17/09/2023
ÔG’ÔRUNGU
Port-Gentil, le 17 septembre 2023
Madame, Monsieur,
Chères sœurs et chers frères établis à Port-Gentil
Mes chers compatriotes,
Le 30 août 2023, le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions présidé par le Général Brice Clotaire Oligui Nguema a renversé le régime politique sous l’égide duquel s’organisaient et s’exerçaient au Gabon, depuis 1967, tous les pouvoirs : exécutif, législatif et judiciaire.
Quasi unanimement les Gabonais ont salué ce coup de force libérateur, parce qu’il était plus que temps que notre pays se renouvelle, se régénère, se réinvente et s’ouvre à la félicité. Ainsi commande l’Histoire des nations.
Dès le 31 août 2023, nous avons suivi avec grand intérêt les discussions menées par le C.T.R.I. avec notamment les clergés, les chefs d’entreprise, les syndicats, la société civile, nombre de partis politiques et anciens ministres, les ONG, les diplomates, les bailleurs de fonds, les journalistes…
Aujourd’hui, nous observons que les Royautés et Chefferies traditionnelles, légitimes dépositaires des valeurs sociales profondes et traditionnelles et du patrimoine culturel et spirituel du Gabon, ont été exclues de ces consultations, du moins, dans les formes qu’imposent les règles d’éthique en telle situation.
Il s’impose à nous de rappeler au C.T.R.I. et à tous les Gabonais pourfendeurs des communautés et des traditions ancestrales, que la souveraineté réelle du Gabon ne peut se concrétiser dans le déni ou le mépris de ce qui est à son fondement, c’est-à-dire : ses communautés sociologiques nationales et tout ce que celles-ci portent, d’histoire, de culture, de valeurs sociales traditionnelles, de spiritualité et de modèle de gouvernance.
Ne pas s’en référer à titre prioritaire, c’est faire fi des fondements spirituels de toute forme de légitimité dans l’exercice du pouvoir suprême. L’ignorer, c’est délibérément se fermer les voies de la cohésion nationale, de l’acceptation enrichissante de l’étranger et du progrès durable. Pire, c’est fouler aux pieds les ressorts réels de la construction multipolaire de notre identité nationale et de notre liberté.
Pour autant, notre Foi réelle aux Ancêtres divinisés de nos peuples, aux Génies tutélaires de nos terres et territoires et à Ranyambiè Notre-Père-Dieu, serait vide si elle ne se manifestait d’abord par une foi inébranlable en l’Homme et en sa capacité de révolution intérieure.
Nous avons foi en ce que les hommes et femmes appelés aujourd’hui à exercer le pouvoir suprême au Gabon, quels qu’ils fussent par le passé, sauront trouver en eux, l’énergie spirituelle suffisante, pour être à la hauteur des rêves du peuple gabonais.
Certes, depuis les nominations des membres de la cour constitutionnelle, d’une part, et celles successives des membres du gouvernement, des membres des bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat, d’autre part, nous avons dû nous rendre à l’évidence : le PDG et ses dignitaires anciens ou nouveaux sont toujours aux commandes de l’Etat gabonais. Le régime politique est toujours le même.
La transition saluée au matin du 31 août 2023 suscite aujourd’hui, à raison il faut en convenir, simultanément, joie et tristesse, espoir et déception.
Cependant cette ambivalence, nous devons tous la dépasser par une détermination sans faille, à ne plus laisser les tenants de l’autorité de l’Etat à en user à leur guise, d’une part, et à exercer la plénitude de nos pouvoirs d’alerte, de proposition et de contrôle.
Le Gabon s’ouvre aujourd’hui à de multiples opportunités. Nous et nous seuls pouvons en faire des opportunités révolutionnaires. Nous ne devons surtout pas, dans cet élan, avoir peur d’expérimenter la pleine puissance de nos traditions millénaires, de notre culture et de nos modèles organisationnels.
Partout en Afrique, les communautés sociologiques nationales et les Chefferies traditionnelles qui les organisent, se recentrent au cœur de l’Etat.
