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D'une pionnière française de la frontière américaine au pape Léon XIV : la longue histoire de la mission par soeur Lyn O...
24/10/2026

D'une pionnière française de la frontière américaine au pape Léon XIV : la longue histoire de la mission par soeur Lyn Osiek: par Marie-Lucile Kubacki

Saint Louis - Pionnière de l'éducation catholique sur la frontière américaine, Philippine Duchesne a implanté la Société du Sacré-Cœur aux États-Unis en 1818. Son parcours s'inscrit dans l'histoire missionnaire plus vaste qui a façonné le catholicisme américain, très marqué dans ses origines par l’influence française. Cette histoire trouve aujourd'hui un écho dans l'itinéraire du pape Léon XIV, de Chicago au Pérou, puis à Rome.

Fides a rencontré à Saint-Louis Sœur Carolyn Osiek, RSCJ, pour revenir sur cet héritage, ses réussites comme ses pages douloureuses, dont l'esclavage. Spécialiste du Nouveau Testament et ancienne archiviste de la province États-Unis-Canada de la Société du Sacré-Cœur, elle a eu Robert Francis Prevost pour étudiant à la Catholic Theological Union de Chicago. Son témoignage relie les défis affrontés par les missionnaires du XIXe siècle à la formation interculturelle du premier pape nord-américain.

Comment Philippine Duchesne a-t-elle contribué à la vie de l'Église sur une frontière américaine marquée par une grande diversité culturelle ?

Sœur Carolyn Osiek : Tout d'abord, elle s'inscrivait dans un mouvement plus large. À la fin du XIXe siècle, la majorité des missionnaires catholiques dans le monde étaient français. Par ailleurs, elle avait été inspirée par les récits de prêtres revenus d'Amérique du Nord, de Chine et d'autres régions. Elle voulait d'abord partir pour la Chine, puis pour le Canada, avant d'avoir enfin l'occasion de venir en Amérique du Nord. Elle est arrivée en 1818 ; le Missouri est devenu un État en 1821. Philippine ne pensait pas venir aux États-Unis : elle croyait rejoindre la civilisation coloniale française de la vallée du Mississippi. Elle s'intéressait avant tout aux Amérindiens, mais ce désir a été contrarié, car elle n'a guère pu passer de temps auprès d'eux. Sur le plan de la diversité culturelle, elle ne s'est jamais sentie à l'aise en anglais, ce qui a été pour elle un obstacle majeur. Au cours de ses premières années dans le Missouri, le français a rapidement cédé la place à l'anglais. Des habitants de l'Est des États-Unis venaient s'installer dans la vallée du Mississippi, et elle n'était pas préparée à cette population. Au lieu de réaliser son rêve, gagner la frontière où elle pensait trouver des Amérindiens, elle s'est donc retrouvée dans une ville frontalière en plein essor, avec des enfants français et anglo-américains à sa charge. Elle a eu énormément de mal à faire face à cette diversité culturelle.

Comment a-t-elle réagi ?

Sœur Carolyn Osiek : Elle a suivi le modèle de la Société du Sacré-Cœur, fondée peu de temps auparavant en France, qui reposait sur les pensionnats européens de jeunes filles. Ce modèle comprenait la distinction entre religieuses de chœur et sœurs coadjutrices. L'évêque l'avait avertie que cela ne fonctionnerait pas dans le Missouri, mais elle a maintenu cet usage français, qui s'est pourtant révélé inadapté. Dans ces contextes coloniaux, on avait un besoin urgent de prêtres et de religieux. De nombreuses communautés ont pris leur autonomie vis-à-vis de leur maison mère européenne, mais Philippine s'y est refusée. Il lui arrivait d'attendre jusqu'à six mois une réponse de Madeleine-Sophie Barat, la supérieure générale en France, au grand dam de l'évêque. Le maintien de ces liens a contribué à faire de nous une congrégation internationale, présente aujourd'hui dans quarante et un pays.

