18/11/2025
Paandi pasensi ...
L’association MAMA BOBI Basée à Apatou, fondée depuis près de 30 ans sous l’impulsion des autorités coutumières et des érudits du bas Maroni.
Depuis 1990, MAMA BOBI développe constamment des programmes dans la vallée du Maroni, en Guyane, et particulièrement des projets innovants sur son Kampu de La Forestière.
Notamment, dans le domaine santé/environnement, transmission du savoir et des valeurs, réinsertion sociale, responsabilisation citoyenne sont autant d’objectifs auxquels Mama Bobi travaille avec un succès non négligeable.
Le Centre Culturel Mama Bobi, agréé centre de formation en 1990, œuvre à la transmission des cultures des sociétés issues du Marronnage et élabore par l’interculturalité des passerelles dans des domaines très variés : arts et traditions populaires, pharmacopées et thérapies traditionnelles, coutumes et développement durable, au service de l’intégration plurielle et citoyenne.
Lorsqu’on accoste avec sa pirogue, sur les berges du fleuve Maroni, à la Forestière. Qu’on marche sur la plage, qu’on aperçoit les lieux pour la première fois, qu’on découvre les vestiges des constructions en brique coloniale, envahi par une végétation luxuriante, et qu’on ne connaît pas l’histoire du Bagne des Annamites de La Forestière, on pourrait le voir comme un lieu idyllique, plutôt que le site d’un ancien camp de la mort.
Ce site chargé d’histoire, fut d’abord occupé par La Compagnie Forestière et Commerciale du Maroni, qui donna son nom au site « La Forestière » ainsi qu’au village Djuka de « Sosoïété ».
En 1878, l’Administration pénitentiaire fonde un petit camp de Fusillés Marins venu d’Afrique, essentiellement de jeunes sénégalais.
Ensuite, jusqu’à la 1ère Guerre Mondiale, le site est un lieu d’activité aurifère et forestière, mais surtout un poste de contre bande, de trafic, et de raquette des pirogues de fret des orpailleurs légaux ou illégaux de l'époque.
Puis en 1931, une partie du site est cédée à l’administration pénitentiaire pour y construire un Établissement Pénitentiaire Spécialisé (EPS) pour les rebelles déportés venus d’Indochine. Le site de La Forestière était investi et devait constituer la capitale du dit « Territoire de l’Inini ».
C’est ainsi que des jeunes Indochinois rebelles « Communistes » furent déportés à deux pas de nos villages et Kampu du fleuve Maroni.
A deux pas des héritiers du marronnage. Ce qui suscita certaines réactions, et relations avec les Communautés Marronnes locales.
Dans les années 1990, c'est à l’initiative du Capitaine Joseph Anapaye, Chef Coutumier d'Apatou (Moutende), et Président de l’Association Mama Bobi qu’ont été effectué des recherches par les jeunes membres de la Société Archéologique et Anthropologique du Maroni. Sur le terrain, dans les archives de l’Administration Pénitentiaire, ainsi que des archives orales auprès de nos anciens qui avait connu cette époque.
Puis des travaux de réhabilitation et de sécurisation pour l’accès du site ont été engagé, par des jeunes membres de Mama Bobi de la Commune. Afin que puisse s’organiser des visites encadrées par l’Office du Tourisme d’Apatou, ou d’autres prestataires touristiques locaux.
En effet, Joseph ANAPAYE était né le 01 Juin 1922 à Moutende (bourg Apatou), connaissait la triste histoire de ce site liée à l’Histoire d’Apatou et de la Guyane. Il commença par travailler pour l’administration du bagne de La Forestière, en amont de la commune d’Apatou. Puis fut ensuite muté vers le bagne de Saint Jean du Maroni, où il travailla avec le médecin du Camp.
