12/06/2026
🇫🇷 Solennité du Très Sacré-Cœur de Jésus
Maria Valtorta écrit :
« Hier, je n’ai pas eu de dictée spéciale. J’ai seulement souffert, à tel point que j’ai cru entrer en agonie.
C’est mercredi soir que la souffrance physique a commencé – du moins aussi violemment, parce que cela faisait déjà vingt-quatre heures que cela durait, mais, pour moi qui peux supporter beaucoup, c’était encore supportable –. Elle est allée en augmentant à un rythme continu jusqu’à en devenir insupportable. J’ai pensé à une perforation péritonéale, tant je souffrais du péritoine. J’avais tous les signes d’une péritonite aiguë. J’ai souffert jusqu’à en être hébétée. Je ne savais plus rien dire d’autre que : « Seigneur, c’est pour mes pauvres frères désespérés. » Cela se passait encore le mercredi.
Hier, comme je continuais à souffrir, j’ai offert toute cette douleur atroce pour les idolâtres. Je n’avais que cela à offrir car je n’avais vraiment aucune force pour quoi que ce soit d’autre, et il m’a fallu accomplir un réel effort pour faire mes pénitences habituelles. Puis j’ai perdu connaissance, ne sentant que la souffrance physique. Mais peu importe. Mon âme était paisible, dans les mains de Jésus… et alors rien ne fait mal !
En fin d’après-midi, le prêtre d’ici est venu. Il a trouvé que j’avais l’air d’une agonisante. il a voulu me consoler parce qu’il est bon, au fond. Mais sa “bonté” sert uniquement à Maria en tant que créature, pas à Maria en tant qu’âme.
Je ressens le manque cruel de celui qui me dirige. Il a beau prétendre qu’il “ne fait rien”, je dis, moi, qu’il est l’air de mon âme. Il manque à mon âme comme l’air de la mer à mes poumons. En dépit des bontés infinies de Jésus, cette aide me manque, et j’en souffre.
Hier soir, j’ai voulu faire l’heure d’adoration nocturne. Mais ce me fut impossible. Je ne parvenais ni à lire ni à penser. Jésus m’a alors fait… adorer en m’accordant une vision appropriée.
J’essaie de décrire l’environnement, mais cela m’est difficile car je suis totalement incompétente en matière d’architecture, et je n’ai jamais mis les pieds dans un monastère de clôture.
Je pense donc me trouver dans l’église intérieure d’un monastère de clôture stricte. Je vois une voûte très haute et large, qui donne du jour à l’église extérieure. Donner du jour est une façon de parler, car la grille épaisse qui la remplit entièrement est rendue encore plus impénétrable par un rideau d’étoffe rouge foncé qui descend de tout en haut jusqu’à un mètre et demie environ du sol, c’est-à-dire jusqu’à l’endroit où un mur s’élève pour soutenir la grille.
Au centre, il s’y trouve une espèce de fenêtre, plus exactement une partie mobile de la grille qui tourne comme une porte sur ses gonds. Elle n’a pas de rideau rouge et laisse voir, à travers ses mailles, le tabernacle qui se trouve dans l’église extérieure. Les sœurs peuvent ainsi adorer et, je crois, recevoir la communion en s’agenouillant sur le banc qui sert de balustrade devant la petite fenêtre ; il est surélevé sur une estrade haute de trois marches, pour arriver plus commodément à la hauteur de la fenêtre. On ne voit rien de l’église extérieure excepté le tabernacle. Peut-être les chœurs des monastères sont-ils ainsi faits.
La lumière est faible. C’est une lumière crépusculaire qui tombe des fenêtres hautes et étroites ; je pense que ce doit être le soir ou l’aube, car il y a très peu de jour. Le chœur – je l’appelle comme cela mais je ne sais si c’est le terme exact – est vide. Il ne s’y trouve que les stalles des sœurs et le banc devant la grille. Une lampe à huile ajoute une petite étoile jaune près de cette grille.
