04/05/2026
*RÉQUISITOIRE CONTRE LA COMMISSION NATIONALE DES ÉLECTIONS PROFESSIONNELLES*
Objet : *Échec systémique, violation de l’obligation légale d’organisation, rupture de la chaîne décisionnelle et atteinte à la sincérité du scrutin*
Il ne s’agit plus d’irrégularités isolées, ni de simples dysfonctionnements administratifs. Ce qui est en cause, c’est un effondrement global du processus électoral, révélateur d’une défaillance structurelle grave.
La Commission nationale des élections professionnelles, investie d’une mission essentielle à la démocratie sociale, n’a pas seulement failli : elle a vidé le processus électoral de sa substance.
*I. Une violation frontale de l’Article 2 de l’arrêté n°008 et de la chaîne de décision publique*
*L’Article 2* de l'arrêté 008 est sans ambiguïté :
la Commission est chargée d’organiser les élections professionnelles dans les secteurs public, parapublic et privé, sous l’autorité du Ministre chargé du Travail.
Cette disposition consacre une architecture institutionnelle précise :
- le Ministre incarne l’autorité politique, dépositaire du pouvoir de décision ;
- les acteurs opérationnels produisent les données techniques du processus ;
- les conseillers du Ministre apportent des avis techniques structurés, constituant des outils d’aide à la décision ;
- la Commission assure la mise en œuvre effective et la cohérence du processus.
Ainsi, la décision politique ne peut être pertinente que si elle repose sur des informations fiables, consolidées et remontées dans les délais.
Or, en se limitant à des interventions partielles, parfois inexistantes, la Commission a rompu cette chaîne :
- absence de structuration des données électorales ;
- défaut de remontée d’informations crédibles ;
- carence dans l’appui technique à la décision ministérielle.
Dès lors, la défaillance constatée dépasse la seule exécution :
c’est l’ensemble du mécanisme d’aide à la décision publique qui a été neutralisé.
Ce manquement constitue, à lui seul, un fondement sérieux d’annulation du scrutin.
*II. Un processus électoral sans architecture ni pilotage*
Aucun processus électoral crédible ne peut exister sans :
- organes opérationnels fonctionnels ;
- encadrement structuré ;
- supervision effective.
*Or :
- aucune commission électorale pleinement opérationnelle ;
- aucune coordination nationale cohérente ;
- aucun contrôle uniforme des opérations.
Le constat est sans équivoque :
un processus livré à lui-même, sans direction, sans garantie.
*III. Une fragmentation révélatrice d’un échec global*
Dans le secteur privé, quelques entreprises ont achevé leur processus électoral.
Mais ces cas demeurent marginaux.
La majorité des entreprises n’a pas conduit les opérations à leur terme.
Ce déséquilibre démontre une réalité incontestable :
le système, dans son ensemble, a échoué.
Les réussites observées ne procèdent pas d’un pilotage institutionnel efficace,
mais d’initiatives isolées.
*IV. Un abandon manifeste du secteur public*
*Dans le secteur public :
- absence totale de maîtrise du processus ;
- absence d’accompagnement technique ;
- impréparation face à un scrutin inédit ;
- recours tardif à des mesures transitoires pour combler un vide prévisible.
Ce constat ne traduit pas une insuffisance ponctuelle.
Il révèle une carence structurelle.
*V. Une incohérence normative portant atteinte à l’égalité*
Pour un même processus électoral :
- une proportionnelle pure est appliquée au privé et au parapublic ;
- un système conditionné par un seuil de 10 % des suffrages est appliqué au public.
*Cette dualité :
- rompt l’égalité entre les acteurs ;
- fragilise la lisibilité des résultats ;
' crée une insécurité juridique manifeste.
Un scrutin ne peut être légitime lorsqu’il repose sur des règles variables selon les secteurs.
*VI. Une opacité incompatible avec l’exercice des droits électoraux*
Les tendances auraient dû être publiées a ce niveau du processus, afin de permettre l’exercice des recours.
*Or :
- aucune publication officielle n’est intervenue a ce jour ;
- une majorité des processus demeure inachevée ;
- des publications irrégulières émanent de certains candidats.
*Cette situation entraîne :
- une impossibilité de préparer les contentieux ;
- une atteinte directe au droit au recours ;
- une perte de contrôle de l’autorité électorale.
L’absence de transparence constitue une rupture grave du processus démocratique.
*VII. Une rupture avec les principes fondamentaux et l’esprit institutionnel*
Les principes cardinaux du droit électoral sont atteints :
- transparence ;
- égalité ;
- sincérité du scrutin ;
- sécurité juridique.
*Mais au-delà de ces principes, une exigence supérieure est en cause :
Dans le souci du respect de la vision du Président de la République,
ces élections, en l’état, ne reflètent pas l’esprit de la Cinquième République.
*Une République fondée sur :
- la rigueur des institutions,
- la crédibilité des processus,
- la confiance dans la représentation,
*ne saurait tolérer un scrutin :
- inachevé,
- désorganisé,
- opaque.
Le décalage entre l’ambition institutionnelle et la réalité opérationnelle est manifeste.
*Conclusion : un échec institutionnel, juridique et fonctionnel
En manquant à son obligation d’organisation et en rompant la chaîne de production de la décision publique, la Commission nationale des élections professionnelles engage pleinement sa responsabilité.
Le processus électoral :
- n’est pas achevé ;
- n’est pas homogène ;
- n’est pas transparent.
- Il est donc irrémédiablement fragilisé, tant sur le plan juridique que sur le plan institutionnel.
*PAR CES MOTIFS*
Il est requis :
- de constater l’échec global du processus électoral ;
- de reconnaître la responsabilité de la Commission ;
- de prononcer l’annulation totale du scrutin ;
- d’exiger la publication immédiate des tendances ;
- de refonder intégralement le dispositif d’organisation.
Un processus électoral peut tolérer des imperfections,
mais jamais la désorganisation ni l’opacité.
Sans chaîne décisionnelle fiable,
il n’y a pas de gouvernance.
Sans gouvernance,
il n’y a ni légitimité, ni République.
*Jocelyn Louis NGOMA*
Secrétaire Général de la FETRAG