13/08/2026
Rester/Partir
Lorsqu’il m’arrive de faire visiter le fournil, souvent les questions se répètent. Combien de temps pour allumer le four ? Combien de pains peut-on enfourner et à quelle température ? Quelle différence entre un pain cuit au feu de bois et un pain cuit dans un four électrique ? Forcément, les réponses se répètent aussi, mais plus j’essaye de développer et de me rapprocher de ma vérité, plus je m’aperçois à quel point le lien que j’ai fini par établir avec mon four est vivant.
Aujourd’hui, rien que trois fournées me séparent du moment de commencer à tourner la page, et je ne regrette rien de cette aventure. J’assume mes erreurs et je fête mes bonnes idées. Je suis très heureux d’avoir une petite clientèle de fidèles, dont certains sont devenus des amis. Mais rien n’aura été simple et quelques petits échecs sont à constater. Par exemple, je n’aurai pas réussi à collaborer ni avec des restaurants ni avec des commerces, et je n’aurai pas non plus réussi à attirer le public à la ferme de façon plus nombreuse afin de développer la vente sur place. Mais ça n’a plus d’importance. J’aurai fait mon chemin différemment et c’est d’autant mieux comme ça. En fait, en imaginant ce texte, je pensais à Sisyphe, mais je crois que c'est plutôt Don Quichotte que Sisyphe. Plutôt des moulins à vent qu’un énorme rocher. Plutôt un rêveur qu’un héros absurde. Plutôt une joie f***e qu’une condamnation.
Au fond, je crois que ce que je souhaitais le plus, c'était que mon pain devienne une affaire vraiment populaire. Je ne suis pas sûr d’y avoir réussi, mais je n’ai pas tout à fait échoué non plus. J’arrive à vivre de ce que je fais et le chemin parcouru me convient parfaitement. Je n’ai pas le droit de me plaindre. Je ressens votre énorme reconnaissance et beaucoup d’amour. Et aujourd’hui, je suis aussi attaché à mon four que je le suis à vous.
Vous me demandez si je suis content à l’idée du changement.
Et je ne peux répondre qu’avec un petit « Oui… mais pas encore ».
Illustration de Liuna Virardi