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l’actualité des stratégies de développement publiques et privées qui ont une incidence direct ou indirect sur le présent et/ou l’avenir du Maroc et de ses habitants-citoyens, de discuter le point de vue d’experts, et de proposer de nouvelles réflexions. La plateforme propose à l’attention des décideurs politiques, des médias et de tous les citoyens un espace de réflexion et d’analyse les politiques publiques. Il s’agit un laboratoire des idées justes et solidaires, modernes et innovantes qui se renouvellent et se réinventent dans le sens du progrès.

En écoutant le discours de Sa Majesté le Roi lors de la Fête du Trône 2025, une phrase résonne avec une intensité partic...
09/09/2025

En écoutant le discours de Sa Majesté le Roi lors de la Fête du Trône 2025, une phrase résonne avec une intensité particulière : « Il n’y a de place, ni aujourd’hui, ni demain, pour un Maroc avançant à deux vitesses. »

Cette déclaration souveraine est une alerte et une promesse : celle de dépasser les logiques fragmentées qui ont longtemps façonné notre modèle de développement, pour entrer dans une nouvelle ère, celle de l’intégration territoriale et de la justice spatiale.

Le Maroc est à la croisée des chemins. D’un côté, il se projette sur la scène internationale avec des mégaprojets, une industrialisation accélérée et la perspective de la Coupe du Monde 2030. De l’autre, des fractures territoriales et spatiales persistent, reléguant des régions entières à la marge de ce progrès. Ces deux vitesses fragilisent notre cohésion nationale et menacent notre pacte social.

Depuis l’adoption du Nouveau Modèle de Développement (NMD), nous disposons d’une vision audacieuse et inclusive. Mais il faut l’admettre : l’exécutif a échoué à en traduire l’esprit dans les faits. Par manque de courage ou par excès de gestion conjoncturelle, il a reproduit de vieilles logiques au lieu de changer de paradigme. Cette incapacité révèle une déconnexion avec le terrain, entretenue par une élite politique nourrie aux théories abstraites du capitalisme global, confortablement installée dans les salons feutrés des cénacles économiques, pendant que la réalité marocaine se vit dans les villages enclavés, les quartiers populaires et les territoires oubliés.

Pendant trop longtemps, le développement a été pensé en silos : social d’un côté, économique de l’autre. Ce modèle a atteint ses limites. Les territoires ne peuvent plus être de simples réceptacles de politiques descendantes. Ils doivent devenir des écosystèmes vivants, capables de générer leurs propres dynamiques et de co-construire l’avenir avec l’État et l’ensemble des acteurs locaux.

Le développement territorial intégré n’est pas un mot creux. Il représente une rupture culturelle et stratégique. Il suppose d’écouter et de comprendre les territoires avant d’agir, de valoriser leurs ressources endogènes, de relier les politiques publiques aux réalités locales, et de bâtir des mécanismes de solidarité et de complémentarité entre les régions. C’est passer d’une logique d’assistance à une logique de co-construction.

Le discours royal trace quatre priorités : libérer les énergies locales par l’emploi et l’entrepreneuriat, garantir un accès équitable aux services sociaux de base, gérer durablement l’eau face au défi climatique, et mettre à niveau les territoires en reliant les projets locaux aux grands chantiers nationaux. Ces axes forment une architecture de transformation, mais ils resteront lettre morte sans des femmes et des hommes capables de les incarner.

C’est le rôle des développeurs territoriaux, une fonction encore rare au Maroc mais essentielle. Ils orchestrent les transformations, relient les acteurs, dépassent les silos institutionnels et accompagnent les dynamiques locales. Sans eux, notre vision restera fragmentée et inachevée.

Pour réussir ce virage, il faut aussi transformer la gouvernance : décentraliser sans diluer les responsabilités, inventer des financements mixtes publics-privés-citoyens, et instaurer une véritable culture de l’impact où chaque dirham investi se traduit par des changements tangibles dans la vie des citoyens.

Ce discours royal est une vision claire et un signal fort. Son efficacité dépendra désormais de notre capacité collective à dépasser les inerties et à agir. Le temps des demi-mesures est révolu.

Cette Fête du Trône doit être le point de bascule d’un Maroc qui avance d’un seul pas, dans toutes ses régions, avec une promesse partagée : que le progrès ne soit plus jamais l’apanage de quelques-uns, mais un bien commun pour tous.

Le défi est immense. Notre responsabilité l’est encore plus. À nous de transformer ces mots en actes, et cette vision en mouvement.

𝐇𝐞𝐫𝐠𝐚𝐨𝐮𝐢, 𝐮𝐫𝐛𝐚𝐧𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐮𝐫𝐛𝐚𝐧𝐢𝐭𝐞́.« Toute ville porte les fantômes du monde rural qui l’a précédée. »𝐏𝐚𝐫 𝐌𝐨𝐡𝐚𝐦𝐞𝐝 𝐀𝐦𝐢...
29/07/2025

𝐇𝐞𝐫𝐠𝐚𝐨𝐮𝐢, 𝐮𝐫𝐛𝐚𝐧𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐮𝐫𝐛𝐚𝐧𝐢𝐭𝐞́.
« Toute ville porte les fantômes du monde rural qui l’a précédée. »
𝐏𝐚𝐫 𝐌𝐨𝐡𝐚𝐦𝐞𝐝 𝐀𝐦𝐢𝐧𝐞 𝐄𝐋 𝐌𝐎𝐔𝐀𝐓𝐀𝐑𝐈𝐅

Que ce soit à Dakar, Delhi, São Paulo ou Casablanca, les métropoles du Sud - et parfois même celles du Nord - habitent des présences rurales qui n'ont jamais vraiment quitté les trottoirs, l'imaginaire collectif ou les habitudes. Ces présences ne sont pas spectrales : elles bavardent à voix haute, confectionnent les repas sur le bord de la chaussée, contournent les feux rouges, s'installent là où personne ne les attend. Elles ne réclament rien, ces âmes du passé qui hantent le bitume des avenues modernes et composent la trame vivante des cités d'aujourd'hui.

