31/10/2025
BIOGRAPHIE DE MODY AMADOU LARIA DIARI
Mody Amadou est né vers 1890 à Laria près de Labé. De ce fait on l'appelle, comme il est coutume dans le Fouta traditionnel, Mody Amadou Laria.
Ses ancêtres, après de multiples pérégrinations dans le Macina, arrivèrent dans la région de Labé et fondèrent le village de kouramangui ; le plus connu de ses ascendants s'appelait Nguérin. Avec Djobbo, Pathé, Houssin et Khalidou, il formait le groupe de Tâlibâbhé, c'est à dire les érudits de l'entourage immédiat de karamoko Alpha Mo Labé.
Le père de Mody Amadou s'appelait Mody Aliou Téli Laria du clan des Nguéryâbhé ; sa mère Kadiatou Bah, était une sœur de Thierno Aliou Bhubha Ndian, le waliou de Labé. Mody Amadou ( comme ses deux frères Alpha Bacar et Tierno Mountagha ) et ses trois sœurs (Aissatou Daralabé, Fatimatou Manda et Rougyata Télidjé) fut élevé par ses oncles, notamment Tierno Aliou. Il passa sa prime enfance et son adolescence près de son père à Laria et surtout dans les différents villages où résidaient ses oncles au gré des saisons et des besoins de l'enseignement islamique : Dowsaré Labé, Doghol Thiernoya, Missidé Hindè, Manda, Bhubha Ndian. Mody Amadou reçut une solide éducation traditionnelle auprès de ses parents et de ses oncles ; ceux-ci lui dispersèrent un enseignement de haut niveau en poular et en arabe ; il fit son exégèse ( tafsyr) auprès de Tierno Aliou; cependant il n'accepta jamais le titre correspondant de Tierno; il lui enseigna aussi les différentes branches de la théologie Musulmane : droit islamique, langue, littérature, grammaire. Par la suite il récita par ses propres moyens le Coran notamment par des lectures assidues pendant ses voyages ou bien au moment des pauses agricoles.
Grâce à ses efforts et à une formation continue opiniâtre, il a atteint un niveau suffisamment élevé pour écrire l'essentiel de ses œuvres en arabe littéraire.
Lorsque la France conquit le Fouta et supprima la confédération, elle créa 22 cantons dans le Labé ; celui de Diari fut confié à Alpha Bacar tandis que celui de Daralabé échute à Mody Aliou Téli; celui-ci fit accompagner Alpha Bacar pour l'investiture par une délégation de cinq personnes comprenant Mody Amadou Laria.
Vers la fin de la première guerre mondiale, une mission de recrutement de tirailleurs sénégalais conduite par le député sénégalais Blaise Diagne, convoqua à Mamou les chefs de canton pour les exhorter à appeler les populations à l'effort de la guerre aux côtés de la France ; Alpha Bacar s'engagea et avant de partir au front confia l'intérim de la chefferie à son petit frère ; à la fin de la guerre, dès le retour de Alpha Bacar, Mody Amadou rendit le tablier et s'installa définitivement à Diari; il ajouta alors a son nom celui de sa nouvelle résidence ; on l'appela depuis ''Mody Amadou Laria Diari''. Il s'éloigna des affaires politiques et administratives pour se consacrer uniquement à des activités commerciales, agricoles et surtout religieuses ; il garda cependant un certain ascendant sur son frère auprès de qui il joua le rôle de modérateur .
Dans sa jeunesse et à l'âge adulte, il entreprenait des voyages de commerce ; il se rendait souvent en Basse Guinée à ( Boké, Télimélé), à Gaoual et même au Soudan d'où il ramenait des marchandises diverses notamment des tissus, chaussures et verroteries; il revenait quelque fois avec dix porteurs.
Il faisait aussi des voyages d'études et de recherches à Koula Maoudè, Télimélé, Dabola et dans le Gaoual. Ce fût l'occasion pour lui s'initier au malinké et au soussou pour les besoins de ses transactions.
Dans le domaine agricole, il s'attela d'abord à l'agrandissement de la tapade familiale ; il y aménagea une Riche pépinière et planta un grand nombre d'arbres qu'il fit venir d'autres régions du pays; il y acclimata aussi des plantes à partir de souches importées du Moyen-Orient . Ensuite il créa à l'entrée du village de Diari un vaste jardin couvrant la colline de Gonkou et descendant jusqu'à une rivière pérenne ; à cause de la prédominance de kolatiers dans ce jardin, il donna à ce domaine le nom de Gororé ( Goro voulant dire kola en poular).
On y trouve, outre des caféiers (arabica), des indigotiers, des palmiers à huile, des mandariniers, des pamplemoussiers, des orangers et même des ananas.
Ce domaine a été mis en valeur par Mody Amadou et ses enfants uniquement ; il n'a jamais accepté la main d'œuvres servile que pouvait lui fournir la chefferie.
Aujourd'hui Gororé est une vaste forêt aux arbres géants exploitée par les riverains et les animaux sauvages, comme pour réaliser le vœu du fondateur.
Mody Amadou Laria a toujours exalté le travail manuel ( notamment agricole) et intellectuel ; il a constamment insisté sur la nécessité de gagner sa vie à la sueur de son front ; il recommandait comme oeuvres pies le creusement de puits pour la communauté et la plantation d'arbres fruitiers ; il mobilisait souvent des jeunes gens pour aller semer des graines de néré ( Parkia biglobossa) en pleine brousse dans les environs de Labé où Diari.
Il a été le premier à creuser un puit à Diari ( dans sa concession) à l'occasion du baptême d'une de ses filles ; ce puits est encore fonctionnel quelques années après ; il en a foré deux autres à Missidé Hindé et koubi Laria.
Parmi les érudits de son époque, il se distingue par son ouverture d'esprit, son sens poussé de l'observation, son goût pour l'expérimentation ; il s'est toujours intéressé aux événements sociaux, politiques et administratifs ; il suivait avec beaucoup d'intérêt les innovations scientifiques et technologiques aussi bien en Guinée qu'à l'extérieur. Il consignait ses observateurs, ses expériences, ses réflexions dans de nombreux manuscrits dont l'inventaire est loin d'être terminé ; il abordait des thèmes très variés se rapportant au Fouta, mais aussi à la Guinée, à l'A.O.F, à la France et même au moyen-Orient : faits soc6( naissances, baptême, décès, fêtes), généalogie, biographies, voyages, événements politiques, administratifs...
Mody Amadou Laria a assuré la formation et l'éducation coranique de ses enfants sans distinction entre garçons et filles ; certaines de celles-ci savaient utiliser les caractères arabes pour les besoins de leurs correspondances ; il a envoyé la presque totalité de ses enfants à l'école française, filles comme garçons.
Mody Amadou Laria est décédé à Diari le 19 octobre 1974 à l'âge de 85 ans. Il repose à Hansaghéré Tâlibâbhé, cimetière situé au Nord-est de Labé et réservé aux Tâlibâbhés de Karamoko Alpha Mo Labé. Il y a rejoint ses frères Tierno Mountagha et Alpha Bacar ainsi que certains de ses enfants et neveux.
Il laisse de nombreux enfants, petits enfants et arrières petits enfants.
Que la paix D'ALLAH soit sur eux. Amin
Bonne lecture et bon ramadan aux fidèles musulmans, qu'Allah nous assiste et nous facilite.
Fouta Djallon