04/06/2026
Tunisie : quand la gestion de la migration ne doit jamais conduire à la négation de la dignité humaine
Par l’Organisation Guinéenne pour la Lutte contre la Migration Irrégulière (OGLMI)
Depuis plusieurs mois, la situation des migrants subsahariens en Tunisie suscite une vive inquiétude au sein de nombreuses organisations de défense des droits humains, des institutions africaines et de la société civile. Les témoignages faisant état de violences, d’agressions, de discriminations et de traitements dégradants rappellent une réalité préoccupante : la migration est devenue un sujet de tension politique et sociale dont les conséquences humaines sont de plus en plus lourdes.
Il est important de reconnaître que la Tunisie, comme de nombreux pays de transit, fait face à des défis migratoires complexes. La pression exercée par les flux migratoires irréguliers, les difficultés économiques, le chômage des jeunes et les contraintes budgétaires constituent des défis réels qui nécessitent des réponses adaptées. Aucun État ne peut être privé de son droit légitime à gérer ses frontières et à organiser sa politique migratoire.
Cependant, la gestion des migrations ne saurait justifier la stigmatisation d'une population entière ni la banalisation des discours de haine. Les migrants subsahariens ne doivent pas être transformés en boucs émissaires des difficultés économiques, sociales ou politiques auxquelles un pays est confronté. Une telle approche risque d'alimenter les tensions communautaires, de fragiliser la cohésion sociale et de porter atteinte aux principes fondamentaux des droits humains.
L'Afrique a toujours été fondée sur des valeurs de solidarité, d'hospitalité et de fraternité entre les peuples. Des millions d'Africains vivent, travaillent, étudient et contribuent au développement de pays autres que le leur à travers le continent. Cette mobilité humaine, lorsqu'elle est encadrée et respectueuse des lois, constitue une richesse plutôt qu'une menace.
Les défis migratoires actuels ne concernent pas uniquement les pays africains. Ils résultent également de déséquilibres économiques mondiaux, de conflits, du changement climatique, des inégalités de développement et des politiques migratoires internationales. Les réponses doivent donc être collectives, concertées et fondées sur le respect de la dignité humaine.
L'OGLMI rappelle que la lutte contre la migration irrégulière ne peut être efficace que si elle s'accompagne d'alternatives crédibles pour les jeunes, de programmes de réintégration socio-économique, d'opportunités d'emploi, de formations professionnelles et d'investissements durables dans les communautés de départ. Réprimer les migrants sans traiter les causes profondes de la migration ne constitue pas une solution durable.
Nous appelons les autorités tunisiennes à garantir la protection de toutes les personnes présentes sur leur territoire, conformément aux engagements internationaux relatifs aux droits humains. Nous appelons également les institutions africaines à renforcer leur coopération afin d'assurer la sécurité et la dignité des citoyens africains où qu'ils se trouvent.
Enfin, nous invitons les médias, les leaders d'opinion, les responsables politiques et les citoyens à faire preuve de responsabilité dans leurs discours. Les mots ont un poids. Ils peuvent apaiser ou attiser les tensions. Ils peuvent protéger ou mettre en danger des vies humaines.
La migration irrégulière constitue un défi majeur pour l'Afrique et pour le monde. Mais aucune difficulté, aussi importante soit-elle, ne doit conduire à l'abandon des valeurs fondamentales d'humanité, de justice et de respect de la dignité humaine.
L'histoire retiendra la manière dont nous aurons choisi de répondre à cette crise : par la solidarité ou par la division, par le dialogue ou par la haine, par la dignité ou par l'indifférence.
Organisation Guinéenne pour la Lutte contre la Migration Irrégulière (OGLMI)
Conakry, République de Guinée
RFI Afrique@