29/08/2026
⚠️POINT DE VIGILANCE N° 10
Une nouvelle aggravation des tensions à Ceuta : violences, exposition des mineurs, intimidations et entrave à l’aide humanitaire
🕰Période couverte : du 24 août 2026 à 12h00 au 27 août 2026 à 21h00
➡️Contexte
Dans le cadre de la poursuite de son monitoring de la situation à Ceuta et de ses conséquences en matière de droits humains, de discriminations et de protection des personnes vulnérables, le Conseil Civil de Lutte contre toutes les formes de Discrimination (CCLD), à l’initiative de l’Institut Prometheus pour la Démocratie et les Droits Humains (IPDDH), relève une aggravation préoccupante du climat de tension et de violence au cours de la période considérée.
Les éléments suivis font apparaître, d’une part, des allégations persistantes concernant des usages excessifs de la force et des violences à l’encontre de personnes ayant effectué la traversée, y compris des mineurs, et, d’autre part, une multiplication de scènes de poursuite, d’intimidation et de violences impliquant également des personnes civiles.
Le monitoring relève par ailleurs une dégradation des conditions de sécurité autour de certains lieux de regroupement et d’hébergement informel, allant jusqu’à la destruction et l’incendie d’abris ainsi qu’à l’entrave ponctuelle à l’accès de l’aide humanitaire.
Dans ce contexte, nous considérons que la protection effective de toutes les personnes présentes à Ceuta, quelle que soit leur nationalité ou leur situation administrative, doit redevenir une priorité immédiate, et appelle à l’ouverture d’enquêtes impartiales sur les faits les plus graves rapportés.
1️⃣Des allégations préoccupantes d’usage excessif de la force, y compris à l’encontre de mineurs
Depuis le 24 août, le monitoring a relevé plusieurs témoignages et contenus audiovisuels faisant état de scènes de violences impliquant des personnes ayant effectué la traversée et des agents des autorités espagnoles.
Plusieurs jeunes hommes apparaissent blessés après des interventions présentées comme impliquant un usage excessif de la force. Certains témoignages font état de blessures importantes, notamment au niveau des mains et des pieds, voire de fractures. Des mineurs figureraient également parmi les personnes concernées.
Le monitoring a également relevé des scènes de poursuite dans les rues de Ceuta, notamment durant la nuit et aux premières heures de la matinée.
Ces éléments, lorsqu'ils n'ont pas pu être vérifiés indépendamment, mais leur gravité justifie néanmoins, selon nous, qu'ils ne soient pas écartés sans examen.
Nous appelons ainsi les autorités espagnoles à ouvrir des enquêtes impartiales et transparentes sur les plaintes faisant état d'un usage disproportionné de la force, à identifier les personnes impliquées, à entendre les victimes et les témoins potentiels et, lorsque les faits sont établis, à engager les responsabilités appropriées.
Nous rappelons que la situation administrative d'une personne ne saurait justifier une atteinte à son intégrité physique ou à sa dignité.
2️⃣Un incident préoccupant signalé dans le quartier de Sardinero
Parmi les situations nécessitant une attention particulière figure un incident qui, selon plusieurs témoignages suivis dans le cadre du monitoring, se serait produit dans la matinée du 27 août dans le quartier de Sardinero.
Selon ces témoignages, un agent espagnol aurait confisqué le téléphone d'un mineur avant de le frapper. Les cris du jeune homme auraient été entendus par plusieurs habitants du quartier, dont certains pourraient être susceptibles de fournir des témoignages utiles à l'établissement des faits.
À ce stade, nous ne préjugeons ni de la réalité exacte des faits ni de la responsabilité de la personne mise en cause. Nous demandons néanmoins qu'une enquête indépendante, impartiale et transparente soit ouverte, que les éventuels témoins soient identifiés et entendus et que les images ou autres éléments de preuve disponibles soient préservés.
Toute personne, quelle que soit sa nationalité, son âge ou sa situation administrative, doit bénéficier d'une protection effective de son intégrité physique et de sa dignité.
