducation et de services publics ;
- La réforme de toutes les lois discriminatoires envers les femmes sur la base des droits universels et la mise en place de mécanismes de prévention et de protection contre la violence ;
- La promotion de la création d'emplois décents pour les jeunes hommes et jeunes femmes en tant que priorité nationale ;
- La lutte contre les inégalités scolaires et la garantie d’une éducation publique de qualité;
- Le renforcement de la participation des femmes et des jeunes aux instance de décision économique et politique ;
- L’ évaluation systématique des politiques publiques sur la base d’indicateurs sociaux et ventilés par sexes et non uniquement à partir des performances macroéconomiques.
Les événements de Ceuta nous rappellent que le défi du Maroc aujourd'hui n'est pas uniquement de construire un pays plus moderne, plus connecté et plus compétitif, mais également de construire un pays dans lequel chaque citoyenne et chaque citoyen peut trouver sa place, accéder aux mêmes droits et opportunités et croire en son avenir. La véritable réussite d'un modèle de développement ne se mesure pas uniquement à la croissance économique, mais aussi à sa capacité à offrir à chaque jeune des perspectives d'avenir, à chaque femme une autonomie effective et à toutes et tous les conditions d'une vie digne.
C'est à cette condition que la croissance pourra devenir véritablement un levier de progrès social !
Association Démocratique des Femmes du Maroc
04 Août 2026