Le Capitaine Anapaye fut l’un des fondateurs en 1990, et le Président de l’association MAMA BOBI, durant les années 1990 et 2000. Suite à sa disparition en 2008, son successeur à la Présidence, fut Antoine Aouegui dit Lamoraille. Il a toujours poursuivi les travaux de réhabilitation du site, et la transmission de son histoire auprès de la jeunesse d’Apatou, au curieux et chercheurs.
Ce 22 mars 2024, LAMORAILLE nous a aussi quitté, mais son action et son engagement nous rappelles notre devoir de mémoire et de transmission de la connaissance de notre histoire.
Ces deux illustres membres fondateurs du CCF Mama Bobi inspirent encore et toujours l'action de nos membres.
Tous deux, caressaient l’espoir d’une reconnaissance officielle de ce site et de son histoire, et pourquoi pas, de son inscription aux monuments historiques.
Aujourd’hui l’espoir est permis, d’autant que le 8 juillet 2022, la (CRPA) a statué favorablement pour l’inscription aux monuments historiques du Bagne des Annamites de Montsinéry-Tonnégrande.
En attendant, en 2011, le Vietnam, a organisé la pose d’une plaque commémorative au cœur des vestiges du Bagne des Annamites d’Apatou.
Elle a été érigée par les visiteurs Vietnamiens, les jeunes de Mama Bobi, et offerte par le Việt Nam Quốc Dân Đảng.
Il est inscrit ce qui suit : “Vive le Vietnam - Les gens du Vietnam sont éternellement reconnaissants pour les héros anonymes luttant pour l’Indépendance de la Patrie, exilés à perpétuité et ayant perdu âme et corps en cette terre, après le soulèvement général de la Révolte à Yên-Báy, le 10 Février 1930, sous la direction du Parti Nationaliste du Viet Nam”
https://www.facebook.com/C.C.F.Mama.Bobi.officiel/posts/pfbid0cNCPcEWBNGg158Gnn7FUFbwygySa9HdJLCGhURcuePZyk5n9fgcgatxx4cHEi9AVl
Dans les années 1990, Mama Bobi initie avec ses jeunes membres divers projets sur le site du Kampu de la Forestière :
La Phytothèque du Maroni :
La Phytothèque du Maroni est une structure qui assure depuis 1990 un suivi attentif des prises en charges transculturelles.
Elle se distingue par son approche spécifique :
Une phytothérapie et analyse transculturelle et/ou systémique.
Un suivi sur le très long terme.
Cette institution joue un rôle important dans le domaine de la santé et des pratiques transculturelles en Guyane.
https://www.un-temoin-en-guyane.com/decontenances-psycho-sociales-et-marronnabilite-generationnelle
En 1998, un projet Ecotouristique d'envergure touristique avait été initié depuis le Kampu de La Forestière.
Un Ecosite et un itinéraire de randonnée pédestre, imaginés par les "Yunku wan" accueilli au Kampu, inspiré par nos illustres ancêtres, l'histoire locale du marronnage et du bagne des Annamites, et validé par les Autorités Coutumières et les Collectivités Territoriales.
Le projet était intitulé « Dans les pas du Capitaine Apatou »… et... «TIENS » pour les jeunes des communes du Bas-Maroni, comme Travaux et Insertion dans les Espaces Naturels Sensibles.
Un Projet étudié, porté, et expérimenté par les yunkuwan de Mama Bobi de 1998 à 2008. Des sentiers de randonnées à usages multiples, des Ecosites, des possibilités d'hébergement, une mine d'enseignements sur l'histoire, les traditions, les arts et la pharmacopée des Bushinenges..
Le but était de développer une filière économique basée sur l’exploitation touristique et éducative de sites et itinéraires de sport et loisirs de pleine nature. Ils avaient réussi.
Ils ont élaboré et entretenu un itinéraire de Grande Randonnée pédestre, balisé et sécurisé, entre Saint jean du Maroni, Apatou, et les Chutes Voltaires.
Tout en impliquant la population locale dans le respect de ses traditions et ses coutumes, et favoriser une économie locale et la création d’emplois locaux.