3️⃣Des violences jusque dans ou aux abords des lieux d'accueil
Le monitoring a également relevé une vidéo montrant un jeune homme allongé au sol et frappé au visage, jusqu'à perdre connaissance, devant l'entrée d'un CETI.
La seule présence d'un dispositif d'accueil ne saurait être considérée comme une garantie suffisante de protection si des personnes peuvent y être agressées ou poursuivies.
Nous appelons donc à ce que les autorités compétentes vérifient les circonstances de cette scène, identifient les personnes impliquées et évaluent les conditions de sécurité effectivement assurées autour et à l'intérieur des dispositifs d'accueil.
Nous avons également reçu des informations faisant état de vols d'argent et de téléphones dont certaines personnes auraient été victimes sans avoir pu, selon leurs témoignages, accéder effectivement à une protection ou à un recours.
Ces éléments doivent également faire l'objet d'une réponse appropriée.
4️⃣Une multiplication des poursuites et des intimidations
Le monitoring relève depuis le 25 août une multiplication de scènes de poursuite dans différents espaces de Ceuta, particulièrement t**d dans la nuit et à l'aube.
En effet, le 26 août au soir, des contenus suivis par le monitoring montrent notamment des personnes cagoulées poursuivant des personnes présentées comme des « jeunes migrants ».
Nous sommes particulièrement préoccupés par cette évolution, qui peut créer un climat d'intimidation permanente et favoriser des violences de groupe ou des actes de représailles.
Nous appelons les autorités à garantir la sécurité des personnes présentes dans l'espace public et à empêcher que cette situation exceptionnelle ne donne lieu à des actions individuelles ou collectives en dehors du cadre légal.
5️⃣Des violences civiles et une montée préoccupante du racisme
Le 27 août, des tensions particulièrement graves ont été observées autour des plages de Benítez et du Trampolín.
En effet, des habitants avaient bloqué pendant plusieurs heures l'accès d'un véhicule de la Croix-Rouge chargé de distribuer des denrées alimentaires aux personnes présentes sur la plage du Trampolín. Des manifestants ont ensuite pénétré dans des zones d'installation informelle et détruit des biens et des abris, certains ayant été incendiés.
Nous considèrons que ces faits constituent un seuil particulièrement préoccupant dans l'évolution de la situation.
L'opposition à la politique migratoire ou l'expression de préoccupations concernant les conséquences de la crise ne peuvent en aucun cas justifier les agressions physiques, les destructions de biens, l'intimidation de personnes vulnérables ou l'entrave à l'accès à l'aide humanitaire.
Le droit à l'aide humanitaire ne peut dépendre de l'origine, de la nationalité ou du statut administratif des personnes qui en ont besoin.
6️⃣La réapparition signalée de groupes radicaux : un risque accru pour les personnes vulnérables
Le monitoring a également relevé des informations faisant état de la présence à nouveau, dans le contexte des manifestations, de membres du groupuscule espagnol Núcleo Nacional, (déjà signalé dans un précédent point de vigilance).
Des informations et contenus circulant en ligne présentent par ailleurs des groupes de personnes se rendant sur les lieux de regroupement des personnes ayant effectué la traversée dans une logique de confrontation ou de « chasse ».
Nous nous inquiètons particulièrement du risque que cette mobilisation de groupes radicaux fasse peser sur les personnes les plus vulnérables, notamment les mineurs et les personnes dormant dans des abris précaires.
La multiplication de discours racistes ou déshumanisants, associée à des appels implicites ou explicites à la poursuite de personnes, est susceptible de favoriser un passage du discours à l'acte et d'aggraver fortement les risques de violences.
7️⃣Des mineurs exposés à une situation de violence croissante
Le monitoring a relevé la présence de mineurs parmi les personnes exposées aux poursuites et aux violences rapportées au cours de cette période.