Une sœur entre. Elle est grande et sûrement maigre, car, malgré son ample habit monacal, son corps est très svelte. Elle va s’agenouiller sur le petit banc. Elle soulève le voile qu’elle tenait baissé sur son visage, et je vois un visage jeune, pas vraiment beau mais gracieux, très pâle, doux. Deux yeux clairs – ils me paraissent marrons-verts – brillent doucement quand elle les lève pour regarder le tabernacle, et sa bouche fine s’ouvre en un doux sourire. Son visage est d’un long ovale entre les bandeaux blancs, à peine plus blancs que lui. Le voile noir descend jusque sur l’habit noir, de sorte que, sur cette silhouette noire, il n’est de couleur claire que son visage délicat, ses longues mains bien faites et jointes pour prier, ainsi qu’une croix d’argent qui brille sur sa poitrine au-delà de sa large guimpe. Elle prie avec ferveur, les yeux rivés sur le tabernacle.
Voici alors la belle partie de la vision. La grille, la grille tout entière, brille comme si un feu vif s’était allumé derrière le rideau. La lampe qui, auparavant, semblait être une étoile rayonnante, disparaît maintenant dans la lumière qui augmente et devient peu à peu d’un blanc argenté intense, si intense que les yeux ne voient plus qu’elle. La grille disparaît sous l’effet de ce flamboiement. Dans cet éclat, Jésus apparaît, debout, revêtu de son vêtement blanc et de son manteau rouge, souriant, très beau.
Il appelle : « Marguerite ! » pour sortir la sœur de l’extase dans laquelle elle le regarde. Il l’appelle à trois reprises, de plus en plus doucement et avec un sourire d’une intensité croissante. Il s’avance en marchant haut au-dessus du sol sur le tapis de lumière qui se trouve sous lui. « C’est moi, Jésus que tu aimes. N’aie pas peur. »
Marguerite-Marie, tout heureuse, le regarde et dit entre ses larmes : « Qu’attends-tu de moi, Seigneur ? Pourquoi m’apparais-tu ?
– Je suis Jésus qui t’aime, Marguerite, et je veux que tu me fasses aimer.
– Comment cela m’est-il possible, Seigneur ?
– Regarde. Tu seras capable de tout, car ce que tu vas voir te donnera force et voix pour secouer le monde et l’amener à moi. Voici mon Cœur. Regarde. C’est le Cœur qui a tant aimé les hommes en désirant en être aimé. mais il n’est pas aimé. C’est dans cet amour que se trouverait le salut du genre humain. Marguerite, dis au monde que je veux que mon Cœur soit aimé. J’ai soif ! Donne-moi à boire. J’ai faim ! Donne-moi à manger. Je souffre ! Console-moi. Cette mission fera ta joie et ta souffrance. Mais je te demande de ne pas la refuser. Viens. Viens à moi. Approche-toi de moi. Embrasse mon Cœur. Tu n’auras plus peur de rien… »
Marguerite-Marie, en extase, se lève et marche vers Jésus. La grande lumière fait paraître son visage encore plus pâle. Elle se prosterne aux pieds de Jésus.
Mais il la relève puis, tout en la soutenant de la main gauche, il écarte son vêtement sur son cœur et on dirait que, avec son vêtement, la chair s’ouvre elle aussi. Alors le Cœur divin apparaît, vivant ; il bat entre des torrents de lumière qui embrasent le pauvre chœur et rendent le corps humain de la disciple bien-aimée resplendissant comme un corps déjà spiritualisé. Jésus l’incline vers lui puis, avec une violence amoureuse, il lui porte le visage à la hauteur de son Cœur et le serre contre lui ; il soutient Marguerite- Marie, en extase, qui sinon tomberait de joie et il la soutient encore quand il l’écarte de lui, avec douceur. Il la ramène alors au sol – car Marguerite-Marie a marché sur la traînée de lumière pour aller vers Jésus – et ne la lâche pas avant de la voir en sûreté à sa place. Il dit alors : « Je reviendrai te dire mes volontés. Aime-moi toujours plus. Va en paix. »
La lumière l’absorbe comme un nuage puis s’atténue progressivement pour disparaître enfin. Désormais, seule la petite étoile jaune de la lampe luit dans l’obscurité du chœur.
Voilà ce que j’ai vu. Jésus me dit alors : « Tu as fait l’adoration du jeudi, vigile du premier vendredi. Que veux-tu de mieux ? » Il sourit et me quitte. »
(Maria Valtorta, “Les Cahiers de 1944”, 2 juin)
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[“The Sacred Heart of Jesus” de Pompeo Batoni de Wikimedia Commons]