Plusieurs auteurs ont décrit ce que l’on peut appeler une « urbanité manquée », c’est-à-dire l’importation de pratiques rurales en ville sans adaptation. Mike Davis parle d’« 𝐮𝐫𝐛𝐚𝐧𝐢𝐳𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐰𝐢𝐭𝐡𝐨𝐮𝐭 𝐮𝐫𝐛𝐚𝐧𝐢𝐭𝐲 » pour désigner des villes issues de l’exode rural, peuplées de migrants exclus de l’économie formelle et sans accès aux codes de la citadinité. En France, Jean-Pierre Garnier et Thierry Paquot reprennent aussi l’expression « 𝐮𝐫𝐛𝐚𝐧𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐮𝐫𝐛𝐚𝐧𝐢𝐭𝐞́ » pour critiquer une croissance urbaine réduite à une juxtaposition spatiale sans véritable intégration sociale. Un autre concept clé est celui de l’« 𝐡𝐚𝐛𝐢𝐭𝐮𝐬 𝐢𝐧𝐚𝐝𝐚𝐩𝐭𝐞́ », illustré par Olivier Mongin avec sa notion de « 𝐛𝐚𝐧𝐚𝐥𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐲𝐬𝐚𝐠𝐞𝐬 » et par les travaux de Pierre Bourdieu et Abdelmalek Sayad. Ces approches montrent comment les dispositions acquises en milieu rural deviennent inadéquates dans le contexte urbain, rendant difficile l’adoption de nouveaux usages citadins. Ce décalage est au cœur des frictions culturelles observées.

Enfin, la figure du « 𝐩𝐨𝐫𝐭𝐞𝐮𝐫 𝐝𝐞 𝐫𝐮𝐫𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́ 𝐝𝐞́𝐩𝐥𝐚𝐜𝐞́𝐞 » incarne l’individu ou le groupe qui transpose en ville des normes d’usage propres au monde rural, créant un décalage profond avec les codes de l’urbanité. Ce phénomène dépasse la simple migration physique : il reflète une disjonction socio-culturelle où les normes urbaines se heurtent aux pratiques rurales importées, risquant de fragmenter la ville et d’affaiblir l’idéal d’un espace civique partagé.

Au Maroc, ce « porteur de ruralité déplacée » porte un nom : le hergaoui. Mais attention, que l’on ne s’y trompe pas. 𝑳𝒆 𝒉𝒆𝒓𝒈𝒂𝒐𝒖𝒊 𝒏’𝒆𝒔𝒕 𝒑𝒂𝒔 𝒖𝒏 𝒊𝒏𝒅𝒊𝒗𝒊𝒅𝒖 𝒑𝒂𝒖𝒗𝒓𝒆, 𝒊𝒏𝒄𝒖𝒍𝒕𝒆 𝒐𝒖 𝒎𝒂𝒓𝒈𝒊𝒏𝒂𝒍. 𝑰𝒍 𝒏’𝒆𝒔𝒕 𝒑𝒂𝒔 𝒖𝒏𝒆 𝒄𝒂𝒕𝒆́𝒈𝒐𝒓𝒊𝒆 𝒔𝒐𝒄𝒊𝒂𝒍𝒆, 𝒄’𝒆𝒔𝒕 𝒖𝒏 𝒔𝒕𝒚𝒍𝒆 𝒅’𝒉𝒂𝒃𝒊𝒕𝒆𝒓, 𝒖𝒏 𝒓𝒂𝒑𝒑𝒐𝒓𝒕 𝒂̀ 𝒍’𝒆𝒔𝒑𝒂𝒄𝒆, 𝒖𝒏 𝒉𝒂𝒃𝒊𝒕𝒖𝒔 𝒕𝒓𝒂𝒏𝒔𝒑𝒍𝒂𝒏𝒕𝒆́ 𝒔𝒂𝒏𝒔 𝒂𝒅𝒂𝒑𝒕𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏.

Ce n’est pas un problème moral. C’est un problème de culture ubaine, d’urbanité. Le Maroc, comme bien d’autres pays, a connu une urbanisation massive sans véritable transmission de la culture urbaine. Il y a eu un exode rural, mais pas d’école de la ville. 𝑰𝒍 𝒚 𝒂 𝒆𝒖 𝒅𝒆𝒔 𝒊𝒎𝒎𝒆𝒖𝒃𝒍𝒆𝒔 𝒄𝒐𝒏𝒔𝒕𝒓𝒖𝒊𝒕𝒔, 𝒎𝒂𝒊𝒔 𝒑𝒂𝒔 𝒅𝒆 𝒍𝒊𝒆𝒏 𝒔𝒐𝒄𝒊𝒂𝒍 𝒓𝒆𝒄𝒐𝒏𝒔𝒕𝒓𝒖𝒊𝒕. 𝑰𝒍 𝒚 𝒂 𝒆𝒖 𝒅𝒆𝒔 𝒆́𝒒𝒖𝒊𝒑𝒆𝒎𝒆𝒏𝒕𝒔, 𝒎𝒂𝒊𝒔 𝒑𝒂𝒔 𝒅’𝒂𝒑𝒑𝒓𝒐𝒑𝒓𝒊𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏. Le hergaoui est le produit de cette rupture : il est à la fois étranger à la ville et enfant de la ville. Il est le témoin d’un échec collectif à construire un espace commun.