Qu'est-ce que sa mission éducative, commencée à St. Charles, peut apporter aujourd'hui à l'Église aux États-Unis ?

Sœur Carolyn Osiek : Les religieuses ont participé à la colonisation et au développement de nouvelles régions surtout à travers les écoles et les hôpitaux. Les hôpitaux ne faisaient pas partie de la mission de la Société du Sacré-Cœur, qui s'exprimait par l'éducation. Le modèle européen distinguait les pensionnats destinés aux classes supérieures et les écoles gratuites pour les pauvres. Philippine avait grandi avec cette distinction, bien que sa famille fût bourgeoise. Elle a fondé les deux types d'établissements, mais une formule intermédiaire était nécessaire. Les externats payants, qui apparaissaient aussi en Europe, posaient un nouveau défi. Son œuvre s'inscrit dans l'héritage considérable et toujours vivant de l'éducation catholique aux États-Unis et au Canada, dont sont finalement issues de grandes universités. Je crois que cela reste une contribution singulière. Avec un nouveau pape et une nouvelle voix magistérielle, l'accent mis sur la dignité humaine et sur la doctrine sociale de l'Église compte plus que jamais. Philippine a participé aux débuts de cet engagement.

Comment comprendre son désir de vivre auprès des peuples autochtones à la lumière des blessures infligées par l'histoire coloniale ?

Sœur Carolyn Osiek : Elle a pris part à cette histoire sans intention de blesser. Lorsqu'elle est arrivée dans le Missouri, les Amérindiens avaient déjà été en grande partie repoussés vers l'ouest, loin de Saint-Louis et de St. Charles, ce qui a contrarié son espoir de travailler parmi eux. Le déplacement forcé des Amérindiens est un élément central de l'histoire américaine. On les a chassés des terres cultivables vers des zones où l'on pouvait les cantonner et les évangéliser, toujours selon le bon vouloir des Blancs. Philippine a rejoint la mission potawatomie de Sugar Creek, au Kansas, en 1841. En 1848, les Potawatomis avaient de nouveau été chassés. Les Religieuses du Sacré-Cœur les ont suivis à St. Mary's, avant qu'ils ne finissent par se disperser. Nous associons les Potawatomis au Kansas, mais ils venaient de l'Indiana et de régions situées bien plus à l'est. Les jésuites avec qui Philippine travaillait cherchaient à évangéliser, à former de bons catholiques. Elle partageait cet objectif, avec beaucoup d'amour. Malgré ses difficultés avec les langues, elle a étudié le potawatomi et a recopié le Notre Père en entier dans une lettre à son frère. Selon des témoins oculaires, on l'appelait « la femme qui prie toujours ». À l'arrivée des sœurs, en 1841, une bonne moitié de la tribu était déjà catholique. Leur travail consistait donc moins à prêcher à des non-convertis qu'à développer la formation spirituelle. Vue d'aujourd'hui, c'est une histoire contrastée.

Quel regard portait-elle sur les peuples autochtones?

Sœur Carolyn Osiek : Je pense que sa vision était idéalisée. En France, en 1806, elle décrivait une vision, une image rêvée d'elle-même entourée d'enfants à la peau sombre. Cela révèle ses attentes romantiques : elle imaginait combien cette expérience serait merveilleuse. À Sugar Creek, les conditions de vie étaient rudes, pour les Autochtones comme pour les sœurs. Pourtant, elle aimait vivre dans le dénuement matériel : cela faisait partie de ce à quoi elle s'attendait.

Et Lucile Mathevon, la supérieure de Sugar Creek ?

Sœur Carolyn Osiek : Je lui ai consacré une courte biographie. Française, elle est arrivée en 1822 avec Anna Murphy, qui est partie pour la Louisiane. Lucile a été supérieure à St. Charles pendant plusieurs années, puis a dirigé la mission potawatomie, où elle a passé le reste de sa vie : trente-cinq ans dans un dénuement extrême. Philippine, qui n'y a passé qu'un an, attire toute l'attention. D'autres sont venues puis reparties ; Lucile, elle, est restée. Son dévouement a été héroïque. Nous conservons ses récits manuscrits du voyage et des débuts de la mission. Pragmatique, énergique, bonne conteuse, elle était aussi une organisatrice très efficace.

