11/06/2026
🚴♂️🇪🇺 La Traversée Cyclo Vouneuil–Moretta 2026
Le récit
Sept jours pour relier deux communes, deux pays, et beaucoup plus encore
Le 9 mai 2026, jour de la Journée de l’Europe, la place Moretta de Vouneuil-sous-Biard ne ressemblait pas tout à fait aux autres matins de printemps. Dès les premières heures de la journée, des vélos s’alignaient, des bénévoles s’affairaient autour des tables de café, les drapeaux européens flottaient aux côtés des couleurs françaises et italiennes, et l’on sentait déjà qu’il se préparait quelque chose de particulier.
Pendant des mois, ce projet avait mûri dans les réunions du Club Cyclos de Vouneuil-sous-Biard, du Comité de Jumelage de Vouneuil-sous-Biard et de l’association Initiatives Citoyennes. Au départ, il y avait une idée simple : rejoindre à vélo la ville jumelée de Moretta. Mais très vite, l’ambition était devenue plus large. Il ne s’agissait plus seulement d’un défi sportif. Il s’agissait de créer un projet communal, européen et intergénérationnel. Une aventure ouverte à tous.
Ainsi était née La Traversée Cyclo Vouneuil–Moretta 2026.
Trois formats avaient été imaginés afin que chacun puisse participer selon ses envies et ses moyens : une traversée découverte familiale de 15 kilomètres, une formule week-end sur deux étapes et enfin la traversée intégrale de plus de 800 kilomètres jusqu’en Italie. Le pari était audacieux. Il fut réussi dès le premier matin.
Le grand départ : l’Europe en selle
Ce 9 mai 2026, près d’une centaine de personnes étaient réunies autour des organisateurs. Habitants, élus, familles, cyclistes aguerris, simples curieux, amis italiens de cœur : tout le monde semblait avoir rendez-vous avec cette idée un peu f***e de relier la Vienne au Piémont à vélo.
Le Mouvement Européen avait tenu à être présent en ce jour symbolique de la fête de l’Europe et avait apporté goodies et soutien moral aux participants. La radio RCF accompagnait l’événement pour faire vivre l’aventure au quotidien.
Avant le départ, Monsieur le Maire remit officiellement une lettre destinée au maire de Moretta. Le symbole était fort : les cyclistes devenaient pour quelques jours les ambassadeurs d’une amitié européenne concrète, tissée entre deux communes éloignées mais unies depuis des années par le jumelage.
Puis vint le moment du départ.
Le premier “étage de la fusée”, comme les organisateurs aimaient le dire avec humour, s’élança dans une ambiance festive. Une trentaine de personnes accompagnèrent les cyclistes jusqu’à la tour de Vouneuil sur un itinéraire de découverte préparé par Initiatives Citoyennes. Sourires, encouragements, coups de klaxon amicaux, photos de groupe : tout indiquait que la Traversée appartenait déjà à la commune tout entière.
Ensuite, les choses sérieuses commencèrent.
Les grandes lignes droites du Berry
Après Bonnes et Ingrandes, où un pique-nique préparé avec soin attendait les participants, la Traversée rejoignit l’ancienne voie ferrée Poitiers–Châteauroux transformée en voie verte. Ce fut une révélation pour beaucoup. Sur ces longues lignes droites paisibles, les kilomètres défilaient dans un décor de campagne préservée.
Le groupe traversa Le Blanc puis Rivarennes avant d’atteindre Argenton-sur-Creuse après 120 kilomètres de bonheur.
Le lendemain matin, après une nuit réparatrice au camping, les cyclistes reprirent la route en direction du Bourbonnais. Ils découvrirent l’église peinte du Menoux, admirèrent le viaduc proche de La Châtre et traversèrent les paysages vallonnés de l’Indre.
À Châteaumeillant, un nouveau pique-nique les attendait. Plus loin, le château de Culan servit de décor à un moment particulier : Frank et Olivier y célébrèrent leurs premiers 200 kilomètres à vélo. Pour eux, cette aventure représentait déjà quelque chose d’immense.
Le groupe s’arrêta également devant l’école d’Henri Alain-Fournier à Épineuil-le-Fleuriel, comme un clin d’œil littéraire au Grand Meaulnes.
Mais en fin de journée, l’orage éclata brutalement. Grêle, pluie, froid. La météo rappelait déjà qu’elle serait l’autre grande protagoniste de cette Traversée. Les cyclistes rejoignirent finalement le gîte d’Ygrande trempés mais heureux.
C’est là que le deuxième étage de la fusée s’acheva. Une partie des participants rentra vers Vouneuil. Trois hommes poursuivraient désormais jusqu’en Italie : Bernard, Olivier et Philippe.
À trois vers les Alpes
Le troisième jour marqua un changement d’ambiance. Le groupe réduit avançait désormais dans une forme de huis clos amical. Les longues discussions sur le vélo, les paysages, les rencontres et les imprévus commencèrent à rythmer les journées autant que les coups de pé**le.
À Saint-Menoux, les trois compagnons accomplirent le rituel du célèbre “débredinoire”, espérant y laisser leurs mauvaises pensées avant la suite du voyage.
La route suivit ensuite l’ancienne RN7, ses stations-service rétro et ses souvenirs d’un autre temps. La Traversée prenait alors une dimension patrimoniale inattendue. On roulait à travers les paysages, mais aussi à travers les histoires françaises.