Et pourtant, il n’est pas seul. Partout dans le monde, on trouve ces figures du désajustement : le « beauf » des banlieues pavillonnaires françaises, le new migrant des villes indiennes, le paysan des villes chinoises… Ils ont en commun cette manière de faire dissonance dans un environnement qui suppose des codes implicites qu’ils n’ont jamais appris. Mais le hergaoui a quelque chose de plus : 𝐢𝐥 𝐞𝐬𝐭 𝐞́𝐫𝐢𝐠𝐞́ 𝐞𝐧 𝐫𝐞𝐩𝐨𝐮𝐬𝐬𝐨𝐢𝐫 𝐬𝐲𝐦𝐛𝐨𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞. 𝐎𝐧 𝐬’𝐞́𝐥𝐨𝐢𝐠𝐧𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐮𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐦𝐢𝐞𝐮𝐱 𝐬’𝐞́𝐥𝐞𝐯𝐞𝐫. 𝐈𝐥 𝐝𝐞𝐯𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐞 𝐫𝐞́𝐟𝐞́𝐫𝐞𝐧𝐭 𝐧𝐞́𝐠𝐚𝐭𝐢𝐟 𝐝’𝐮𝐧𝐞 𝐮𝐫𝐛𝐚𝐧𝐢𝐭𝐞́ 𝐞𝐧 𝐪𝐮𝐞̂𝐭𝐞 𝐝’𝐞𝐥𝐥𝐞-𝐦𝐞̂𝐦𝐞.

Et c’est là que réside une autre violence, plus insidieuse : celle de l’exclusion symbolique. Car cette posture n’est pas neutre. Elle crée une hiérarchie invisible des appartenances : il y aurait ceux qui savent vivre la ville, et ceux qui ne savent pas. Ceux qui méritent l’espace public, et ceux qui le détournent. 𝐋𝐞 𝐡𝐞𝐫𝐠𝐚𝐨𝐮𝐢 𝐝𝐞𝐯𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐚𝐢𝐧𝐬𝐢 𝐥𝐞 𝐩𝐚𝐫𝐚𝐯𝐞𝐧𝐭 𝐝’𝐮𝐧𝐞 𝐝𝐨𝐦𝐢𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐜𝐮𝐥𝐭𝐮𝐫𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐝𝐞́𝐠𝐮𝐢𝐬𝐞́𝐞 𝐞𝐧 𝐛𝐨𝐧 𝐬𝐞𝐧𝐬 𝐜𝐢𝐭𝐚𝐝𝐢𝐧.

Il faut donc refuser la tentation de la stigmatisation. Non par angélisme, mais par lucidité. Le hergaoui révèle une défaillance de la fabrique urbaine, un déficit de cohabitation, une inappropriation spatiale et culturelle. Un symptôme d’une ville inachevée. Et ceux qui s’y égarent sont moins des déviants que des indicateurs.

Alors que faire ? Il ne suffit pas d’éduquer. Il faut créer des médiations. Des espaces de transmission. Des occasions de faire ville ensemble. Mais surtout, cela suppose un changement de regard. Il faut cesser de considérer le hergaoui comme un problème, et commencer à le voir comme un symptôme – et peut-être même comme un révélateur.

𝐋𝐚 𝐯𝐢𝐥𝐥𝐞 𝐧𝐞 𝐬𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐭𝐫𝐮𝐢𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐬𝐞𝐮𝐥𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐚𝐯𝐞𝐜 𝐝𝐮 𝐛𝐞́𝐭𝐨𝐧. 𝐄𝐥𝐥𝐞 𝐬𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐭𝐫𝐮𝐢𝐭 𝐚𝐯𝐞𝐜 𝐝𝐞𝐬 𝐫𝐞́𝐜𝐢𝐭𝐬, 𝐝𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐝𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐚𝐠𝐞́𝐬, 𝐝𝐞𝐬 𝐠𝐞𝐬𝐭𝐞𝐬 𝐚𝐣𝐮𝐬𝐭𝐞́𝐬, 𝐝𝐞𝐬 𝐫𝐞𝐜𝐨𝐧𝐧𝐚𝐢𝐬𝐬𝐚𝐧𝐜𝐞𝐬 𝐦𝐮𝐭𝐮𝐞𝐥𝐥𝐞𝐬. La ville, vécue ensemble, est un apprentissage permanent. Elle ne va pas de soi. Et que ceux qui n’y trouvent pas leur place ne sont pas forcément des ennemis de la cité, mais les héritiers d’un monde en mutation trop rapide.

𝐄𝐭 𝐬𝐢, 𝐚𝐮 𝐟𝐨𝐧𝐝, 𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐟𝐢𝐠𝐮𝐫𝐞 𝐝𝐮 𝐡𝐞𝐫𝐠𝐚𝐨𝐮𝐢 𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐢𝐧𝐯𝐢𝐭𝐚𝐢𝐭 𝐚̀ 𝐫𝐞𝐩𝐞𝐧𝐬𝐞𝐫 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐦𝐚𝐧𝐢𝐞̀𝐫𝐞 𝐝’𝐞̂𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐫𝐛𝐚𝐢𝐧𝐬, 𝐞𝐧𝐬𝐞𝐦𝐛𝐥𝐞, 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐧𝐨𝐬 𝐝𝐢𝐟𝐟𝐞́𝐫𝐞𝐧𝐜𝐞𝐬 ? 𝐍𝐨𝐧 𝐩𝐚𝐬 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐠𝐨𝐦𝐦𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐚𝐬𝐩𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐞́𝐬, 𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐦𝐢𝐞𝐮𝐱 𝐥𝐞𝐬 𝐢𝐧𝐭𝐞́𝐠𝐫𝐞𝐫. Non pas pour uniformiser les comportements, mais pour co-construire un espace tolérant à l’imprévu. Une ville assume ses décalages et en fait une matière vivante.

Car toute ville un peu vivante est, quelque part, un peu hergaouisée. C’est peut-être ce qui la sauve de la «froideur » des plans parfaits. Peut-être. Mais faut-il pour autant en faire un modèle ? Ce romantisme du désordre a ses limites. Car ce que certains appellent « vitalité informelle » est aussi, souvent, vécu par d’autres comme incivilité, cacophonie, voire insécurité. L’appropriation brute de l’espace public ne fait pas toujours société : elle peut l’abîmer, l’épuiser, l’empêcher.