J'ai appris que votre congrégation avait mené un travail sur sa propre histoire et ses liens avec l'esclavage. Que pouvez-vous me dire de cette démarche de recherche historique et de mémoire, à Saint-Louis et ailleurs : dans quel esprit a-t-elle été menée, et qu'a-t-elle permis de réaliser?

Sœur Carolyn Osiek : Nous avons commencé ce travail en 2016. Le 23 septembre 2018, nous avons organisé un événement important à Grand Coteau, en Louisiane. Une cinquantaine de descendants des personnes qui avaient été réduites en esclavage chez nous y sont venus. Une vidéo d'une douzaine de minutes, disponible sur notre site internet, retrace l'ensemble de la démarche. Nous tenions vraiment à le faire. Tout l'événement a été préparé par un comité de descendants, et non par nous, car nous voulions qu'il se déroule comme ils le souhaitaient. Une sœur de Californie, généalogiste amatrice, reste en contact avec les descendants. Elle va même jusqu'à les présenter les uns aux autres lorsqu'ils ignoraient qu'ils étaient apparentés. Nous avons aussi une bourse d'études destinée à un élève afro-américain de Grand Coteau. Voilà, pour l'instant, l'essentiel.

Que retenez-vous de cette journée ?

Sœur Carolyn Osiek : Le rassemblement a eu lieu en Louisiane parce que la situation y était différente de celle du Missouri. Dans le Missouri, nous ne pouvons attester, je crois, que la présence de sept personnes esclavisées. À Grand Coteau, en revanche, il y avait une plantation où vivaient des familles réduites en esclavage. Après l'émancipation, en 1865, certains de ces noms de famille réapparaissent dans les registres comptables, comme ceux de travailleurs rémunérés, ce qui montre que ces familles sont restées sur place. Au début, tout le monde se montrait prudent. Dans l'église paroissiale, notre provinciale a lu un message de bienvenue et présenté des excuses. Nous avons découvert que ce qui comptait le plus pour les descendants, c'était que l'on reconnaisse la contribution de leurs ancêtres : sans eux, nous n'aurions pas pu accomplir ce que nous avons accompli. Nous nous sommes ensuite rendus en procession au cimetière paroissial, où nous avions érigé un monument portant les noms des personnes esclavisées qui, selon nous, y sont enterrées. Le cimetière du couvent était réservé aux sœurs. Les registres paroissiaux ont été d'une aide inestimable pour identifier les parents, les parrains et marraines, ainsi que les sépultures. Il y a eu des prières et des chants devant le monument, puis un dîner à l'école et une cérémonie dans sa chapelle.

En quoi la formation théologique du pape Léon XIV peut-elle éclairer ses priorités ?

Sœur Carolyn Osiek : La Catholic Theological Union, où il a étudié, a vu le jour en 1968 à titre expérimental. Des ordres religieux masculins ont fermé leurs séminaires situés à la campagne pour installer leur formation en milieu urbain. Dans le sillage de Vatican II, la ville était vue comme le lieu où s'engager dans la vie de l'Église et auprès de son peuple, ensemble et non dans l'isolement. La Société du Verbe Divin y a fait venir des étudiants du monde entier. L'internationalité, la compréhension interculturelle et la mission y tenaient une place centrale. Les professeurs se sont confrontés à une question théologique fondamentale : si Dieu est présent dans toute la société et dans l'humanité entière, pourquoi partir annoncer l'Évangile ? Qu'avons-nous de plus à apporter ? Les augustins étaient profondément engagés dans leur mission au Pérou, où Bob a exercé son ministère comme jeune prêtre. Dès le début, il a montré une aptitude à vivre au sein d'autres cultures et à y incarner sa mission. Je pense que cela a été un élément important de sa formation. Est-il américain ou péruvien ? Il n'y a pas de réponse tranchée, et je crois que c'est une bonne chose. Lorsque je me suis rendue dans sa paroisse de Trujillo, au Pérou, je l'ai vu à l'œuvre. Il avait déjà cette souplesse et cette capacité d'écoute qui comptent toujours, je crois, parmi ses qualités distinctives.

