07/06/2026
Série « Villages des Deux Morin » épisode 20 : Mauperthuis… Voici son histoire…
Les secrets de Mauperthuis…
Il est des villages qui se contentent de traverser l’Histoire. D’autres semblent la défier.
Mauperthuis appartient à cette seconde catégorie.
Bien avant que son nom n’apparaisse dans les archives, bien avant les châteaux, les seigneurs et les écrivains, des hommes avaient déjà choisi ces terres. À l’époque paléolithique, alors que la Brie n’était encore qu’un vaste paysage sauvage, ils parcouraient déjà ces vallons, ces coteaux et ces forêts qui façonnent encore aujourd’hui le visage du village.
Depuis lors, les siècles se sont succédé sans jamais interrompre la présence humaine. Peu de communes peuvent se prévaloir d’une histoire aussi ancienne.
Mais le destin de Mauperthuis n’a jamais été facile.
À l’époque romaine, une importante voie de circulation traverse le territoire. Les voyageurs y trouvent pourtant un passage redouté. Les pentes sont abruptes, les chemins difficiles, les gués délicats à franchir. Les mouvements de terrain et les coulées de boue compliquent encore davantage les déplacements.
Le lieu finit par gagner une réputation peu enviable. Son nom viendrait de Malpertus, le « mauvais passage ». Une appellation qui semble avoir traversé les siècles comme un avertissement laissé aux voyageurs.
Comme si cela ne suffisait pas, la vaste forêt de Malvoisine, qui borde le village, devient au fil du temps un refuge pour les brigands. Ses profondeurs sombres inspirent autant la peur que l’imagination. Les récits populaires s’y multiplient, et certains voient dans ces bois l’un des décors qui auraient nourri l’univers du Roman de Renart. Ses sentiers ombragés et ses profondeurs mystérieuses offrent encore aujourd’hui un refuge aux véritables renards qui peuplent ses sous-bois.
Puis viennent les guerres.
Comme tant de villages français, Mauperthuis connaît l’occupation lors des deux conflits mondiaux. Les générations passent, emportant avec elles leur lot d’épreuves et de souvenirs.
Et pourtant, Mauperthuis demeure.
Aujourd’hui encore, le village semble veiller paisiblement sur la campagne briarde depuis son coteau. Les champs ondulent à perte de vue, les vallons se succèdent dans une harmonie de verts changeants, et la forêt de Malvoisine offre aux promeneurs ses sentiers ombragés.
Le renard y vit toujours.
Mais celui que l’on aperçoit parfois au détour d’un chemin est bien moins rusé que son célèbre cousin des légendes médiévales.
Au cœur du village, l’eau continue de raconter l’histoire des hommes.
Autrefois, un lavoir occupait la place principale. Détruit au début du XIXe siècle, il fut reconstruit quelques centaines de mètres plus bas. D’abord couvert d’un toit de chaume, puis de tuiles vers 1920, il est devenu l’un des témoins silencieux de la vie quotidienne des habitants.
Tout près, la source Saint-Nicolas poursuit inlassablement son chemin.
Depuis des générations, elle a vu défiler des lavandières, des enfants, des amoureux, des anciens. Si elle pouvait parler, elle raconterait sans doute mille histoires oubliées. Les joies simples des jours ordinaires. Les inquiétudes des temps difficiles. Les confidences murmurées à voix basse lorsqu’on pensait n’être entendu de personne.
Parmi ceux qui furent séduits par le charme de Mauperthuis figure un homme dont le nom résonne encore dans la littérature française : Théophile Gautier.
Avant de devenir l’écrivain admiré que l’on connaît, ami de Balzac et de Baudelaire, il rêvait de peinture. Il séjourna à de nombreuses reprises à Mauperthuis et trouva dans le village une source inépuisable d’inspiration.
Dans ses dessins et ses tableaux apparaissent des scènes et des personnages de la vie locale du XIXe siècle.
Plus t**d, lorsqu’il abandonna les pinceaux pour la plume, il n’oublia jamais ces paysages. Son affection pour Mauperthuis transparaît dans plusieurs de ses œuvres, notamment Mademoiselle de Maupin et Le Capitaine Fracasse. La pyramide, le colombier, les fontaines et les perspectives du village nourrissent encore aujourd’hui l’imaginaire de ses lecteurs.
Car Mauperthuis possède un patrimoine singulier.
Au XVIIIe siècle, la puissante famille de Montesquiou, l’une des plus anciennes lignées de France, hérite de la terre de Mauperthuis. Parmi ses membres figurent plusieurs mousquetaires ayant servi le royaume.
Les Montesquiou entreprennent alors de transformer le village.
Ils font bâtir un château aujourd’hui disparu. Autour de lui naît un vaste domaine agrémenté de monuments remarquables. L’église Saint-Pierre, la fontaine de pierre, le colombier, la grotte de rocaille et plusieurs aménagements paysagers témoignent encore de cette période fastueuse.
Face au château se dressait un obélisque de quatorze mètres de haut.
Point de départ des chasses seigneuriales, il guidait autrefois les regards à travers le parc. Le château a disparu. L’obélisque, lui, demeure, défiant les siècles comme un gardien de pierre.
Mais le monument le plus mystérieux se cache un peu plus loin.
Au Moulin de Mistou, au milieu d’un écrin de verdure, surgit une pyramide.
Sa présence étonne le visiteur.
Pourquoi une pyramide ici, dans un village briard ? À peine à 8km de Coulommiers ?
Au XVIIIe siècle, les invités y accédaient par un souterrain. Ils cheminaient dans l’obscurité avant d’émerger soudain dans la lumière. Le parcours avait valeur de symbole : quitter les ténèbres pour rejoindre la connaissance, abandonner l’ombre pour retrouver la clarté.
Aujourd’hui encore, le lieu conserve quelque chose d’énigmatique.
Au fond du parc apparaît le moulin. Plus loin encore se dresse l’ancienne tour des gardes. Malgré les restaurations nécessaires au fil du temps, deux de ses faces sont demeurées intactes depuis le Moyen Âge.
Partout, Mauperthuis semble jouer avec le temps.
Les siècles s’y superposent sans jamais s’effacer.
Et puis vint octobre 2024.
Pendant six jours, l’eau s’installa dans le village et dans une partie de la vallée. Les inondations frappèrent durement les habitants. Les maisons furent envahies, les biens endommagés, les habitudes bouleversées.
Une nouvelle épreuve dans l’histoire déjà longue de ce territoire.
Mais comme leurs ancêtres avant eux, les Malperthusiens refusèrent de céder au découragement.
Ils nettoyèrent, réparèrent, s’entraidèrent. Les voisins aidèrent les voisins. Les familles se soutinrent. Au milieu de la boue et des dégâts apparut ce qui fait la véritable richesse d’un village : la solidarité.
Cette force tranquille mérite d’être saluée.
À travers son travail de mémoire et de sensibilisation aux risques d’inondation, VigiCrécy tient à rendre hommage aux habitants de Mauperthuis. Leur courage, leur dignité et leur détermination s’inscrivent dans la continuité d’une histoire commencée il y a plusieurs millénaires.
Car finalement, le véritable trésor de Mauperthuis ne se trouve ni dans ses monuments, ni dans ses légendes, ni même dans les souvenirs laissés par Théophile Gautier.
Il réside dans cette étonnante capacité à traverser les siècles, les guerres, les crues et les mauvais passages sans jamais perdre son âme.
Peut-être est-ce là, au fond, le plus beau des secrets de Mauperthuis.