𝐃𝐞𝐫𝐫𝐢𝐞̀𝐫𝐞 𝐥𝐚 𝐫𝐮𝐫𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́ 𝐝𝐞́𝐩𝐥𝐚𝐜𝐞́𝐞, 𝐢𝐥 𝐲 𝐚 𝐩𝐚𝐫𝐟𝐨𝐢𝐬 𝐮𝐧𝐞 𝐫𝐮𝐩𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐟𝐨𝐧𝐝𝐞 : 𝐥’𝐚𝐛𝐬𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐝𝐮 𝐜𝐢𝐯𝐢𝐬𝐦𝐞. 𝐍𝐨𝐧 𝐩𝐚𝐬 𝐥𝐞 𝐜𝐢𝐯𝐢𝐬𝐦𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐦𝐨𝐫𝐚𝐥𝐞 𝐢𝐦𝐩𝐨𝐬𝐞́𝐞, 𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐜𝐢𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐝𝐞 𝐥’𝐚𝐥𝐭𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐞́. Là, réside la véritable fracture : non dans l’origine, mais dans le refus ou l’incapacité de composer avec la présence d’autrui. Peut-on cohabiter durablement si chacun importe ses logiques sans effort d’ajustement ?

𝐋𝐚 𝐡𝐞𝐫𝐠𝐚𝐨𝐮𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐯𝐢𝐥𝐥𝐞 𝐞𝐬𝐭 𝐮𝐧 𝐟𝐚𝐢𝐭. 𝐄𝐥𝐥𝐞 𝐝𝐢𝐭 𝐪𝐮𝐞𝐥𝐪𝐮𝐞 𝐜𝐡𝐨𝐬𝐞 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐡𝐢𝐬𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞, 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐬 𝐭𝐫𝐚𝐣𝐞𝐜𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞𝐬, 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐬 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐬. 𝐌𝐚𝐢𝐬 𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐧𝐞 𝐩𝐞𝐮𝐭 𝐝𝐞𝐯𝐞𝐧𝐢𝐫 𝐮𝐧 𝐡𝐨𝐫𝐢𝐳𝐨𝐧. Si elle n’est pas accompagnée par un travail patient de pédagogie du commun, elle risque de figer des inégalités nouvelles : non plus économiques, mais culturelles, symboliques, relationnelles. Le hergaoui est un révélateur des déficits de cohabitation symbolique et spatiale dans notre urbanisation.

Car la ville n’est pas un miracle. C’est un effort. Un art fragile. Un inachèvement. Un chantier.
Toujours recommencé.
Toujours à réinventer

𝐄𝐭 𝐬𝐢 𝐥𝐚 𝐟𝐢𝐧 𝐝𝐞𝐬 𝐢𝐝𝐞́𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐞𝐬 𝐨𝐮𝐯𝐫𝐚𝐢𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐛𝐫𝐞̀𝐜𝐡𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐫𝐞́𝐢𝐧𝐯𝐞𝐧𝐭𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐬𝐞𝐧𝐬 ?Mohamed Amine EL MOUATARIFIl arrive un moment...
14/07/2025

𝐄𝐭 𝐬𝐢 𝐥𝐚 𝐟𝐢𝐧 𝐝𝐞𝐬 𝐢𝐝𝐞́𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐞𝐬 𝐨𝐮𝐯𝐫𝐚𝐢𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐛𝐫𝐞̀𝐜𝐡𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐫𝐞́𝐢𝐧𝐯𝐞𝐧𝐭𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐬𝐞𝐧𝐬 ?
Mohamed Amine EL MOUATARIF

Il arrive un moment dans la vie des peuples comme dans celle des individus où les mots perdent leur poids, où les récits qui guidaient les pas s’effacent, fatigués, essoufflés... Nous sommes peut-être à ce point de bascule. 𝐋𝐚̀ 𝐨𝐮̀ 𝐥𝐞𝐬 𝐠𝐫𝐚𝐧𝐝𝐞𝐬 𝐢𝐝𝐞́𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐞𝐬, 𝐪𝐮𝐢 𝐬𝐭𝐫𝐮𝐜𝐭𝐮𝐫𝐚𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐬𝐢𝐞̀𝐜𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐬𝐬𝐞́𝐬, 𝐬’𝐞𝐟𝐟𝐨𝐧𝐝𝐫𝐞𝐧𝐭 𝐨𝐮 𝐬’𝐚𝐯𝐢𝐥𝐢𝐬𝐬𝐞𝐧𝐭, 𝐫𝐨𝐧𝐠𝐞́𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐫 𝐥𝐞 𝐜𝐲𝐧𝐢𝐬𝐦𝐞 𝐨𝐮 𝐩𝐚𝐫 𝐥’𝐚𝐫𝐠𝐞𝐧𝐭. Là où les promesses de liberté, de progrès ou de justice semblent n’être que slogans recyclés dans les discours de ceux qui servent autre chose : des intérêts, des marchés, des empires sans visage.

À l’échelle du monde, cela se traduit par une brutalité assumée. Trump n’a rien inventé : il a simplement mis à nu ce que beaucoup cachaient sous des habits diplomatiques. 𝐋’𝐄́𝐭𝐚𝐭 𝐝𝐞𝐯𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞𝐩𝐫𝐢𝐬𝐞, 𝐥’𝐡𝐮𝐦𝐚𝐧𝐢𝐭𝐞́ 𝐮𝐧 𝐜𝐨𝐮̂𝐭, 𝐥𝐚 𝐧𝐚𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐞 𝐫𝐞𝐬𝐬𝐨𝐮𝐫𝐜𝐞 𝐚̀ 𝐥𝐢𝐪𝐮𝐢𝐝𝐞𝐫. 𝐋𝐞𝐬 𝐩𝐞𝐮𝐩𝐥𝐞𝐬 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐠𝐞́𝐫𝐞́𝐬 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐦𝐚𝐬𝐬𝐞𝐬 𝐚̀ 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞𝐧𝐢𝐫 𝐨𝐮 𝐚̀ 𝐬𝐞́𝐝𝐮𝐢𝐫𝐞, 𝐬𝐞𝐥𝐨𝐧 𝐥𝐞𝐬 𝐣𝐨𝐮𝐫𝐬.