Cette situation est particulièrement préoccupante compte tenu de la vulnérabilité particulière des enfants et adolescents, dont certains se trouvent sans accompagnement familial et dans des conditions d'hébergement précaires.
Nous rappelons que l'intérêt supérieur de l'enfant doit demeurer une considération primordiale dans toute décision ou intervention les concernant.
Nous appelons ainsi, les autorités espagnoles à renforcer immédiatement les dispositifs de protection des mineurs, à prévenir leur exposition à des violences de rue et à garantir leur accès à un hébergement sûr, à des soins et à un accompagnement psychosocial et juridique adapté.
8️⃣Un incident grave nécessitant des vérifications : chute d'une personne depuis une hauteur
Le 27 août, le monitoring a reçu des informations relatives à la chute d'une personne depuis une hauteur importante, qui se serait trouvée dans un état critique.
Selon certains témoignages recueillis ou relayés sur place, cette chute serait intervenue à la suite d'une altercation impliquant des militaires espagnols.
Nous ne disposons pas, à ce stade, d'éléments permettant d'établir ce lien de causalité, mais compte tenu de la gravité de l'incident, nous appelons néanmoins les autorités compétentes à établir précisément les circonstances de cette chute, à identifier les éventuels témoins et à déterminer si une intervention des forces de sécurité a précédé ou accompagné les faits.
9️⃣La destruction et l'incendie d'abris : un nouveau seuil d'alerte
Le 27 août, plusieurs contenus et informations ont fait état de violences commises par des personnes civiles contre les personnes présentes sur les plages, ainsi que de la destruction d'abris temporaires.
Des sources médiatiques ont confirmé que des manifestants avaient pénétré dans des installations informelles à Benítez et avaient détruit puis incendié des biens et des abris.
Nous considérons que l'incendie d'abris occupés par des personnes vulnérables constitue un acte particulièrement grave, compte tenu du risque direct pour leur vie et leur intégrité physique.
Nous demandons que les circonstances de ces incendies soient établies, que les auteurs soient identifiés lorsque cela est possible et que les personnes exposées bénéficient immédiatement d'une protection et d'un hébergement alternatif.
🔟La désinformation comme facteur supplémentaire d'inquiétude
Le monitoring a également relevé la circulation sur WhatsApp et les réseaux sociaux d'une prétendue « note d'information » annonçant un transfert massif de personnes vers la caserne Fischer et l'ancienne minoterie.
Cette information a été démentie et présentée comme fausse sur le plan officiel.
Nous appelons à une vigilance particulière face à la circulation de documents, communiqués ou « notes » non authentifiés.
Dans un contexte déjà marqué par la peur, la tension et la circulation de nombreuses informations contradictoires, les contenus falsifiés ou non vérifiés peuvent provoquer des mouvements de panique, accroître les tensions et exposer davantage les personnes vulnérables.
Nous appelons les institutions, les médias et les utilisateurs des réseaux sociaux à vérifier l'origine des documents avant leur diffusion et à privilégier les informations provenant de sources officielles ou dûment vérifiées.
1️⃣1️⃣Une nouvelle étape dans la réforme du droit d'asile et du droit des étrangers : associer la société civile
Le 25 août, le Conseil des ministres espagnol a approuvé en première lecture un avant-projet de nouvelle loi sur l'asile ainsi qu'un avant-projet de réforme de la loi organique relative aux droits et libertés des étrangers en Espagne. Le Gouvernement indique que ces textes visent notamment à adapter le droit espagnol au Pacte européen sur la migration et l'asile et à renforcer les garanties juridiques des personnes sollicitant une protection internationale.
Nous appelons à ce que les réformes annoncées de la législation espagnole relative à l’asile et aux étrangers soient pleinement conformes aux normes internationales en matière de droits humains et de protection internationale. Ces réformes ne devraient pas être conçues ou orientées en réaction aux événements récents survenus à Ceuta, ni conduire à restreindre les garanties fondamentales applicables aux personnes en quête de protection.
