15/10/2026
L'autisme n'est ni une insulte, ni une métaphore de l'indifférence !
Lors d'une récente interview radiophonique consacrée aux difficultés rencontrées par les entreprises en Guadeloupe, un représentant d'un collectif a déclaré, à propos du préfet : « Moi, je pense que nous avons un préfet qui est autiste. »
Interpellé par la journaliste sur la portée de ses mots, il a maintenu son expression, affirmant utiliser des termes « qui ont leur signification ».
Ces déclarations ont suscité une profonde émotion au sein de notre association, tant auprès des familles que des personnes autistes elles-mêmes.
Nous ne remettons nullement en question les difficultés que peuvent rencontrer les entreprises de notre territoire, ni le droit de leurs représentants à exprimer leur mécontentement, à interpeller les pouvoirs publics ou à dénoncer un manque de dialogue.
Mais nous souhaitons rappeler une chose essentielle : l'autisme n'est pas un synonyme d'indifférence, de fermeture aux autres ou de refus de communiquer.
Lorsqu'une personne reproche à un responsable public de ne pas vouloir entendre certaines revendications, elle met en cause son attitude, ses décisions ou sa volonté de dialogue. C'est une critique qui peut parfaitement être formulée et débattue.
Mais quel rapport avec l'autisme ?!
Être autiste ne signifie pas choisir de ne pas écouter, ignorer volontairement les autres ou se désintéresser de leurs préoccupations.
L'autisme est un trouble du neurodéveloppement. Il concerne des enfants, des adolescents et des adultes aux profils, aux capacités et aux besoins très différents. Certains communiquent oralement, d'autres non. Certains vivent de manière autonome, d'autres nécessitent un accompagnement permanent.
L'autisme peut entraîner des particularités dans la manière de communiquer, de comprendre les interactions sociales ou de percevoir son environnement. Ces différences ne doivent pas être confondues avec un manque de considération, une absence d'empathie ou un refus délibéré de dialoguer.
Confondre une particularité du fonctionnement neurologique avec une attitude que l'on reproche à quelqu'un, c'est précisément entretenir une idée fausse de l'autisme.
Et c'est là tout le problème : à force d'utiliser le mot « autiste » pour qualifier une personne que l'on juge fermée, indifférente ou incapable d'écouter, on contribue à associer l'autisme à des défauts de comportement qui ne le définissent pas.
Et surtout, l'autisme ne se voit pas nécessairement.
Les personnes autistes font partie intégrante de notre société. Elles sont parmi nos collègues, nos amis, nos voisins, nos proches. Elles peuvent aussi être chefs d'entreprise, parents, professionnels ou engagées dans la vie associative et citoyenne.
Certaines personnes de notre entourage peuvent être autistes sans que nous le sachions, parfois même sans avoir elles-mêmes connaissance de leur condition.
Aujourd'hui, nous pensons aux personnes autistes qui ont entendu leur condition utilisée pour qualifier négativement le comportement d'une autre personne, alors même qu'elles aspirent simplement à être reconnues et respectées pour ce qu'elles sont.
Pour les familles qui accompagnent quotidiennement une personne autiste, ces mots résonnent également douloureusement. Elles connaissent les obstacles, les incompréhensions, les jugements et les préjugés qu'il faut encore combattre pour faire reconnaître les droits et la place de leurs proches dans notre société.
Pour les personnes autistes comme pour leurs familles, ces mots ne sont pas anodins.
Lorsque le mot « autiste » devient une manière de dénoncer un comportement jugé négatif, ce sont ces mêmes préjugés que l'on contribue, parfois sans même en mesurer la portée, à entretenir.
Les mots ont un poids. Plus encore lorsqu'ils sont prononcés publiquement, dans les médias, par des personnes qui prennent la parole au nom d'un collectif.
Nous ne demandons pas que l'on renonce à la critique, à la colère ou à la liberté d'expression. Nous demandons simplement que le handicap ne soit pas utilisé pour discréditer quelqu'un.
Il existe mille façons de dénoncer un manque d'écoute, une absence de concertation ou une attitude que l'on estime méprisante. L'autisme n'a pas à servir d'argument.
Notre association souhaite que cet épisode soit l'occasion d'une prise de conscience et invite l'auteur de ces propos à en mesurer la portée auprès des personnes autistes et de leurs familles.
On peut défendre une cause avec conviction sans fragiliser, par ses mots, le respect dû à une autre.
Et parce que la sensibilisation commence aussi par le langage, nous continuerons à rappeler que les personnes autistes méritent d'être comprises, respectées et considérées pour ce qu'elles sont, et non à travers les préjugés que notre société leur associe encore trop souvent.
Tous en Bleu Solidarité Autisme
Association engagée pour la sensibilisation à l'autisme et le respect des personnes autistes et de leurs familles