par Marie-Lucile Kubacki Saint Louis (Agence Fides) - Pionnière de l'éducation catholique sur l

ASIE/BAHREÏN - 24 octobre : les martyrs de Najran, un souvenir qui unit les chrétiens d’Arabie: Awali – Pendant des sièc...
24/10/2026

ASIE/BAHREÏN - 24 octobre : les martyrs de Najran, un souvenir qui unit les chrétiens d’Arabie: Awali – Pendant des siècles, leur mémoire est restée en marge de l’histoire. Aujourd’hui, en revanche, les martyrs de Najran occupent à nouveau une place de plus en plus importante dans la vie de l’Église de la péninsule arabique. Leur fête, célébrée le 24 octobre, est désormais une commémoration obligatoire dans les deux vicariats apostoliques de la région, avec l’approbation du Saint-Siège . Et leur témoignage, redécouvert après le Grand Jubilé de 2023-2024 marquant le 1 500e anniversaire de leur martyre , devient également un point de rencontre entre les communautés catholiques et orthodoxes. Cette célébration a ainsi trouvé sa place de manière permanente dans les calendriers propres aux vicariats, aux côtés de la solennité de Notre-Dame d’Arabie, patronne principale de la péninsule arabique.

C’est ce que rappelle à l’Agence Fides un document partagé par la Confrérie de sainte Areta et des compagnons martyrs, dont le promoteur et guide épiscopal est Mgr Aldo Berardi, O.SS.T., Vicaire Apostolique d’Arabie du Nord , qui comprend Bahreïn, le Qatar, le Koweït et l’Arabie saoudite.

Leur histoire, malgré la relative rareté des sources historiques, a fait l’objet d’un regain d’intérêt ces dernières années, tant dans la région qu’au sein du monde chrétien. La mémoire de ces témoins de la foi est ainsi redevenue connue, célébrée et invoquée. Leur présence dans la vie de l’Église locale prend ainsi une forme durable. Pour les chrétiens qui vivent aujourd’hui ou qui arrivent dans la péninsule arabique, sainte Areta et ses compagnons ne sont pas seulement des noms liés à l’histoire ancienne, mais des témoins auxquels confier leur cheminement de foi. La redécouverte des martyrs de Najran dépasse d’ailleurs les frontières de la péninsule arabique.

Leur témoignage revêt aujourd’hui une signification particulière, notamment dans le cheminement vers l’unité des chrétiens. À Oman, une église orthodoxe a été dédiée à Saint Aréthas. Ce geste constitue une expression concrète du patrimoine chrétien commun qui unit les différentes traditions ecclésiales présentes dans le Golfe. Un autre moment significatif a eu lieu cet été, lorsque, à l’invitation du Patriarche œcuménique de Constantinople, Sa Sainteté Bartholomée Ier, Mgr Aldo Berardi et une délégation de prêtres orthodoxes et catholiques venus du Koweït ont effectué un pèlerinage au Mont Athos . Ce pèlerinage a été l’occasion de prière et de fraternité, mais aussi de redécouverte d’un héritage chrétien commun. La délégation a visité plusieurs monastères où saint Areta est vénéré depuis des siècles, comme en témoignent les fresques anciennes représentant le martyr. La rencontre avec les moines orthodoxes gardiens de la relique du crâne de Saint Aréthas a revêtu une importance particulière. La relique sacrée a été exposée à la vénération de la délégation. De telles rencontres montrent que les martyrs de Najran n’appartiennent pas exclusivement à une seule communauté ou tradition ecclésiale. Leur mémoire est partagée par des chrétiens de différentes confessions, unis par la vénération de leur fidélité au Christ et par le don de leur vie accompli au nom de la foi.