Nous appelons aussi à une participation effective de la société civile, des organisations de défense des droits humains et des acteurs spécialisés dans l'asile et la protection des personnes vulnérables au processus de consultation.
Les nouvelles dispositions devront notamment garantir l'accès effectif à la protection internationale, l'examen individuel des situations, les garanties procédurales et la protection particulière due aux mineurs et aux personnes vulnérables.
1️⃣2️⃣Pour une protection immédiate face à une aggravation du climat de violence
Les éléments relevés au cours de cette période nous conduisent à considérer que la situation atteint un niveau de tension particulièrement préoccupant depuis le début du monitoring.
Nous observons simultanément :
* des allégations répétées d'usage excessif de la force ;
* des personnes blessées, y compris des mineurs ;
* des poursuites et intimidations dans l'espace public ;
* des violences commises ou alléguées par des personnes civiles ;
* la présence signalée de groupes radicaux ;
* la destruction et l'incendie d'abris ;
* l'entrave ponctuelle à l'accès de l'aide humanitaire ;
* la circulation de contenus désinformatifs ;
* et une exposition accrue des personnes les plus vulnérables.
Cette accumulation constitue un risque sérieux de banalisation de la violence et de la discrimination.
Nous appelons donc les autorités espagnoles à assurer immédiatement la protection des personnes présentes à Ceuta, à enquêter sur toute allégation crédible de violence, à garantir l'accès à l'aide humanitaire et à empêcher les actions de groupes ou d'individus cherchant à se substituer aux autorités dans la gestion de la situation.
Nous rappelons également que la protection des personnes ne saurait être subordonnée à leur statut administratif.
➡️Point de vigilance transversal
Nous considérons que la situation observée entre le 24 et le 27 août marque une aggravation préoccupante du climat de violence et d'intimidation à Ceuta.
La réponse à une situation migratoire exceptionnelle ne peut reposer sur la tolérance, explicite ou implicite, de violences commises par des particuliers, ni sur un usage disproportionné de la force par les autorités.
Nous appelons à une réponse fondée sur trois impératifs immédiats : protéger, enquêter et prévenir.
Protéger les personnes exposées, en particulier les mineurs et les personnes vivant dans des conditions précaires.
Enquêter de manière impartiale sur toute allégation de violence, qu'elle implique des agents publics, des groupes organisés ou des personnes civiles.
Prévenir enfin la poursuite de la spirale de violence, de racisme, d'intimidation et de représailles qui menace désormais de dépasser la seule question de la gestion des traversées.
La situation à Ceuta ne peut être traitée comme un espace où les garanties fondamentales seraient suspendues par l'exception. Les obligations en matière de droits humains demeurent pleinement applicables, y compris dans un contexte de forte tension et de pression sur les services publics.
➡️Note méthodologique
Le présent Point de vigilance s'inscrit dans le cadre du monitoring continu réalisé par le CCLD depuis le 29 juillet 2026 sur la situation à Ceuta et dans les zones concernées par les traversées, les retours et la prise en charge des personnes concernées.
Pour la période couverte, le monitoring s'appuie notamment sur des contenus audiovisuels diffusés en ligne, des publications sur les réseaux sociaux, des informations issues de médias espagnols et marocains ainsi que des témoignages et informations recueillis ou relayés depuis le terrain.
Les informations rapportées ont fait l'objet, dans la mesure du possible, d'un recoupement avec plusieurs sources disponibles. Les éléments qui n'ont pas pu faire l'objet d'une vérification indépendante sont présentés comme des allégations, témoignages, informations rapportées ou contenus présentés comme tels.
Le monitoring ne préjuge pas de la responsabilité des personnes, groupes ou institutions mentionnés. Il vise à identifier les tendances, les risques et les situations nécessitant une attention particulière en matière de droits humains, de discrimination et de protection des personnes vulnérables. Il ne se substitue ni aux enquêtes judiciaires, ni aux mécanismes officiels d'établissement des faits.