25/05/2026
Les amis,
Il faut qu’on se dise les choses franchement. Aujourd’hui, quand un salarié entend parler d’une augmentation “brute” de son salaire, ça ne lui parle plus vraiment. Ce qui intéresse les Français, ce n’est pas ce qu’il y a écrit sur une ligne administrative avant les prélèvements. Ce qui intéresse les travailleurs, c’est ce qui arrive réellement sur leur compte bancaire à la fin du mois. Voilà la vérité.
Et la vérité aujourd’hui, en 2026, c’est que des millions de Français n’arrivent plus à suivre.
Le coût de la vie explose. L’électricité augmente. Le gaz augmente. Les carburants augmentent. Les loyers deviennent insupportables. Les courses alimentaires coûtent de plus en plus cher. Même les assurances, les mutuelles et les dépenses du quotidien deviennent une source d’angoisse.
Pendant ce temps-là, le SMIC vient d’être revalorisé automatiquement de 2,41 %. Le salaire minimum net passe d’environ 1 443 euros à 1 478 euros net par mois. Une hausse d’environ 35 euros net.
Soyons honnêtes entre nous : qui peut croire qu’avec 35 euros de plus par mois, un salarié va retrouver une vie digne ?
Aujourd’hui, les Français ne demandent pas des privilèges. Ils demandent simplement de pouvoir vivre normalement de leur travail.
Parce qu’il y a désormais un problème profond dans notre société : beaucoup de travailleurs modestes ont le sentiment de travailler énormément pour finalement vivre à peine mieux — parfois même moins bien une fois toutes les dépenses payées — que certaines personnes bénéficiant uniquement des aides sociales.
Attention, il ne faut pas tomber dans le piège qui consiste à opposer les pauvres entre eux. Les aides sociales sont nécessaires. Elles ont été construites par des décennies de combats sociaux portés notamment par la gauche républicaine et sociale. Elles protègent les familles les plus fragiles, les personnes malades, les travailleurs précaires, les retraités modestes.
Mais il faut aussi entendre la colère silencieuse de celles et ceux qui travaillent.
Quand une personne se lève à 5 heures du matin, fait parfois une heure de route, travaille toute la journée, rentre épuisée le soir et découvre qu’à la fin du mois il ne lui reste presque rien après avoir payé son loyer, son essence, ses factures et ses courses, alors oui, il y a un problème de modèle économique.
Le travail doit permettre de vivre dignement. C’est un principe fondamental.
Prenons un exemple concret.
Un salarié au SMIC aujourd’hui touche environ 1 478 euros net.
Dans beaucoup de villes françaises :
* un loyer coûte entre 700 et 1 000 euros,
* l’électricité et le chauffage peuvent dépasser 150 euros,
* les courses alimentaires coûtent facilement 300 à 400 euros,
* le carburant ou les transports représentent parfois 200 euros,
* sans compter les assurances, internet, le téléphone ou les imprévus.
Le calcul est simple : à la fin du mois, il ne reste presque plus rien.
Et encore, nous parlons ici d’une personne seule. Pas d’un couple avec enfants. Pas d’une mère célibataire. Pas d’un salarié qui aide ses parents ou qui rembourse un crédit.
Alors il faut ouvrir un vrai débat national : combien faut-il aujourd’hui pour vivre dignement en France ?
Pendant longtemps, certains considéraient qu’un SMIC à 1 600 euros net était déjà irréaliste. Pourtant, cette idée avait été portée par la gauche sociale il y a plusieurs années. Aujourd’hui, avec l’inflation, beaucoup d’économistes, de syndicats et de travailleurs considèrent déjà qu’un salaire net entre 1 600 et 1 900 euros devient le strict minimum pour vivre correctement.
Et soyons clairs : quand on parle d’augmenter le SMIC, on parle du salaire minimum. On parle du seuil de base permettant à un travailleur de vivre.
Les cadres, les responsables, les chefs d’entreprise ou les salariés au-dessus du SMIC ne sont pas concernés directement par cette base minimale. Ensuite, il appartient aux entreprises et au dialogue social de réajuster naturellement les autres niveaux de salaires. Cela a toujours existé dans notre histoire sociale.
À chaque grande avancée sociale, certains annonçaient la catastrophe.
On l’a entendu pour les congés payés.
Pour la Sécurité sociale.
Pour les retraites.
Pour les 35 heures.
Et pourtant, la France avançait.
Aujourd’hui, imaginer un SMIC net à 1 900 euros n’est plus une idée extravagante. C’est une réflexion sérieuse face au coût réel de la vie.
Et contrairement à ce que certains racontent, ce n’est pas impossible économiquement.
L’Union européenne permet déjà des mécanismes de soutien économique et social. Des aides existent pour accompagner les transitions énergétiques, industrielles et salariales. Des exonérations ciblées peuvent être mises en place sur les bas salaires. L’État peut aussi mieux lutter contre l’évasion fiscale et demander davantage d’efforts aux multinationales qui réalisent des bénéfices records pendant que les travailleurs s’appauvrissent.
Parce qu’au fond, le sujet n’est pas uniquement économique.
Le sujet est moral.
Quel modèle de société voulons-nous pour la France ?
Une société où des millions de travailleurs vivent dans l’angoisse permanente du découvert bancaire ?
Ou une société où le travail permet enfin de vivre dignement, de se loger correctement, de se nourrir convenablement et de construire un avenir ?
Imaginez un instant une France où un salarié au SMIC pourrait enfin respirer.
Une France où un jeune pourrait prendre un appartement sans dépendre de ses parents.
Une France où une famille pourrait partir quelques jours en vacances sans s’endetter.
Une France où l’on ne choisirait plus entre remplir le frigo ou payer la facture d’électricité.
Une France où travailler ne serait plus une lutte permanente pour survivre.
Cette France-là n’est pas impossible.
Elle demande simplement du courage politique, de la justice sociale et une volonté collective de remettre l’humain au centre de l’économie.
Parce qu’au fond, les Français ne demandent pas la richesse.
Ils demandent simplement le droit de vivre dignement de leur travail.
Lucien Gomis Signou
Gomis Lucien
Dialogue Social Aide à la rédaction & accompagnement écrit Dialogue Social