18/03/2026
Master Class Droit et économie
Les Chemins de la thèse
Intervention du professeur Nadia Bernoussi
Mercredi 04 février 2026
Nadia Bernoussi a commencé son intervention en évoquant la relation Doctorant-encadrant : « Ce qui compte dans le choix de l’encadrant, ce n’est pas son positionnement théorique ou politique mais sa compétence, sa disponibilité et sa proximité avec le sujet. Ce que j’ai retenu de mon premier encadrant (Jean-Claude Martinez, connu pour ses idées de droite) pour ma thèse de doctorat en Droit public soutenue à l’université de Montpellier en 1985 sur « La jurisprudence de la chambre constitutionnelle de la Cour suprême » c’est trois choses : le plan « à la française » (deux à trois parties), la technique des fiches de lecture (résumés et synthèses) et la rapidité dans l’exécution des taches de recherche. Abdellah Saaf, qui a encadré ma thèse intitulée « Le contrôle de constitutionnalité au Maghreb . Essai d’interprétation de l’action de organes de contrôle en Algérie, au Maroc et en Tunisie » que j’ai soutenue à l’université Mohammed V de Rabat en 1998, est à l’opposé de J.-C. Martinez au niveau de ses positions théoriques et politiques. J’ai appris de lui qu’il faut prendre son temps, approfondir les choses et établir avec beaucoup de soin la bibliographie. Pour mes travaux j’ai consulté trois types de références : théorie constitutionnelle, jurisprudence, droit constitutionnel comparé». J’ai adopté dans ma thèse un plan en deux parties. La première partie a pour titre « l’exercice du contrôle » et comprend deux chapitres : « la régulation des pouvoirs publics » et « la protection des droits et libertés ». La deuxième partie est intitulée « les limites du contrôle » avec deux chapitres également : « les limites juridiques » et « les limites socio-politiques » .
« Pas la couleur, rien que la nuance », par cette formule de Paul Verlaine Nadia Bernoussi invite les doctorants à être précis dans la formulation du sujet, de la problématique, dans l’énonciation des titres, sous-titres (éviter des titres journalistiques, ou des titres comportant des verbes). Il fait nuances ses propos, ne pas être frontal ou cassant. Les idées doivent être avancées avec rigueur en utilisant le registre juridique et scientifique. Une thèse en droit n’est pas un article de presse ».
Dans le processus de thèse le choix du sujet est aussi important que le choix de l’encadrant. Qui choisit le sujet? A quel moment? Dans quel domaine? Quel type de sujets? « C’est vous qui devez choisir votre sujet de thèse en fonction de vos préférences de vos ressources et d’autres paramètres personnels ». « Il faut éviter les sujets trop larges, les sujets déjà traités, les sujets trop théoriques et, en droit, une loi qui vient d’être promulguée ».
Une fois le sujet arrêté, on entreprend le travail de recherche bibliographique : recensement des références pertinentes, dépouillement, organisation (dossiers, fiches).
La problématique, qui n’est pas réductible à un ou à une série de problèmes, est la manière dont les questions sont posées et formulées. Un même sujet peut comporter plusieurs problématiques différentes qui se déclinent sur le mode « comment, en quoi, dans quelle mesure? ». Exemple : le thème de « l’abolition de la peine de mort » pourrait être problématisée de la façon suivante : « Dans quelle mesure l’abolition de la peine de mort répond-elle aux exigences éthiques et juridiques du droit à la vie? ». Une problématique implique de délimiter le sujet dans le temps et l’espace et de justifier les choix méthodologiques.
Le plan « tient la main à la problématique », il n’est jamais définitif et évolue avec le travail de recherche. Plusieurs types : plan descriptif, historique (avant, après l’indépendance), comparatif, plan problématique, ce dernier étant le plus indiqué. La structure du plan se décline en parties, titres, chapitres, sections, paragraphes, points et sous-points. L’introduction est importante, d’emblée elle « amène » le sujet, déploie le processus de la thèse « par cercles concentriques » (problématique, approche, méthode, limites du sujet) et « annonce » le plan rédactionnel. La conclusion « est faite pour ramasser la thèse », c’est-dire rappeler les points clés du travail accompli et « ouvrir une perspective ». La rédaction doit privilégier la simplicité (« Less is more »), on doit éviter le « remplissage », les « envolées lyriques », les formules « émotionnelles », les « impropriétés ». Enfin la bibliographie doit être rigoureuse et précise et on ne doit mentionner que les « références lues ». Les « notes de bas de page » ont pour but d’apporter des précisions supplémentaires ou de faire des commentaires utiles sans alourdir le corps du texte.
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