Le Maroc, n’échappe pas à cette logique glaciale. 𝐍𝐨𝐮𝐬 𝐯𝐢𝐯𝐨𝐧𝐬 𝐮𝐧𝐞 𝐞́𝐩𝐨𝐪𝐮𝐞 𝐨𝐮̀ 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐭𝐫𝐨𝐧𝐬 𝐠𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐧𝐞𝐧𝐭, 𝐨𝐮̀ 𝐥𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐯𝐨𝐢𝐫 𝐞́𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐥𝐞́𝐠𝐢𝐟𝐞̀𝐫𝐞 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐦𝐚𝐬𝐪𝐮𝐞, 𝐨𝐮̀ 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐟𝐥𝐢𝐭𝐬 𝐝’𝐢𝐧𝐭𝐞́𝐫𝐞̂𝐭𝐬 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐝𝐞𝐯𝐞𝐧𝐮𝐬 𝐬𝐲𝐬𝐭𝐞̀𝐦𝐞. Ce n’est plus une dérive, c’est une doctrine officieuse. On ne gouverne plus pour, mais depuis. Ceux qui possèdent décident. Et ceux qui espèrent n’ont plus d’espace pour croire.

Mais dans cette nuit politique, il y a des braises. Des mains qui plantent, qui réparent, qui relient. Ce ne sont pas des révolutions. Ce sont des veilles. Des gestes minuscules qui disent : "le monde peut être autre". Que l’on peut vivre sans écraser. Produire sans détruire. Diriger sans dominer.

C’est là que le 𝐁𝐮𝐞𝐧 𝐕𝐢𝐯𝐢𝐫 nous inspire. Ce mot venu des Andes ne parle pas de confort, mais d’équilibre. Il ne promet pas la réussite individuelle, mais la dignité partagée. C’est un art de vivre en lien : avec les autres, avec le vivant, avec le temps. Une sagesse qui nous rappelle que l’être précède l’avoir. Que l’arbre n’est pas là pour être coupé, mais pour offrir ombre, mémoire et silence.

Et si nous écoutions cela ? Non pas pour importer un modèle, mais pour réveiller ce que nous avons déjà. Car le Buen Vivir ressemble à nos propres racines. C’est ce que nos grands-mères disaient sans le nommer en gardant la porte ouverte "𝑎𝑢𝑥 𝑎̂𝑚𝑒𝑠 𝑑𝑒 𝑝𝑎𝑠𝑠𝑎𝑔𝑒".

Alors non, nous ne devons pas revenir à une idéologie figée. Mais nous avons besoin d’un récit. D’une direction. D’un souffle. Une invitation à marcher ensemble, autrement... C’est peut-être cela qu’il nous faut : un cœur assez vaste pour accueillir les différences, une politique assez humble pour écouter la vie, une société assez lucide pour choisir le vivant plutôt que le pouvoir.

Comme l’écrivait Ibn ‘Arabi, ce mystique andalou dont les mots traversent les siècles :

قد صار قلبي قابلاً كلَّ صورة
فمرعى لغزلانٍ وديرٌ لرهبانِ
وبيتٌ لأوثانٍ وكعبةُ طائفٍ
وألواحُ توراةٍ ومصحفُ قرآنِ
أدين بدين الحبِّ أنَّى توجَّهت
ركائبه فالحبُّ ديني وإيماني

Emploi et territoires – Construire des synergies territoriales durables pour une croissance inclusiveDans un contexte gl...
05/02/2025

Emploi et territoires – Construire des synergies territoriales durables pour une croissance inclusive

Dans un contexte global marqué par des mutations économiques, technologiques et sociales profondes, les politiques publiques de l’emploi et les stratégies de développement territorial doivent impérativement converger pour relever les défis de l’insertion professionnelle et de l’inclusion économique. L’emploi n’est pas une simple conséquence du développement territorial ; il en est un moteur essentiel. Pourtant, ces deux dimensions continuent d’être pensées séparément, sans réelle interaction ni gouvernance intégrée.

Le Maroc connaît un taux de chômage préoccupant, notamment chez les jeunes et les diplômés. Les politiques d’emploi actuelles peinent à répondre efficacement aux réalités du marché du travail. La concentration des opportunités dans les grands pôles urbains et la fragilité de l’écosystème entrepreneurial dans plusieurs régions imposent une territorialisation des politiques publiques de l’emploi, adaptée aux potentialités de chaque région.

La contractualisation entre l’État et les collectivités territoriales, à travers des contrats-programmes fixant des objectifs concrets et mesurables, constitue une voie incontournable. Ces engagements doivent s’articuler autour de l’adéquation entre emploi et formation, du soutien à l’entrepreneuriat local et de l’investissement dans des infrastructures favorisant l’employabilité, telles que les incubateurs, les espaces de coworking et les plateformes de formation hybride.

L’emploi ne se décrète pas, il se construit au sein d’écosystèmes territoriaux performants où entreprises, travailleurs, collectivités et acteurs du développement collaborent. Le développement de filières d’excellence adaptées aux spécificités régionales, le renforcement de l’entrepreneuriat et de l’économie sociale et solidaire par des fonds régionaux et une simplification des dispositifs d’accompagnement, ainsi que le déploiement d’infrastructures et d’équipements mutualisés sont autant de leviers essentiels pour favoriser une dynamique locale de création d’emplois.

L’innovation et l’expérimentation doivent être au cœur des politiques publiques. Les territoires doivent devenir de véritables laboratoires en matière d’emploi et de formation en testant des solutions adaptées aux évolutions du marché du travail. Le développement de plateformes numériques d’intermédiation locale, l’intégration de clauses sociales dans les marchés publics pour favoriser l’emploi des jeunes et des personnes éloignées du marché du travail, ainsi que la mise en place de coopératives d’apprentissage et d’insertion pour sécuriser les parcours professionnels, sont autant de pistes à explorer pour une approche plus flexible et inclusive.

Le temps des politiques descendantes et uniformes est révolu. L’emploi doit être pensé comme un levier stratégique de transformation territoriale et non comme un simple indicateur économique. Il est temps d’innover, de mutualiser les efforts et d’expérimenter de nouvelles approches adaptées aux réalités locales. La mobilisation des collectivités, des entreprises, des universités et des structures d’accompagnement est essentielle pour bâtir une gouvernance plus agile et territorialisée.