Dans le dialogue entre les Églises, et en particulier dans les relations entre catholiques et orthodoxes, l’histoire des martyrs arabes montre comment une mémoire commune peut ouvrir la voie à une meilleure connaissance réciproque, à l’amitié et à la communion. Les saints peuvent devenir des ponts. Leur mémoire peut faire ressortir ce que les différentes traditions chrétiennes ont reçu ensemble et qui précède les divisions de l’histoire. C’est là aussi l’un des messages que Saint Aréthas et ses compagnons transmettent aux chrétiens d’aujourd’hui. Leur témoignage rappelle avant tout que le christianisme dans la péninsule arabique n’est pas une réalité récente. Ses racines plongent dans les premiers siècles de l’Église. Il rappelle en outre que le sang des martyrs est la semence de l’Église. La foi pour laquelle Saint Aréthas et ses compagnons ont donné leur vie continue en effet d’être vécue sur les mêmes terres où ils ont rendu témoignage au Christ. Et c’est peut-être là que réside l’un des aspects les plus actuels de leur mémoire : ce qui unit les chrétiens est plus ancien et plus profond que ce qui les sépare encore.

La célébration des martyrs revêt une signification particulière alors même que la violence et l’instabilité continuent d’affliger certaines zones de l’Arabie du Sud. L’Église confie donc Najran et les régions environnantes à l’intercession des martyrs, en implorant la paix, la réconciliation et la protection pour tous ceux qui vivent sur ces terres. Que Najran, lieu marqué il y a quinze siècles par le témoignage d’hommes et de femmes qui ont préféré donner leur vie plutôt que de renier leur foi, puisse redevenir un lieu de paix, de fraternité et d’harmonie. Pour tous ceux qui, aujourd’hui, vivent et témoignent de l’Évangile dans le Golfe, – peut-on lire dans le document de la Confrérie –, les martyrs de Najran peuvent être non seulement des figures d’un passé lointain, mais aussi des compagnons de route et des intercesseurs.

Awali (Agence Fides) – Pendant des siècles, leur mémoire est restée en marge de l’histoire. A

ASIE/MYANMAR - À Loikaw, l'Église renaît parmi les déplacés : Les difficultés s'accroissent, mais la foi grandit aussi, ...
24/10/2026

ASIE/MYANMAR - À Loikaw, l'Église renaît parmi les déplacés : Les difficultés s'accroissent, mais la foi grandit aussi, affirme le Vicaire général: par Paolo Affatato

Loikaw – Au début, seules quelques personnes se rendaient à la cathédrale. Puis, peu à peu, la nouvelle s’est répandue dans les villages et parmi les familles dispersées par la guerre : le prêtre était de retour, la vie pastorale reprenait, la communauté pouvait à nouveau se retrouver. Aujourd’hui, raconte le père Marko Phe Bya, vicaire général du diocèse de Loikaw et curé de la cathédrale du Christ-Roi, environ 500 fidèles assistent à la messe chaque dimanche. « Lorsqu’ils ont compris que la vie pastorale de l’Église reprenait son cours en ce lieu, le cœur du diocèse, ils sont revenus. C’est extraordinaire : les gens ont une foi inébranlable », raconte le vicaire, que l’Agence Fides a rencontré en marge du Forum international de l’Action catholique , qui s’est tenu à Rome ces derniers jours.