Cet itinéraire constituait le premier GR en Guyane, avec un parcours de plus de 110 kilomètre sur les berges du fleuve et en forêt.
Il aurait pu être labellisé par la Fédération Française de Randonnée Pédestre.
https://www.facebook.com/C.C.F.Mama.Bobi.officiel/posts/pfbid0QDgc1HzG8rDQAQzdxycDNB7FSSLpxXiwFfch4baU6jQmzEW4ecBZoEhb1HZnTfUgl
Cet itinéraire de randonnée pédestre, balisé et sécurisé, a été exploité par de nombreux RAID :
Dont le GRAM, le Guyane Raid Amazonie, https://www.facebook.com/watch/?v=1140575371060873
et le Raid Amazones.
https://www.raidamazones.com/raid2001/index.php
Alain Gestin, l'organisateur du Guyane Raid Amazonie, fut le seul à participer financièrement au maintien et à l'entretien de cet itinéraire de Grande Randonnée Pédestre de Guyane de 1998 à 2008.
https://www.franceguyane.fr/divers/3-questions-a-alain-gestin-organisateur-du-raid-amazonie-174633.php
En 2003, Mama Bobi a effectué à ces frais, une Etude pour la mise en place d'itinéraires de randonnées pédestres sur les communes de Saint-Laurent du Maroni et d'Apatou. -58 p.15 cartes.
https://infodoc.agroparistech.fr/index.php?lvl=notice_display&id=155790
Par cette Etude, Il s'agissait pour Mama Bobi de présenter à l'ONF, au Comité du Tourisme, aux Collectivités Territoriales (Mairie et CCOG), et autres partenaires institutionnels, un Avant Projet Détaillé afin de pérenniser le financement pour l'entretien de ces itinéraires randonnées pédestres et infrastructures connexes, ceci dans le cadre du PDIPR, et avec le soutien de la FFRP.
https://www.ffrandonnee.fr/search?q=Guyane
Plan Départemental des Itinéraires de Promenade et de Randonnée (PDIPR) de la Collectivité Territoriale de Guyane.
https://www.guyane-sig.fr/explorer/fr/jeux-de-donnees/itineraires-de-randonnees-du-pdipr-de-la-collectivite-territoriale-de-guyane/api
Les jeunes de Mama Bobi imaginaient développer un Ecotourisme à l'initiative des populations locales et à leurs bénéfices.
D'autant qu'un parc national et un parc régional se partagent une bonne partie de ce morceau d'Amazonie...
https://www.france.fr/fr/article/loutre-mer-nouvel-eden-de-la-randonnee-et-du-trekking/ -guyane-3
C'était sans compter avec ce que l'on appellera les "Dynamiques Bloquantes" et récurrentes ...
En 2007 le PROJET Light Inc est lancé :
"BUSHINENGE : GUYANE, Les Oubliés du Fleuve"
Le projet s’était donné trois objectifs :
– Un reportage pour dénoncer les injustices et faire connaître la richesse culturelle de cette population.
– Une enquête sociologique permettant une meilleure compréhension de la situation.
– Des interventions en milieu scolaire réalisés en Guyane par l’association Mama Bobi et en Métropole par Light Inc.
Le projet a compris 10 semaines en immersion dans la population fluviale pour comprendre les problèmes au niveau des habitants afin de permettre un dialogue, un échange d’expériences dans la langue locale, le Nenge Tongo et selon le mode de vie local.
Puis, une concertation avec les acteurs locaux, en particulier l’association Mama Bobi, en relation avec la population du fleuve aussi bien que des autorités afin de développer une réflexion sur le déblocage d’une situation complexe.
Décembre 2010 : L’association Mama Bobi transmet le rapport de l’association Light Inc. aux députées de la Guyane Chantal Berthelot et Christiane Taubira. Le rapport servira d’appui à un projet à l’échelle régionale de consciencisation des populations à l’environnement en partenariat avec l’Education Nationale. Il comprend des interventions en milieu scolaire en Nenge Tongo assurés par l’association Mama Bobi.