L’avenir de l’emploi au Maroc repose sur la capacité de ses territoires à devenir des moteurs de croissance, d’inclusion et d’innovation.

Par Mohamed Amine EL MOUATARIF - Expert en développement territorial

Tribune : La régionalisation avancée et l'enjeu du développement territorial inclusif au Maroc, entre théories et pratiq...
30/12/2024

Tribune : La régionalisation avancée et l'enjeu du développement territorial inclusif au Maroc, entre théories et pratiques

Il était une fois un pays, notre pays, le Maroc, où les montagnes conservaient la mémoire des traditions pendant que les plaines rêvaient d’un avenir prometteur. Ce pays, riche de ses paradoxes, oscille entre l’éclat des vitrines de Rabat et Casablanca et les ombres des territoires oubliés, où les taux de chômage battent tristement des records, où l’espoir s’éteint lentement, et où les entreprises suffoquent, laissant un tissu de petites et moyennes entreprises s’effriter, avec une plus-value économique quasi inexistante.

Depuis des années, on nous promet la "régionalisation avancée", cette idée ambitieuse qui pourrait transformer chaque région en une étoile autonome, contribuant à illuminer la constellation nationale. Pourtant, cette promesse demeure une lueur vacillante, bien loin de se matérialiser. Les régions manquent encore des budgets nécessaires, des compétences clés et, parfois, de la vision indispensable pour tracer leur propre chemin.

Pourquoi tout se décide-t-il encore dans les couloirs feutrés de Rabat ou de Casablanca ? Pourquoi les régions, pourtant au cœur de la Constitution, restent-elles prisonnières d’une tutelle centralisée, incapables de s’émanciper pleinement ? Certes, la centralisation excessive étouffe les initiatives locales, mais il serait simpliste d’accuser uniquement l’État central. Si le Maroc vacille entre immobilisme et promesses inachevées, la responsabilité est partagée. Les acteurs régionaux eux-mêmes n’ont pas su, ou voulu, répondre à la hauteur des enjeux.

Nombre de régions peinent à définir une vision stratégique cohérente. Certaines, paralysées par leur dépendance à l’État central, préfèrent attendre des directives plutôt que de prendre leur destin en main. D’autres se perdent dans une cacophonie d’initiatives isolées, sans coordination ni synergie. Peut-on blâmer uniquement le pouvoir central quand des budgets restent sous-utilisés, que des projets s’enlisent faute de leadership local ? La régionalisation n’est pas qu’un transfert de compétences : c’est une responsabilité à assumer pleinement.

Et pourtant, les solutions existent. Le Maroc n’a pas besoin de mimer des modèles étrangers, cette fameuse théorie de la modernisation qui promet qu’en suivant les étapes des nations industrialisées, nous atteindrons un jour leur niveau. Ce train est passé depuis longtemps. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une modernité sur mesure, façonnée par nos défis, nos atouts et nos aspirations.

Dans nos territoires ruraux et périurbains, des millions de Marocains survivent encore dans une économie informelle, sans perspectives claires. Ces zones, souvent perçues comme des charges, regorgent pourtant d’opportunités inexploitées. Mais pour les saisir, il faut que les acteurs régionaux aient le courage d’oser, d’innover et d’agir. La réussite de la régionalisation dépendra de leur capacité à transformer ces défis en leviers de développement.

Et si l’économie sociale et solidaire (ESS) devenait une clé de cette transformation ? Loin d’être une utopie, l’ESS est déjà une réalité tangible dans nos villages, là où des coopératives et des associations redonnent dignité et espoir aux communautés. Mais pour que l’ESS devienne un véritable moteur de développement, il faut qu’elle soit portée par des régions conscientes de leur potentiel, prêtes à l’intégrer dans leurs stratégies économiques et sociales. Chaque territoire peut devenir une ruche économique, mais cela nécessite une rupture avec l’immobilisme et une ouverture vers des modèles collaboratifs et innovants.

Et que dire de notre jeunesse ? Ces millions de jeunes, exclus du système éducatif, sans emploi ni formation, représentent une mine d’or que nous laissons inexploitée. Ils n’attendent pas des solutions venues d’en haut. Ils veulent être des acteurs, pas des spectateurs. Leur énergie, leur créativité, leur talent doivent être mis au service d’une économie locale durable et à forte valeur ajoutée, tant sur le plan économique que social. Cela exige des acteurs régionaux capables de créer des écosystèmes favorables, et non de se cacher derrière des attentes éternelles de subventions ou de directives de Rabat.

Enfin, l’urgence environnementale est un défi que nous ne pouvons plus ignorer. Les terres s’assèchent, les ressources s’épuisent, et chaque région doit devenir un laboratoire d’innovation climatique. Mais cela ne sera possible que si les acteurs régionaux s’approprient pleinement ces enjeux. Ce n’est pas au ministère de tutelle de tout résoudre. Les régions doivent prouver qu’elles peuvent gérer leurs ressources, protéger leurs écosystèmes et développer des solutions adaptées à leurs réalités spécifiques.

Alors oui, la centralisation excessive reste un problème. Mais se contenter de blâmer l’État central serait une réponse trop facile. Les régions doivent sortir de leur dépendance, refuser l’inertie et prendre des risques calculés. La régionalisation avancée ne deviendra une réalité que si chaque acteur, qu’il soit à Rabat ou dans les provinces, comprend qu’il est partie prenante de ce projet collectif.

Le Maroc des possibles n’attend que cela : des décideurs courageux, des citoyens engagés, et des régions prêtes à écrire leur propre histoire. Le temps presse, mais il est encore temps. La maison brûle, et chacun doit apporter son eau pour éteindre l’incendie.

À nous de choisir : un Maroc fragmenté et hésitant, ou un Maroc des régions, fort, inclusif et solidaire.