L'histoire de cette reprise est étroitement liée à celle de la guerre civile qui, depuis le coup d'État militaire de février 2021, secoue le Myanmar. Dans l'État de Kayah , également connu sous le nom d'« État Karenni », les combats et les bombardements ont contraint des communautés entières à abandonner leurs foyers. L’Église de Loikaw a directement subi les conséquences du conflit : en novembre 2023, les militaires ont occupé le complexe de la cathédrale du Christ-Roi et le Centre pastoral diocésain, contraignant l’Évêque Celso Ba Shwe, les prêtres, les religieuses et les fidèles à quitter les lieux. La cathédrale a alors été utilisée comme base militaire.
Le père Marko Phe Bya se souvient de cette période comme d’une douloureuse interruption de la vie ecclésiale : « En 2023, nous avons tous été contraints d’abandonner notre centre pastoral, car les soldats nous en ont expulsés. Tous les prêtres, les Évêques, les religieuses : nous avons été contraints de partir. » Pendant longtemps, la cathédrale est restée sans curé et le centre pastoral était occupé. Le père Marko est revenu en septembre 2025 : « L’église était un peu abîmée et présentait des dégâts, mais rien de grave. Nous avions emporté avec nous les registres paroissiaux, les registres de baptême et les autres documents dans un autre lieu pour les mettre à l’abri. »

Ce retour ne signifiait toutefois pas que la guerre était finie. La ville semblait encore déserte, la plupart des catholiques étant dispersés dans la région, ayant fui les combats : « À mon retour, une centaine de personnes tout au plus étaient revenues », raconte-t-il. Au cours des mois suivants, cependant, la communauté a recommencé à se rassembler. Aujourd’hui, rapporte le prêtre, la cathédrale accueille environ 500 personnes chaque dimanche ; et lors des grandes célébrations, comme la fête du Christ-Roi, patron de l’église et clôture de l’année liturgique, le nombre de fidèles peut atteindre 1000, voire 2000.
Ce sont là des chiffres qui, dans le contexte de Loikaw, témoignent de la reprise des activités et de la vie ecclésiale. Ils témoignent du désir de retrouver un lieu commun, d’« être une communauté », de prier ensemble et de ne pas laisser la dispersion provoquée par la guerre briser les liens de la communauté. « Les gens viennent à l’église pour pleurer, prier, chercher du réconfort », confirme le père Marko. « Dans une telle situation, les difficultés sont nombreuses : il n’y a pas assez de nourriture, la sécurité fait défaut, il y a des bombardements. Nous prônons de garder une foi inébranlable, car Dieu est notre espérance. Ils viennent à l’église pour se nourrir de la nourriture spirituelle, qui est tout aussi importante que la subsistance matérielle. »

Le diocèse de Loikaw s’étend dans l’État de Kayah, une région essentiellement montagneuse de l’est du Myanmar, considérée comme l’un des bastions du catholicisme dans le pays. Le diocèse a été érigé par Jean-Paul II en 1989, sur un territoire évangélisé dès le XIXe siècle par les missionnaires de l’Institut Pontifical des Missions Étrangères . Les données ecclésiastiques disponibles font état d’une communauté d’environ 90 000 catholiques et d’un réseau d’environ 40 paroisses, réparties entre la ville et les villages. C’est une Église enracinée dans le territoire, mais aujourd’hui contrainte de faire face à des déplacements massifs de population et à la difficulté de maintenir l’unité de communautés éloignées de leurs lieux d’origine.

Selon les informations confirmées par le vicaire général, le nombre total de personnes déplacées dans le diocèse dépasse les 300 000 et celles-ci sont réparties dans des centaines de camps. Parmi elles, on compte environ 40 000 catholiques, qui vivent encore dans des campements provisoires, dans des villages isolés ou dans les bois : de nombreuses paroisses sont restées vides ou ont été fermées en raison de la fuite de la population. La crise humanitaire touche donc un territoire bien plus vaste que la seule ville de Loikaw. Parmi les réfugiés, l’Église s’efforce de maintenir sa présence : les prêtres ne se contentent pas d’attendre le retour des fidèles dans les églises, mais vont à la rencontre des déplacés dans les camps et les villages : « Avec les autres prêtres, nous prenons soin d’eux : nous allons leur rendre visite – poursuit le prêtre –, nous célébrons la messe dans les camps, en dehors de la ville de Loikaw, où se trouvent de nombreuses petites communautés paroissiales. Les prêtres suivent les déplacés et restent avec eux. Ils montent de petites tentes, une cabane qui fait office d’église, de chapelle. Le fait que les prêtres les accompagnent est un signe d’espoir. Chaque fois que nos fidèles fuient, nous les accompagnons. »

