17/04/2023
EN HIMALAYA, LA RUE VERS L'OR DU YARSAGUMBA
La région de l’Himalaya est bien connue pour l’extrême diversité de ses plantes médicinales, dont beaucoup sont utilisées dans la pharmacopée traditionnelle tibétaine. Ce que l’on sait moins, c’est que la grande popularité d’une de ces plantes appelée yarsagumba a déclenché une véritable ruée vers l’or.
Mais quelle est cette plante mystérieuse que d’aucuns décrivent comme à moitié champignon et à moitié chenille. Sur le plan étymologique, yarsagumba est la combinaison de deux mots tibétains signifiant plante d’été et insecte d’hiver. Chaque printemps, juste avant la saison des pluies, les spores du champignon cordiceps sinensis s’accrochent sur une espèce de larve vivant enterrée, l’héptialis armoricanus, et se développent en se nourrissant sur la chenille jusqu’à la tuer et la momifier. Cette espèce hybride dont le cœur est de couleur brun foncé à jaune jouit d’une grande réputation pour ses vertus médicinales. Elle croit jusqu’à sa maturité, puis reste dans le sol pendant tout l’hiver jusqu’à sa collecte au printemps suivant par des hordes de villageois qui passent littéralement au peigne fin les pâturages himalayens situés entre 3300 et 4000 mètres d’altitude.
Le commerce du yarsagumba suscite un véritable engouement auprès des consommateurs asiatiques à cause des pouvoirs magiques de cette plante étrange qui serait très efficace pour lutter contre la fatigue, les problèmes respiratoires, le mauvais cholestérol, mais aussi pour augmenter l’endurance et les capacités se*****es. Le yarsagumba est ainsi appelé herbe de la vie par les tibétains, mais il est de plus en plus reconnu comme le vi**ra de l’Himalaya.
Jusqu’en 2001, la collecte du yarsagumba était illégale au Népal, mais devant son incroyable popularité, face à la pression des villageois sans ressources et des négociants chinois, mais aussi au regard du fort potentiel de taxes que cela pouvait représenter pour le gouvernement népalais, l’interdiction a été levée tout en étant assortie d’une taxe gouvernementale de 250 euros par kilo.
Les milliardaires chinois s’arrachent le yarsagumba à prix d’or, et selon les autorités officielles népalaises il se vend sur le marché asiatique jusqu’à 5000 euros le kilo. Ce phénomène qui alimente spéculation et réseaux parallèles a déclenché une véritable ruée vers l’or dans les coins les plus reculés de l’Himalaya, ce qui malheureusement n’est pas sans poser de graves problèmes liés à l’abandon par de nombreux bergers nomades tibétains du pastoralisme traditionnel, mais surtout à la forte dégradation d’un milieu montagnard naturel fragile.