29/11/2025
Lettre ouverte à Madame le Ministre de la Femme, de la Famille et de la Protection de l’Enfance
Madame le Ministre,
Permettez-nous, en tout premier lieu, de vous adresser nos plus vives félicitations pour votre engagement constant dans la lutte contre les violences basées sur le genre, en particulier les violences numériques qui constituent aujourd’hui une menace croissante pour l’intégrité psychologique, morale et sociale des citoyens, et plus encore des femmes et des jeunes filles. Votre détermination à faire de ces 16 jours d’activisme un moment fort de sensibilisation nationale mérite d’être saluée avec respect.
Cependant, avec toute la considération que nous vous devons, nous souhaitons attirer votre attention sur un point qui suscite une profonde incompréhension au sein de l’opinion publique, ainsi qu’un réel malaise parmi les victimes de ces violences.
I. Une campagne porteuse d’espoir mais fragilisée par certains choix
La campagne actuellement menée repose sur une vision noble : mobiliser la société pour combattre les violences de tout ordre. Néanmoins, le choix de certains activistes sélectionnés pour y prendre part pose de sérieuses questions éthiques et symboliques.
En effet, parmi eux se trouvent des personnes publiquement citées comme présumées auteurs de violences psychologiques, morales ou numériques. Des témoignages récents, livrés à visage découvert, ont d’ailleurs révélé des faits graves que certaines victimes envisagent de porter devant la justice.
Cette situation crée un décalage regrettable entre l’objectif de la campagne et la perception qu’en a une partie importante de la population.
II. Un message brouillé pour les victimes et pour la société
Madame le Ministre, la lutte contre les violences basées sur le genre exige une exemplarité irréprochable. Associer à cette initiative des individus accusés d’avoir eux-mêmes perpétré des violences alors même que des victimes continuent de témoigner donne le sentiment d’une sensibilisation davantage formelle que véritablement engagée.
Ayant des victimes de violences numériques parmis, nous mesurons pleinement la profondeur de ce mal et la souffrance qu’il engendre. C’est pourquoi il nous est difficile, tout comme à de nombreuses autres victimes, de voir certains activistes non seulement impliqués dans de tels actes, mais aussi encourager les invectives, les humiliations publiques ou encore cette rhétorique malsaine consistant à « avoir le cardio » pour supporter les attaques en ligne.
Une campagne qui vise à protéger les victimes ne peut tolérer la présence de ceux qui, par leurs pratiques, renforcent ou banalisent ces violences.
III. Appel à une rectification pour préserver la crédibilité de l’action publique
Afin d’éviter que cette campagne ne perde sa force, son sérieux et sa portée transformative, il apparaît nécessaire de revoir la liste de certains intervenants. Leur retrait ne serait pas un acte d’exclusion, mais un geste de cohérence, de responsabilité et de respect envers les victimes.
L’engagement que vous portez ne peut être magnifié que si les acteurs mobilisés reflètent l’esprit même de la lutte : l’intégrité, l’exemplarité, la solidarité et le refus absolu de toute forme de violence.
Madame le Ministre, votre action est porteuse d’espoir pour celles et ceux qui subissent en silence la violence numérique et ses ravages. C’est au nom de cet espoir, mais aussi au nom de la justice et de la cohérence, que nous vous invitons humblement à reconsidérer la participation de certains activistes à cette campagne.
V Conclusion
Pour que cette initiative soit non seulement visible, mais véritablement crédible et efficace, elle doit s’appuyer sur des acteurs irréprochables, capables de porter un message clair, fort et exemplaire. C’est à ce prix que nous pourrons faire reculer durablement les violences basées sur le genre et restaurer la confiance des victimes dans les institutions chargées de les protéger.
Veuillez agréer, Madame le Ministre, l’expression de notre très haute considération.
Ministère de la Femme, de la Famille et de la Protection de l'Enfance
Fondation Ma Bannière
Zita Oligui Nguema