La mission pastorale va ainsi de pair avec l’aide humanitaire. L’Église recherche des donateurs pour venir en aide aux familles en leur fournissant de la nourriture, un logement, une éducation et des soins de santé. Pour ceux qui ont perdu leur maison, leur travail et la possibilité de cultiver leurs champs, même la survie quotidienne est devenue incertaine : « Les gens reviennent en ville, explique-t-il, mais il n’y a pas de travail. Ils essaient de trouver un emploi, n’importe quel travail qu’ils parviennent à obtenir », explique le père Marko. Dans les villages, beaucoup tentent de cultiver du riz, mais les combats peuvent brusquement bouleverser la vie quotidienne : « Quand les affrontements et les bombes arrivent, il faut fuir. »

À la précarité matérielle s’ajoute la peur. Le prêtre explique que se déplacer dans la région exige de la prudence et que même les agents ecclésiaux sont exposés au risque d’arrestations et de soupçons. Don Marko Phe Bya fait état de l’arrestation, puis de la libération, de deux prêtres au cours des derniers mois, ce qui montre à quel point l’espace dans lequel l’Église tente de poursuivre son ministère éducatif et pastoral est fragile. Il évoque ensuite le cas de sœur Benedetta, religieuse de la congrégation de Maria Bambina qui s’engageait à assurer l’éducation des enfants dans un village situé en zone de conflit. La religieuse a été arrêtée il y a cinq mois, soupçonnée d’entretenir des contacts avec le Gouvernement d’unité nationale , l’exécutif de l’opposition, et elle est toujours en prison.
La douloureuse histoire de cette religieuse détenue est devenue, pour la communauté, une occasion de prière et de solidarité. Le père Marko raconte qu’il y a d’autres catholiques en prison, avec lesquels sœur Benedetta prie. Lorsqu’il lui est possible de la rencontrer , il essaie de l’encourager et, parfois, parvient même à lui apporter l’Eucharistie : « La foi des gens reste forte, notamment en raison des difficultés. Plus nous rencontrons de difficultés, plus nous devons nous encourager, plus nous sommes appelés à prier. Telle est notre foi. »

La résilience des catholiques de Loikaw, après des années de guerre et de déplacement, puise précisément dans leur foi commune et dans l’entraide : « Les gens tiennent bon grâce à notre foi, mais aussi parce qu’ils s’entraident », affirme le vicaire général. La communauté ecclésiale s’efforce de ne pas laisser les familles seules : les prêtres se rendent dans les campements, les évêques encouragent les fidèles et la prière soutient ceux qui sont fatigués, affamés et effrayés.
Cette expérience permet également de comprendre le sens des paroles prononcées par Mgr Celso Ba Shwe pendant ses années d’exil, que le père Marko rappelle et reprend : « L’Église ne se résume pas à un édifice, mais au peuple qui se rassemble au nom du Christ. Notre communauté est faite de personnes, pas de bâtiments. Les personnes sont les “pierres vivantes” ». « Même lorsque les églises sont vides ou inaccessibles, la communauté continue d’exister là où les fidèles prient ensemble, célèbrent l’Eucharistie et prennent soin les uns des autres », observe-t-il.

L'espoir d'une paix durable reste toutefois fragile. Le prêtre raconte que la population est las d'une guerre qui continue de frapper surtout les innocents, les femmes et les enfants : « Si l'une des parties veut l'emporter sur l'autre et que personne ne parle de dialogue, comment est-il possible de l'entamer ? Pour mettre fin au conflit, il faudrait que les deux parties se convainquent qu'aucune ne peut l'emporter en anéantissant l'autre. » Après des années de violence, le désir d’une solution négociée grandit, selon le père Marko. L’Église catholique elle-même, par la prédication et la prière, appelle au dialogue et à la réconciliation.
« Les gens aspirent ardemment à la paix, au dialogue, à la réconciliation. Nous espérons que quelque chose pourra changer dans un avenir proche, même si cela ne semble pas devoir arriver très bientôt », relève-t-il. « Nous ne pouvons pas prendre de décisions, mais nous prions chaque jour pour la paix, afin que le Seigneur éclaire l’esprit et le cœur de ceux qui décident, en vue de la réconciliation. L’avenir est entre les mains de Dieu. »

par Paolo Affatato Loikaw (Agence Fides) – Au début, seules quelques personnes se rendaient à