La météo, elle, ne désarmait pas. Un nouvel orage força les cyclistes à s’abriter dans une grange providentielle avant une arrivée rapide à Roanne.
Le Rhône, Lyon et les rencontres
L’étape suivante fut sans doute l’une des plus chaleureuses humainement.
Dans les monts du Beaujolais, le groupe grimpa le col du Pilon avant de rejoindre des membres du club cyclo de Caluire-et-Cuire. Très vite, les inconnus du matin devinrent des compagnons de route.
Ensemble, ils traversèrent les paysages des pierres dorées, partagèrent pizzas et discussions, puis roulèrent jusqu’au Tata sénégalais de Chasselay, lieu de mémoire bouleversant rappelant le massacre de tirailleurs africains par les n***s en 1940.
Le soir, la Traversée entra dans Lyon en longeant la Saône puis le Rhône. Les cyclistes franchirent le tunnel de la Croix-Rousse avant d’être accueillis chaleureusement à leur hôtel.
Le groupe retrouvait Guillaume, le gérant de l’hôtel et ami de Bernard, qui a offert l’hébergement. Vincent, un ami de Philippe, est venu partager le dîner .
Cette journée résumait parfaitement l’esprit du projet : du vélo, des rencontres, de la mémoire, du partage et de l’amitié.
La montagne à l’horizon
En quittant Lyon, les paysages changèrent progressivement. A Mions, Vincent, l’ami de Philippe, rejoignait le groupe. La vallée du Rhône laissa place aux premiers reliefs alpins. À mesure que les kilomètres défilaient, la montagne apparaissait de plus en plus nettement. A la Côte Saint-André, village d’Hector Berlioz, Vincent retourna sur Lyon.
Le groupe poursuivit la route et longea l’Isère jusqu’à Vizille. Les corps commençaient à accumuler la fatigue, mais le moral restait excellent.
Le lendemain devait être le grand rendez-vous avec les Alpes.
Mais la montagne décida de rappeler qu’elle impose toujours ses règles.
Sous la pluie, puis sous la neige
Le départ de Vizille eut lieu sous un ciel menaçant. La route vers le col du Lautaret montait progressivement, sans brutalité mais sans répit. Pendant des dizaines de kilomètres, les cyclistes avancèrent sous la pluie.
À Bourg-d’Oisans, un arrêt chocolat chaud permit de reprendre un peu de courage. Puis l’ascension reprit.
Le barrage du Chambon marqua le début des choses sérieuses. Les paysages devenaient grandioses, mais le temps se dégradait rapidement. À La Grave, alors que le soleil semblait revenir, un nuage noir engloutit soudain la vallée. La pluie se transforma en neige.
Le froid devint mordant.
La décision fut prise avec lucidité : il fallait arrêter l’étape à vélo. Les vélos furent chargés rapidement dans le fourgon. Quelques minutes plus t**d, la neige tombait abondamment sur le col du Lautaret.
Cette décision résumait parfaitement l’esprit de la Traversée : aller loin, mais sans jamais céder à l’inconscience.
À Briançon, Philippe et Laurence, la sœur de Jacky, le trésorier du club cyclos, accueillirent les cyclistes avec une chaleur extraordinaire. Do**he chaude, spécialités locales, fromages du Queyras et longues discussions autour du vélo transformèrent cette soirée en parenthèse précieuse.
L’Italie enfin
Le 15 mai au matin, la montagne était toujours hostile. Deux degrés aux cols, neige sur les hauteurs. Le groupe décida donc de franchir le col de Montgenèvre et Sestrières en fourgon.
Ce fut le bon choix. La neige tombait toujours.
Puis, soudain, l’Italie.
Après un déjeuner à Pinerolo, les trois cyclistes reprirent finalement leurs vélos pour les trente derniers kilomètres dans la plaine du Pô.
Ces derniers kilomètres avaient une saveur particulière. Le but approchait enfin.
À l’entrée de Moretta, six cyclistes italiens vinrent à leur rencontre. Ensemble, ils roulèrent jusqu’au sanctuaire puis jusqu’au fleuve.
Puis vint l’accueil officiel.
Une délégation du Gemellaggio Moretta, le maire Gianni Gatti, d’anciens élus et de nombreux amis attendaient les Français. Banderole, cadeaux, discours, embrassades : tout rappelait que cette Traversée n’était pas seulement sportive.
Philippe remit officiellement la lettre du maire de Vouneuil au maire de Moretta. En retour, une nouvelle missive fut confiée pour la municipalité française. Cette fois, elle reviendra sur Vouneuil plus rapidement , grâce au fourgon suiveur.
La boucle était bouclée.
Plus qu’un voyage à vélo
La Traversée Cyclo Vouneuil–Moretta 2026 restera bien davantage qu’une randonnée itinérante.
Elle aura été :
• une aventure humaine ;
• une expérience collective ;
• un projet communal ;
• un hommage concret à l’Europe des territoires ;
• une démonstration de solidarité et d’amitié ;
• un voyage marqué par la pluie, les cols enneigés, les efforts et les rencontres.
Les participants auront parfois dû adapter leur rêve à la réalité des montagnes et de la météo. Mais ils auront aussi découvert que l’essentiel n’était peut-être pas seulement d’arriver entièrement à vélo.
L’essentiel était d’être partis ensemble.
Et d’être arrivés ensemble.
Andiamo a Moretta.
Ma siamo a Moretta.