08/05/2026
LES MYÉNÉ, FILS DES GRANDS LACS ET GARANTS DES EAUX
Ils sont présents à l’estuaire, sur les rives du lac Onangé, aux embouchures du delta du Sékéni et le long des lagunes du littoral. Mais pour comprendre qui sont vraiment les Myéné, il faut remonter bien plus loin que les rives que l’on leur connaît aujourd’hui jusqu’aux Grands Lacs de l’Afrique de l’Est, et plus précisément jusqu’aux bords du lac Tanganyika, dont le nom, dans leur propre langue, signifie « compter les vagues », de tanga, compter, et nyika, vagues.
Les Myéné ou Ngwé-Myènè sont l’un des peuples les plus anciennement établis du Gabon. Dès le XIIIe siècle, ils étaient déjà installés sur les côtes et les voies d’eau intérieures du pays. Ils descendent d’un groupe fondateur commun aux Membè et aux Myéné, connu dans la tradition orale sous le nom de Kanguè n’a Ngouagnà, parti du Tanganyika lors des grandes migrations bantoues vers l’ouest. Au fil des siècles, ce groupe se scinda : une branche donna naissance aux Membè, peuples de l’intérieur forestier, dont sont issus notamment les Mitsogho ; l’autre branche, les proto-Myéné, glissa progressivement vers les côtes, les estuaires et les lacs, façonnée par l’eau autant que par la forêt.
Le peuple Myéné ne forme pas un bloc homogène. Il se compose de six sous-groupes distincts, répartis dans trois provinces du Gabon : les Mpongwè, maîtres de l’estuaire du Komo et premiers interlocuteurs des Européens dès le XVe siècle ; les Oroungou, seigneurs du Cap Lopez et du littoral sud ; les Galwa, établis à Lambaréné et dans les lacs ; les Ajumba, navigateurs du moyen Ogooué ; les Enenga, riverains du lac Zilé ; et les Nkomi, installés dans le delta et la lagune de Fernan-Vaz. Six identités distinctes, mais une même langue, une même mémoire et une même vocation : l’eau.
Car ce qui unit fondamentalement les Myéné, c’est leur rapport à l’eau. Grands navigateurs, pêcheurs, commerçants, ils ont fait des voies aquatiques du Gabon leurs routes naturelles bien avant que les Européens ne pénètrent l’intérieur du continent. Les Mpongwè notamment furent pendant des siècles les incontournables intermédiaires du commerce entre les peuples de l’intérieur et les navires européens, maîtrisant aussi bien la pirogue que la négociation diplomatique, comme l’a illustré le roi Denis Rapontchombo au XIXe siècle.
Aujourd’hui peuple cosmopolite, marqué par des siècles de métissages et d’ouverture sur le monde, les Myéné s’attachent aussi à préserver une identité traditionnelle forte, à travers leurs chefferies, leurs rites ancestraux et une culture gastronomique et musicale distincte. Ils sont l’une des grandes mémoires vivantes du Gabon un peuple né loin de l’océan, qui a trouvé dans l’eau sa véritable demeure.