Décembre 2007 – Janvier 2008 : Premier travail de terrain sur le Maroni. Reportage Photographique.
Févrirer 2008-Novembre 2009 : Interventions et expositions en Métropole. Début d’une réflexion sur une action concrète sur le Maroni.
Juin Juillet 2010 : Travail de terrain sur le Maroni. Enquête sociologique pour comprendre les mécanismes du blocage socio-administratif de la situation sanitaire sur le Maroni.
Octobre-Novembre 2010 : Conclusion du rapport, transmission du rapport à l’association Mama Bobi.
Extrait du rapport : Dynamiques Bloquantes du Maroni :
« Le troisième problème touche l’eau :
Celle de la pluie, consommée, est filtrée de manière sommaire – une toile pour retenir les végétaux - et stockée dans des citernes de 1000 litres sans précautions sanitaires. L’eau est quasiment à l’air libre, dans un climat chaud, humide et dans des villages à proximité immédiate de la forêt. Celle du fleuve présente un taux de mercure trois fois supérieur à la limite de tolérance européenne à cause de la pratique de l’orpaillage. Rappelons que dans les kampous, ne bénéficiant pas d’eau courante, le fleuve est un élément de la vie quotidienne dans lequel chacun se lave, fait la vaisselle, la lessive – à l’aide de poudres relevées d’additifs – et dans lequel les familles puisent leur subsistance, majoritairement grâce à de gros poissons carnivores en fin de chaîne alimentaire - Akoupa, Piraï, Poisson Chat... - qui emmagasinent tout le mercure des petits animaux marins. »
https://bushinengue.williambarylo.com/?page_id=14
En 2010, pour marquer le 20ème anniversaire de sa structure, l’association Mama Bobi s’est lancée dans un nouveau projet alliant la transmission des acquis culturels à l’accompagnement des initiatives locales. Sous le nom d’Opération Grenailles, l’idée est de planter plusieurs milliers de wassaï hybrides dans les environs d’Apatou, pour récolter d’ici 2015 les fruits et les vendre en Europe, à un prix plus élevé que dans la zone des Guyanes et particulièrement à Amsterdam où la communauté Surinamaise est importante.
Ce programme, soutenu par le CUCS de St Laurent, concerne environ 80 familles d’Apatou, soit 400 personnes.
Pour l’association, l’objectif reste la participation concrète des communautés linguistiques et culturelles de l’ouest guyanais dans la stimulation de l’auto-assistance, et le soutien social.
Les agriculteurs ont appris les techniques au Suriname, de la production à la transformation et pour une commercialisation répondant à un cahier des charges certifié Agriculture Biologique.
https://boukan.press/wassai-paandi-pasensi-planter-la-patience/
En 2019, Mama Bobi participe à un rapport pour dresser le bilan de la consultation citoyenne sur la gestion de l’eau et des inondations lancée par la DEAL Guyane et le Comité de Bassin entre le 2 novembre 2018 et le 2 mai 2019, pour la partie concernant le plan de gestion des risques d’inondation (PGRI).
Il s'appuie sur les questionnaires retournés, en version papier ou par Internet, durant cette période.
Ce rapport alimentera le projet de PGRI du district hydrographique de Guyane, dont la validation est attendue pour la fin de l'année 2019.
Consultation du public sur l'eau et les inondations 2018-2019
BILAN sur le PGRI.
Le plan de gestion des risques d’inondation (PGRI) est réalisé en application de la directive « Inondation » (Directive européenne 2007/60/CE du 23 octobre 2007 relatif à l’évaluation et à la gestion des risques d’inondation). Il fixe les grandes orientations de la politique de gestion des risques inondations sur l’ensemble du territoire de la Guyane pour les 6 prochaines années.
https://www.guyane.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/bilan_consultation_2019-pgri-final2.pdf