M. Mohamed Amine EL MOUATARIF
Expert en développement territorial.

29/09/2024

موضوع : علاقة الشباب بدور الشباب

علاقة الشباب بدور الشباب تمثل محورًا هامًا في عملية التنمية الاجتماعية والثقافية داخل المجتمع. دور الشباب (أو المراكز الشبابية) ليست مجرد أماكن للترفيه، بل هي مؤسسات تعمل على توجيه الطاقات الشبابية في مسارات إيجابية، وتنمية مهاراتهم وإعدادهم ليكونوا فاعلين في مجتمعهم.

دور الشباب في حياة الشباب:
التوجيه والإرشاد: دور الشباب تساهم في توفير بيئة داعمة لتوجيه الشباب نحو اختيار مسارات حياتية صحيحة، سواء على مستوى التعليم أو العمل.

تنمية المهارات: هذه المراكز تقدم العديد من البرامج التدريبية والورشات التي تهدف إلى تطوير مهارات الشباب في مجالات متعددة، مثل الرياضة، الفن، العلوم، والقيادة.

الاندماج الاجتماعي: تشجع دور الشباب على التفاعل بين الشباب من مختلف الخلفيات الاجتماعية والثقافية، مما يعزز قيم التسامح والتعايش.

الترفيه البنّاء: بجانب البرامج التعليمية والتدريبية، توفر دور الشباب أنشطة ترفيهية هادفة، مما يتيح للشباب قضاء وقتهم في أنشطة مفيدة وممتعة في آن واحد.

أهمية العلاقة بين الشباب ودور الشباب:
تقليل الانحرافات: من خلال استثمار وقت الشباب في أنشطة هادفة، يمكن تقليل احتمالات الانخراط في السلوكيات السلبية مثل العنف أو تعاطي المخدرات.

تحفيز الابتكار والإبداع: تعمل دور الشباب كمحفزات للإبداع من خلال تشجيع الشباب على التفكير خارج الصندوق والعمل على تطوير مشاريعهم الشخصية أو المشاركة في الفعاليات الإبداعية.

تعزيز الانتماء الوطني: من خلال الأنشطة الاجتماعية والبرامج الوطنية، تُنمّي دور الشباب حس الانتماء لدى الشباب، وتجعلهم أكثر وعياً بأهمية دورهم في بناء مستقبل بلادهم.

التحديات:
ضعف التمويل والموارد: العديد من دور الشباب تعاني من نقص التمويل، مما يؤدي إلى قلة البرامج المتاحة أو تراجع جودة الخدمات المقدمة.
قلة الوعي بأهمية الدور: في بعض الأحيان، لا يكون لدى الشباب الوعي الكافي بأهمية هذه المؤسسات، مما يقلل من انخراطهم فيها.
الحلول المقترحة:
تعزيز الشراكات مع القطاع الخاص: يمكن تعزيز تمويل دور الشباب عبر شراكات مع شركات أو مؤسسات تدعم برامج الشباب.
الترويج الإعلامي: تسليط الضوء على أنشطة دور الشباب عبر وسائل الإعلام يمكن أن يرفع من مستوى وعي الشباب بأهميتها، وبالتالي يزيد من مشاركتهم.
تطوير البرامج: تجديد وتطوير البرامج بما يتماشى مع تطلعات واهتمامات الشباب الحالية، مثل التكنولوجيا وريادة الأعمال.
في النهاية، العلاقة بين الشباب ودور الشباب هي علاقة تكاملية يمكن أن تساهم بشكل كبير في بناء أجيال قادرة على التغيير الإيجابي في المجتمع.

الطاهر بندغو.

Évasion scolaire et désillusion économique : Le dilemme des jeunes marocainsLa rentrée scolaire, autrefois synonyme de r...
18/09/2024

Évasion scolaire et désillusion économique : Le dilemme des jeunes marocains

La rentrée scolaire, autrefois synonyme de retrouvailles et d'espoir, est devenue une évasion de la galère. Ce n'est plus un simple retour en classe, mais une débandade vers l'incertitude, une fuite en avant. L'école, jadis perçue comme un levier d'ascension sociale, s'est muée en cul-de-sac, un mirage qui s'éloigne chaque jour davantage, tandis que les réalités économiques frappent de plein fouet. L'avenir se dessine ailleurs, à l'horizon, dans un "ailleurs", de préférence européen, qui devient l'ultime échappatoire pour une jeunesse marocaine désenchantée.

Nos ancêtres vantaient le "9etran" local, cette amertume bien de chez nous, meilleure que le miel des autres. Mais aujourd'hui, nos jeunes, désabusés, désillusionnés par un système qui ne tient plus ses promesses, rétorquent : "Le '9etran' d'ailleurs vaut bien mieux que ce faux '3sel bladi'". Ce revirement illustre un basculement profond : là où, hier encore, le sacrifice pour la patrie était une fierté, l'amertume de l'exil devient plus douce que les illusions brisées d'un avenir ici-bas.

Et pourquoi en sommes-nous là ? Parce que le miel qu'on nous a promis s'est révélé être un poison lent, et l'égalité des chances, un mirage. L'école, au lieu d'ouvrir des portes, en referme de plus en plus. Nos jeunes, pris dans l'étau d'un système qui les broie, choisissent le goudron des routes incertaines plutôt que l'étau étouffant d'une vie en suspens.

Ce n'est pas un simple désenchantement. C'est un cri d'alarme... Un SOS. Le choix est cruel mais révélateur : une Europe pleine de risques semble plus prometteuse que les certitudes plombées du pays. On quitte un avenir bouché pour s'aventurer dans l'inconnu, car ici, la précarité est devenue, pour eux, une condition permanente.

Notre cher pays, le plus beau du monde, est cloisonné, scindé en trois catégories (pour ne pas dire classes) : D'un côté, l'élite privilégiée qui accède à des rentes bien protégées, à des niches économiques confortables. Pour elle, les réformes économiques sont synonymes d'opportunités à saisir. Puis, la catégorie du "milieu", qui se rétrécit à vue d'œil. Elle jongle entre factures et fractures. Elle est la seule véritable contributrice à une économie, dans sa globalité, informelle mais survit à peine. Enfin, il y a cette majorité invisible, celle qui garantit la paix sociale par son silence. Ce sont les "intouchables" marocains. Cette frange que personne ne veut regarder en face. Ils sont absents des grands discours et des politiques de développement, et pourtant, ils constituent l'épine dorsale du pays.

