06/03/2026
Monsieur Jean Alex PIERRE LOUIS,
Que comptez-vous faire, notre frère ?
Nous ne faisons que regarder dans votre direction…
Et nous regardons longtemps… très longtemps… presque comme les sentinelles de la Citadelle Laferrière regardaient l’horizon en attendant les bateaux de Napoléon.
Il est des moments dans la vie d’un citoyen, même sans atteindre les hauteurs philosophiques d’un Jean-Jacques Rousseau, d’un Montesquieu, ou d’un Anténor Firmin où l’on est obligé de se poser quelques petites questions existentielles. Pas des questions métaphysiques, non. Juste des questions simples, presque constitutionnelles.
Car selon l’article 19 de la Constitution de 1987, l’État haïtien a l’obligation sacrée de garantir la vie et la sécurité des citoyens.
Et c’est précisément là que commence notre méditation du jour.
Aujourd’hui, nous braquons respectueusement notre projecteur citoyen sur Monsieur Jean Alex PIERRE LOUIS, actuel Directeur Départemental de la Police Nationale d’Haïti dans l’Artibonite.
Monsieur PIERRE LOUIS est arrivé au poste en remplacement d’un certain Jacques ADER.
Jacques ADER oui !
De Jacques ADER à Jean Alex PIERRE LOUIS, chers amis, il faut avouer que la transition ressemble un peu à ces films où l’on change d’acteur en plein milieu du scénario… et le public se demande :
« Mais… est-ce toujours le même film ou bien avons-nous changé de chaîne ? »
On dirait presque deux personnages issus de deux univers parallèles, deux planètes différentes… peut-être même deux saisons différentes du même feuilleton.
Mais laissons Monsieur ADER tranquille et concentrons-nous sur notre Alex à nous, l’Alex départemental.
Investi le vendredi 10 octobre 2025, et nous voilà le vendredi 6 mars 2026.
Le calcul est simple et même les élèves de sixième fondamentale peuvent le vérifier :
147 jours.
21 semaines.
4 mois et 24 jours.
Autrement dit, largement plus que les fameux 90 jours de grâce politique, cette période où tout dirigeant est censé prouver qu’il est venu travailler… et non pas seulement visiter les bureaux climatisés.
Or, pendant ce temps-là, dans notre cher département de l’Artibonite, la population, environ 900 000 âmes dans le Bas Artibonite, semble pratiquer un nouveau sport national : la course au refuge.
Les gens quittent leurs bitasyon, leurs maisons, leurs souvenirs… et viennent se réfugier à Saint-Marc, parfois devant les portails des autres, avec ce mélange étrange de fatigue, de peur et d’humiliation.
Et nous nous tournons vers vous, Monsieur Alex PIERRE LOUIS, avec une question toute simple :
Cela ne vous dit vraiment rien ?
Après 147 jours, quel article de la Constitution invoquez-vous pour expliquer cette étrange immobilité administrative ?
Est-ce l’article invisible du “N AP GADE” ?
Car il faut reconnaître que votre stratégie semble être celle du spectateur officiel de la République.
Pendant ce temps-là, les bandits que la population appelle affectueusement VALPA, comme s’il s’agissait d’une nouvelle espèce zoologique continuent leurs activités comme si la Constitution n’était qu’un roman de bibliothèque.
Monsieur Alex PIERRE LOUIS,
Vous avez pourtant à votre disposition :
• des armes,
• des hommes,
• des blindés,
• Un budget adéquat,
• et même parfois des primes ou et privilèges.
Avec tout cela, on aurait pu espérer au moins une petite démonstration d’autorité… quelque chose qui rappelle vaguement les exploits d’un dirigeant conscient, ou même les manœuvres stratégiques d’un leader.
Mais pour l’instant, la seule chose qui circule librement dans le département, ce sont les bandits et les rumeurs.
Monsieur Alex PIERRE LOUIS,
Peut-être que vous n’êtes pas originaire de la région.
Cela arrive.
Mais lorsqu’un officier accepte une mission, ce n’est pas pour devenir touriste administratif.
Dites-nous franchement :
Quand vous rentrez chez vous, que racontez-vous à votre famille ?
Que vous êtes venu libérer l’Artibonite ou que vous êtes venu assister au Carnaval permanent de l’insécurité ?
Car voyez-vous, dans l’histoire d’Haïti, même les dirigeants les plus critiqués avaient au moins une qualité :
ils faisaient quelque chose.
Bon ou mauvais… mais quelque chose.
Aujourd’hui, après 147 jours, la population se demande si votre stratégie n’est pas inspirée d’un vieux proverbe administratif :
“Lè w pa fè anyen, ou pa ka fè erè.”
Mais malheureusement, pendant que l’administration médite… les citoyens, eux, continuent de souffrir.
Alors, Monsieur Jean Alex PIERRE LOUIS,
Armez-vous au moins de courage pour dire la vérité à la population.
Car, comme disait Dessalines en 1804 et l’histoire ne l’a jamais démenti :
“La vérité finit toujours par sortir de terre.”
Et s’il faut tirer la révérence, faites-le avec dignité.
Car, après tout :
on ne peut vraiment donner que ce que l’on a.
Pendant 147 jours, nous avons tenté de vous parler, de partager des informations, d’aider même comme des citoyens qui espéraient encore un sursaut.
Mais aujourd’hui, nous avons l’impression d’avoir été… comment dire…
tournés dans la farine.
Alors maintenant, cher frère,
Dites-nous simplement ce que vous comptez faire de votre zone de confort aux Gonaïves, entouré de vos carnavaliers administratifs.
Car pendant ce temps-là, dans le Bas Artibonite, nous continuons de vivre dans le risque permanent, avec nos familles et nos enfants.
Et comme dans toutes les grandes pièces de théâtre politique…
le public attend toujours la scène suivante.
Monsieur Jean Alex PIERRE LOUIS,
Nous vous attendons.
Directoire de Konbit Balatibonit KONBA