AFRIQUE/MOZAMBIQUE - Cinquante ans après l'indépendance, le défi de l'éducation reste déterminant: Nampula – Cinquante a...
23/10/2026

AFRIQUE/MOZAMBIQUE - Cinquante ans après l'indépendance, le défi de l'éducation reste déterminant: Nampula – Cinquante ans après son indépendance, le Mozambique a réalisé d’importants progrès en matière d’accès à l’éducation, en étendant le réseau scolaire notamment aux zones rurales et périurbaines. Il subsiste toutefois de graves problèmes qui affectent la qualité de l’éducation et les perspectives d’avenir des nouvelles générations. C’est ce qui ressort d’une publication récente transmise à l’Agence Fides.

Parmi les problèmes les plus urgents figurent le manque d’infrastructures et de matériel pédagogique, la surpopulation des classes et les faibles niveaux d’apprentissage, notamment en lecture et en écriture. Dans certaines zones, les élèves suivent encore les cours dans des espaces de fortune, parfois sous les arbres, tandis que les bibliothèques et les outils pédagogiques essentiels restent insuffisants. Le nombre élevé d’élèves par classe rend en outre difficile pour les enseignants de suivre personnellement chaque élève et d’intervenir auprès des plus vulnérables. À ces difficultés s’ajoutent les dénonciations de corruption, de favoritisme et de harcèlement se**el liés, dans certains contextes, aux évaluations et aux examens.

Une autre situation d’urgence concerne la présence d’alcool et de drogues chez les jeunes et, dans certains cas, au sein même des établissements scolaires. Ce phénomène peut alimenter la violence et les comportements déviants, aggravant ainsi les difficultés des familles et des communautés. À Nampula, par exemple, des incidents liés à la consommation de « maakha » ont été signalés, associés également à des cas d’agression.

Dans ce contexte, l’école est appelée à redécouvrir sa mission fondamentale : non seulement transmettre des connaissances, mais former des personnes capables de vivre de manière responsable au sein de la société et de contribuer au bien commun. C’est là que la vocation de l’enseignant catholique revêt une importance particulière. Face aux fragilités du système éducatif, l’enseignant est appelé à être avant tout un témoin d’intégrité, de professionnalisme et de responsabilité. Sa tâche ne se limite pas à l’enseignement des matières, mais comprend l’accompagnement des jeunes dans leur épanouissement humain, en les aidant à développer le respect, le sens du devoir, la tolérance, la solidarité et l’attention envers les autres. Le témoignage personnel devient ainsi une partie essentielle de l’éducation. Refuser la corruption, le favoritisme, toute forme d’abus et de discrimination, c’est contribuer concrètement à rétablir la confiance dans l’école et dans les institutions. De même, offrir une écoute et un accompagnement aux jeunes peut contribuer à prévenir des phénomènes tels que la violence et la dépendance aux substances.

Dans un pays qui continue de faire face à de profonds défis sociaux et éducatifs, l’enseignant catholique peut donc devenir un point de référence et un vecteur de changement. Sa présence, surtout dans les situations les plus difficiles, est une forme concrète de service à la personne et à la communauté.

Le véritable progrès du Mozambique ne dépendra en effet pas seulement du nombre d’écoles construites ou d’élèves inscrits, mais de la capacité du système éducatif à former des femmes et des hommes libres, compétents, responsables et capables de construire une société plus juste et plus solidaire.

Nampula (Agence Fides) – Cinquante ans après son indépendance, le Mozambique a réalisé d’imp

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