23/10/2026
🇫🇷🌺 | « Celles de 14 » : Portrait n°13 – Camille Claudel
🕊️ En 1917, alors que la Première Guerre mondiale ravage l'Europe, une femme écrit depuis un établissement psychiatrique du Vaucluse. Depuis quatre ans, elle réclame sa liberté. Elle qui avait connu les ateliers parisiens, travaillé aux côtés des plus grands sculpteurs et donné naissance à des œuvres d'une beauté saisissante ne peut désormais plus créer.
Tandis que des millions d'hommes combattent sur les champs de bataille, elle mène une autre lutte, silencieuse et désespérée, contre la maladie et un enfermement dont elle espère sortir. Cette femme s'appelait Camille Claudel.
Née le 8 Décembre 1864 à Fère-en-Tardenois, dans l'Aisne, Camille grandit dans une famille où son père encourage sa vocation artistique, tandis que sa mère se montre d'abord réticente à l'idée de la voir embrasser une carrière encore largement réservée aux hommes. Elle est également la sœur de Paul Claudel, futur écrivain et diplomate.
Dès l'enfance, elle manifeste une véritable passion pour la sculpture, modelant la terre avec une étonnante habileté. À Nogent-sur-Seine, son talent attire l'attention du sculpteur Alfred Boucher, qui encourage sa famille à lui permettre de poursuivre cette vocation. En 1881, les Claudel s'installent à Paris, où Camille poursuit sa formation artistique, notamment à l'Académie Colarossi.
🎨 En 1883, elle rencontre Auguste Rodin dont elle devient l'élève, la collaboratrice puis la compagne. Dans son atelier, elle participe notamment à la réalisation des « Bourgeois de Calais ». Leur relation, aussi passionnée que tumultueuse, nourrit leurs créations respectives. Mais Camille cherche progressivement à s'affirmer comme une artiste à part entière, dans un univers largement dominé par les hommes.
Ses sculptures témoignent d'un talent remarquable. « Sakountala » exprime toute la tendresse d'une étreinte, « La Valse » donne aux corps enlacés un mouvement saisissant, tandis que « L'Âge mûr », souvent interprété comme une évocation de sa rupture avec Rodin, traduit avec une grande intensité les sentiments d'abandon et de séparation.
Après sa rupture définitive avec Rodin en 1898, Camille poursuit sa carrière et développe des créations plus personnelles. En 1905, une exposition lui est consacrée à Paris. Malgré la reconnaissance de plusieurs artistes et critiques, elle peine cependant à vivre de son travail.
Peu à peu, les difficultés financières, la solitude et des troubles psychiques fragilisent son existence. Persuadée d'être persécutée, notamment par Rodin, elle s'isole et détruit une partie de ses sculptures.
🏥 Le 10 Mars 1913, quelques jours après la mort de son père, Camille Claudel est internée à l'asile de Ville-Évrard, près de Paris, à la demande de sa famille et sur la base d'un certificat médical. Elle a 48 ans et ne retrouvera jamais la liberté.
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate en Août 1914, elle est toujours internée. En Septembre 1914, elle est transférée à l'asile de Montdevergues, à Montfavet, près d'Avignon, où elle passera le reste de son existence.
✉️ En 1917, elle adresse une lettre bouleversante au Docteur Michaux, qui l'avait examinée avant son internement. Elle y dénonce ses conditions de vie, exprime son sentiment d'abandon et supplie qu'on lui permette de quitter l'établissement ou, à défaut, de rejoindre un hôpital parisien.
Dans cette même correspondance, elle s'inquiète également du sort du fils du médecin, susceptible de combattre dans les tranchées. Même derrière les murs de son asile, elle n'oublie pas la guerre qui déchire le pays.
🕯️ Après l'Armistice du 11 Novembre 1918, la France retrouve progressivement la paix. Mais pour Camille Claudel, rien ne change. Malgré des avis médicaux envisageant à certaines périodes une sortie sous conditions, elle demeure internée.
Le 3 Mars 1927, dans une lettre adressée à son frère Paul, elle écrit avec désespoir : « après 14 ans aujourd’hui d’une vie pareille je réclame la liberté à grands cris. » Elle rêve de retrouver Villeneuve, où réside sa famille, et regrette amèrement de ne plus pouvoir consacrer sa vie à la sculpture. Malgré ses appels, elle ne quittera jamais l'établissement.
Le 19 Octobre 1943, en pleine Seconde Guerre mondiale, Camille Claudel s'éteint à Montdevergues, à l'âge de 78 ans, après plus de trente années d'internement. Elle est inhumée au cimetière de Montfavet, mais sa tombe finira par disparaître, la concession n'ayant jamais été renouvelée.
Longtemps éclipsée par la renommée de Rodin et par le récit tragique de son existence, son œuvre retrouve progressivement la reconnaissance qu'elle mérite. En 2017, un musée entièrement consacré à son art ouvre à Nogent-sur-Seine, là même où son talent avait commencé à s'épanouir.
🌺 Le destin de Camille Claudel rappelle que la Première Guerre mondiale ne s'est pas seulement vécue sur les champs de bataille, dans les hôpitaux ou dans les usines. Tandis que le monde traversait l'un des conflits les plus meurtriers de son histoire, cette artiste de génie menait son propre combat, loin des regards.
Elle qui avait su donner à la pierre et au bronze tant de mouvement, de passion et de vie allait pourtant passer trente années derrière les murs d'un établissement psychiatrique, privée de la liberté qui avait nourri son art.
🌺 Elle s'appelait Camille Claudel. Elle était l'une de ces « Celles de 14 » dont l'Histoire mérite de se souvenir.
Son parcours sera à découvrir aux côtés de ces autres femmes d'exception, mises à l'honneur du 11 au 20 Novembre prochain à Villecerf à travers l'exposition itinérante « Celles de 14 ».
📌 À retenir :
📅 Du 11 au 20 Novembre 2026, de 14h à 18h
🏅 Inauguration le 11 Novembre à 16h
📍 Espace des Prés de la Forge (ancien site ALLO FLOCK) – 16, Route de Montereau – 77250 Villecerf
🎟️ Entrée gratuite
***sBleuHorizon