10/09/2026
CARRIÈRE DE DESHAIES : ET S’IL NOUS ARRIVAIT LA MÊME CHOSE QU’AU NÉPAL ?
Il y a quelques jours, une catastrophe gigantesque frappait le Népal.
Là-bas, ce n’est pas une carrière qui est à l’origine du phénomène. C’est un événement naturel. Une énorme portion d’un versant rocheux et glaciaire s’est rompue. Roche, glace, eau et débris ont alors dévalé la vallée, et les conséquences se sont propagées très loin de la zone où la rupture avait commencé.
Pourquoi parler du Népal lorsqu’on parle de la carrière de Deshaies ?
Certainement pas pour prétendre que les deux situations sont identiques. Elles ne le sont pas.
Mais parce que cette catastrophe rappelle une réalité que l’on oublie facilement lorsqu’on regarde une carte : un massif ne connaît ni limites cadastrales, ni propriétés rachetées, ni périmètre administratif.
Et à Deshaies, nous savons déjà qu’un massif peut bouger.
Le 3 décembre 2024, une partie de la carrière s’est effondrée. Après cet événement, plusieurs expertises ont été réalisées.
En septembre 2025, un expert judiciaire indépendant désigné par le tribunal avait rendu un deuxième rapport. Selon Guadeloupe La 1ère, ce rapport mettait en cause la responsabilité de la SADG.
Le BRGM, de son côté, n’avait pas retenu une cause unique. Son diagnostic évoquait notamment la décompression du massif liée à l’excavation, une possible fatigue de terrains aux caractéristiques géotechniques médiocres sous l’effet répété des vibrations liées aux tirs de mines, ainsi que le rôle de l’eau et des précipitations récentes en partie canalisées vers la zone du glissement.
Et surtout, le BRGM recommandait une étude de stabilité des fronts sur l’ensemble de la carrière, particulièrement dans les secteurs présentant des configurations géologiques et tectoniques défavorables, ainsi qu’un diagnostic de la gestion des eaux de ruissellement.
Nous arrivons maintenant à une nouvelle étape.
Le préfet envisage une éventuelle réouverture de la carrière. Il a indiqué qu’une nouvelle étude géologique devait être réalisée avant qu’il prenne sa décision.
Mais cette étude serait réalisée pour le compte de l’exploitant, la SADG.
Et c’est là qu’une question devient incontournable.
Après l’effondrement, une expertise judiciaire indépendante avait été nécessaire pour comprendre ce qui s’était passé.
Pourquoi, lorsqu’il s’agit maintenant de déterminer si l’exploitation peut reprendre en sécurité, ne pas disposer également d’une expertise indépendante venant confronter l’étude produite pour le compte de l’exploitant ?
D’autant que le préfet a expliqué que le périmètre avait évolué, que les terrains concernés avaient été rachetés et qu’il n’y aurait plus d’habitations à l’intérieur de ce périmètre.
Mais voilà précisément ce que le Népal vient brutalement nous rappeler :
Un périmètre n’est pas un massif.
La vraie question n’est donc pas seulement :
« Y a-t-il encore des habitations à l’intérieur du périmètre ? »
Elle est aussi :
« Si une nouvelle rupture du massif devait se produire, jusqu’où pourrait-elle évoluer ? »
Personne ne peut sérieusement affirmer que Deshaies connaîtra demain une catastrophe comparable à celle du Népal.
Mais personne ne devrait non plus attendre qu’une catastrophe se produise pour se poser cette question.
Le Népal nous montre ce que peut devenir une rupture naturelle lorsqu’une masse considérable de terrain se met en mouvement. Deshaies nous rappelle, de son côté, que notre propre massif a déjà rompu une fois.
Alors, avant toute réouverture, demander une expertise indépendante de sa stabilité n’a rien d’excessif.
C’est peut-être simplement tirer les leçons du 3 décembre 2024 avant, et non après, le prochain événement.
Citoyens de Deshaies
Photo archive 2025