En République Démocratique du Congo, les Chefferies font officiellement partie de l’architecture constitutionnelle depuis l’indépendance en 1960. L’autorité coutumière y est légalement reconnue comme socle des valeurs traditionnelles.
Au Tchad, depuis 2010, un Haut Conseil des Collectivités autonomes et des chefferies traditionnelles a été mis en place.
Au Cameroun dès le 10 décembre 1960, les chefs traditionnels sont légalement reconnus et la représentation des Chefferies traditionnelles dans les Conseils régionaux est légalement garantie
Au Congo, la loi organique n°31‐ 2017 détermine depuis le 7 août 2017, l’organisation, la composition et le fonctionnement du Conseil consultatif des sages et des notabilités traditionnelles.
En République centrafricaine, la loi portant Statut et fonctionnement de la Chefferie traditionnelle a été promulguée le 25 décembre 2018.
Le Gabon reste en marge de cette dynamique de l’histoire de notre continent. Dans son discours du 17 août 2015, le Chef de l’Etat Ali Bongo Ondimba semblait l’avoir compris et souhaitait opérer les ajustements nécessaire, allant jusqu’à instruire le gouvernement de mettre en place le Conseil National des Chefferies du Gabon. Malheureusement ce ne furent, au constat, que vaines paroles.
Depuis 2009, la Royauté Traditionnelle Ôrungu s’est organisée comme modèle de régime de Gouvernance traditionnelle des communautés sociologiques nationales. Structurée autour des Chefferies claniques et des ordres initiatiques traditionnels qui en constituent le cadre idéologique structurant, elle est inventive et innovante. Elle s’adapte aux exigences de son temps pour servir efficacement de cadre de transmission, d’éducation, de promotion, d’identification et de documentation des valeurs fondatrices de notre nation.
C’est pourquoi, au vu de certaines dispositions de la Charte de la Transition, notamment celles, bien qu’étriquées, relatives au parlement de la transition et à l’élaboration d’une nouvelle Constitution de la République gabonaise, il nous semble opportun que nous nous retrouvions et que nous discutions de l’opportunité qui nous est offerte de partager notre vision du Gabon à venir.
Aussi, vous convions-nous à prendre part au Congrès communautaire que nous convoquons à Port-Gentil dans la salle des mariages de la Mairie du 3ème arrondissement, le samedi 23 septembre 2023 à partir de 10 heures.
Sont expressément conviés, quelles que soient leurs origines ethniques, les descendants des clans constitutifs de la Royauté Traditionnelle Ôrungu, établis à Port-Gentil, ainsi que les représentants des Cultes et Pratiques rituelles traditionnels gabonais.
Je vous remercie et vous assure de mon entier engagement à vous servir.
Re-Ntyuga Resonga
ORDRE DU JOUR
L’ordre du jour du Congrès communautaire Ôrungu est articulé principalement sur :
1. La définition des termes de référence du plaidoyer de la Royauté Traditionnelle Ôrungu auprès du Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) aux fins de :
a. Bâtir un Gabon pleinement souverain sur le fondement des valeurs sociales profondes et traditionnelles culturelles et spirituelles de tous les peuples constitutifs de la nation gabonaise ;
b. Intégrer dans la Constitution de la République gabonaise, pour leur conférer valeur et opposabilité juridiques, les Royautés et Chefferies traditionnelles gabonaises, comme Institutions de gouvernance communautaire locale ;
c. Reconnaître les Royautés et Chefferies traditionnelles comme dépositaires du patrimoine traditionnel foncier, culturel et spirituel gabonais ;
2. La définition des modalités (Terme et condition) de l’implication éventuelle de la Royauté Traditionnelle Ôrungu en tant que « force vive » au sein de l’Assemblée nationale et en tant que « organisation traditionnelle » au sein du Sénat de la transition ;
3. L’ouverture de la procédure de rétrocession des terres et territoires communautaires cédés abusivement à la France en vertu, notamment, du Traité de protectorat et cession de territoire conclu le 6 août 1873 entre le contre-amiral Du Quilio, commandant supérieur des Établissements du Gabon, et le chef Yangué N'Yona de l'île Lopez ou Mandji.
Re-Ntyuga Resonga