Ce sont ces travailleurs-chômeurs qui subissent de plein fouet les politiques libérales et inégalitaires adoptées par le Maroc, sans en tirer le moindre bénéfice. Exploités, sous-payés... Ce sont eux qui nettoient, construisent, cuisinent, et servent dans une économie de l'ombre, invisible mais vitale. Ils maintiennent pourtant en équilibre un système qui ne les voit pas. Mais jusqu'à quand ? Jusqu'à quand cette invisibilité pourra-t-elle tenir ?

Le sentiment de marginalisation est omniprésent chez leurs enfants. Ils savent que les politiques ne cherchent pas à les inclure, mais à les maintenir dans l'invisibilité, à calmer le feu sans jamais l'éteindre.

Le contraste est violent : d'un côté, une petite élite prospère, de l'autre, une majorité silencieuse qui subit… survit.

Le défi pour un Maroc juste, inclusif et équitable est de redonner espoir et espérance à ces jeunes "invisibles". Ce n'est qu'ainsi que le Maroc pourra espérer briser ce cercle vicieux de l'inégalité et redonner un vrai sens à l'émancipation sociale et économique. Il est temps de changer de cap. Il ne suffit plus de poser des pansements sur une plaie béante, il faut transformer la société. L'inclusion ne doit pas être un slogan vide, mais une révolution collective et solidaire.

C'est ensemble, unis, que nous pourrons bâtir un Maroc où l'école redeviendra un tremplin, où l'égalité des chances et des moyens sera enfin une réalité, et où l'espoir prendra la place du désenchantement. C'est ensemble, unis dans la diversité, que nous construirons un Maroc où chaque enfant, quel que soit son milieu, pourra réaliser ses rêves.

Ensemble, transformons le goudron en miel. Ensemble, bâtissons un avenir où l'école et l'éducation sont des tremplins et non des pièges, où l'égalité est une réalité et non un mirage.

Mohamed Amine EL Mouatarif

21/08/2024

Le rôle de l'intellectuel "de gauche" dans le Maroc actuel......................
Dans le Maroc actuel, l’intellectuel, le démocrate, le progressiste, et le militant de gauche sont souvent pris au piège d’une désillusion profonde. Ils rêvent, peut-être avec une pointe de naïveté, d’un Maroc où chaque citoyen s’impliquerait pleinement dans la gestion des affaires publiques, où les biens communs seraient préservés, et où les droits politiques et socio-économiques seraient défendus avec vigueur. Une société où les libertés, individuelles et collectives, seraient non seulement respectées mais aussi réalisées.

Pourtant, ces aspirations se heurtent à la dure réalité. Dans ce monde en perpétuelle mutation, les intellectuels marocains se trouvent face à un paysage où les bouleversements économiques locaux se mêlent aux tumultes d’une géopolitique mondiale féroce. Loin de devenir le citoyen éclairé tant espéré, l’individu moderne se retrouve à la croisée des chemins, à la fois esclave et maître d’un capitalisme omniprésent. Ce capitalisme, comme une ombre menaçante, étouffe la critique, étouffe l’esprit, et menace de nous dépouiller de notre humanité, nous laissant dériver sans boussole dans un XXIe siècle incertain.

Dans ce chaos, l’intellectuel marocain doit faire un examen de conscience. Il est temps de reconnaître que les approches héritées du passé, souvent plus émotionnelles que rationnelles, sont désormais obsolètes. Il est temps d’intégrer la complexité du monde moderne dans leur réflexion, de prendre en compte les multiples échelles et enjeux qui façonnent notre réalité actuelle.

Le véritable combat aujourd’hui ne se limite plus à un duel entre forces obscurantistes et une monarchie conservatrice attachée au statu quo. Non, la lutte s’élargit à un front plus vaste : celui contre un capitalisme insidieux qui promeut la médiocrité, divise la société, et tue la pensée critique à petit feu. Ce capitalisme menace de réduire l’intellectuel à un simple rouage dans une machine déshumanisante, le privant de toute aspiration collective et de tout engagement envers les autres.

Pour Gramsci, l’intellectuel n’est pas un simple faiseur d’idées abstraites. Il est un acteur engagé, un bâtisseur de ponts, un créateur d’alliances. Dans le Maroc d’aujourd’hui, ce rôle est plus crucial que jamais. L’intellectuel doit abandonner le confort du commentaire pour embrasser la lutte pour l’hégémonie culturelle, pour la direction morale et intellectuelle de la société.

Il ne suffit plus de dénoncer les injustices ou de rêver à des utopies. L’intellectuel doit devenir un "organisateur" gramscien, capable de fédérer les forces progressistes, d’éveiller une conscience critique chez les citoyens, et de proposer des alternatives concrètes aux systèmes oppressifs.

Et si l’on ajoute à cela le culte du scientisme, nous sommes confrontés à un autre piège, celui du réductionnisme. Le scientisme, en érigeant la science en unique source de vérité, écrase les dimensions éthiques, culturelles, et spirituelles de notre existence. Il réduit la richesse du monde à des chiffres, des données, des modèles.

Face à cette double menace – capitalisme déshumanisant et scientisme aveugle – l’intellectuel doit naviguer avec prudence. Il doit redonner à la science sa juste place, celle d’un outil parmi d’autres, au service de l’humanité. Il doit réaffirmer l’importance d’une approche globale, qui interroge le monde sous tous ses angles, qui dialogue avec l’éthique, la culture, et le social.

L’intellectuel doit devenir le gardien de cette pluralité, veillant à ce que le progrès scientifique ne se fasse jamais au détriment de l’éthique, de la culture, et de la liberté humaine. En bref, il doit être la voix qui rappelle, sans cesse, que l’humain doit rester au cœur de nos débats, au cœur de nos sociétés.

Mohamed Amine EL Mouatarif

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