31/05/2026
Interview Et si les haies étaient la meilleure protection contre les chocs climatiques à venir dans la Manche ?
Résumer
Dans le cadre d'une journée inédite consacrée au bocage le 28 mai 2026, parmi les invités du Département de la Manche, nous avons rencontré Daniel Delahaye, membre du GIEC normand.
31 mai 2026 à 7h30
Parmi les 36 scientifiques et techniciens qui composent le GIEC normand, chargé du suivi et de l’information sur l’évolution du climat, Daniel Delahaye était au Château du Perron, à Saint-Sauveur-Villages, ce jeudi 28 mai 2026. Il était invité à lancer une des tables rondes organisées pour la journée « Bocage, racines du passé, graines d’avenir » conduite par le conseil départemental de la Manche et ses partenaires. Dense, le programme allait de la valeur patrimoniale du bocage à la valorisation économique des haies et s’est arrêté sur un enjeu fondamental, avivé par la vague de chaleur hors-norme que nous subissons : les atouts du bocage face au changement climatique.
Journée Bocage CD50 intervenant GIEC Daniel Delahaye Saint-Sauveur-Villages 28052026
Membre du GIEC normand, Daniel Delahaye était au Château du Perron, à Saint-Sauveur-Villages, ce jeudi 28 mai 2026, invité à lancer une des tables rondes organisées pour la journée « Bocage, racines du passé, graines d’avenir ». ©Géraldine LEBOURGEOIS
Avant d’évoquer ces atouts, comment réagit votre groupe d’experts du climat à ce mois de mai caniculaire et inédit ?
C’est un dôme de chaleur que l’on est amené à vivre de plus en plus fréquemment… On est sur la trajectoire du scénario le plus pessimiste de ceux qu’on avait envisagés, mais avec des chiffres qui montrent tout de même une inflexion. On serait donc au-dessous des + 4 °C en Normandie d’ici 2100. Mais on ne mesure pas la totalité des effets du changement climatique, il va y avoir des réactions en chaîne. La priorité doit rester celle de réduire au maximum la production des gaz à effet de serre. Il y a des efforts de faits, comme la décarbonation, et ils paient. Il y a des perspectives, des efforts commencent à porter leurs fruits.
Le bocage, qui reste un élément fort dans le paysage manchois, a-t-il un rôle à ne pas négliger ?
Il a un rôle majeur. Le bocage est pourtant, au départ, une construction purement humaine. N’importe quel élément du paysage d’aujourd’hui est construit, la plupart du temps à partir des éléments naturels qui nous étaient donnés : cours d’eau, forêts… Les haies, ce n’est pas une déforestation imparfaite, c’est une construction vertueuse dont on devrait être particulièrement fiers. C’est rare à l’échelle de la planète.
Le bocage : "une chance" pour la Manche
"Ce patrimoine n'est pas seulement un héritage : il est une chance. Une chance pour notre agriculture, pour la biodiversité, pour la qualité de l'eau, pour la lutte contre l'érosion, pour la production d'énergie renouvelable. Une chance pour notre résilience face au changement climatique."
Jean Morin, président du conseil départemental de la Manche
On sait qu’on aura sans doute plus d’épisodes orageux, de sécheresse, d’inondations… La gestion hydraulique va devenir de plus en plus importante et on sait qu’un bassin-versant bocager permet de réduire de moitié les crues par rapport à un bassin-versant ouvert. On sait aussi qu’un bovin est en stress lorsque la température dépasse les 22 °C. Au-delà du mal-être animal, sur le plan purement économique, c’est une perte de production de 20 à 30 % sur un troupeau. Avec des conséquences importantes.
Le rôle des propriétaires et agriculteurs est donc fondamental ?
Bien sûr. Objet écologique, la haie est avant tout un objet social. Tout le temps qu’on n’a pas gagné cette bataille du discours, on n’aura rien. Il faut labourer encore et encore, pour convaincre. J’y crois beaucoup. On a l’exemple de la Seine-Maritime où il y a un énorme problème de coulées de boue. Il a été mis en place des animateurs de bassin, et ça a payé, même auprès des agriculteurs céréaliers auprès desquels ce n’était pas gagné. Les bassins ont été aménagés. Je crois beaucoup à l’imprégnation des territoires, avec la présence de gens connus parce qu’ils vivent ici, ancrés dans le territoire.
Ce sera la même chose avec les techniciens Bocage, mis en place par les collectivités de la Manche. C’est fondamental que les agriculteurs aient des interlocuteurs pérennes, en lesquels ils ont confiance et qui les comprennent. Ça prendra beaucoup de temps, il faudra revenir à la charge, mais c’est comme ça que ça marchera. Avec soit un système qui permet de créer un atelier économique comme un autre avec la haie, parce qu’elle vaudra le coup, soit en rémunérant l’agriculteur pour entretenir ces haies qui appartiennent à tous, au nom de la collectivité.
Une fête du bocage le 31 mai 2026
Le bocage est un marqueur fort de l'identité de la Manche. Si elle compte peut de forêts, elle reste le département métropolitain avec le plus de haies : une densité de 103 mètres par hectare, un linéaire de près de 50 000 kilomètres. Mais son entretien et sa préservation, malgré ses nombreux atouts connus (pour la biodiversité, l'alimentation, la santé, la lutte contre les pollutions et le réchauffement climatique…), restent un défi. Chaque année en France, plus de 10 000 kilomètres de haies sont détruits. Depuis les années 50, on en a perdu plus de 50 %.
Un défi, une ambition
S'il est loin le temps des remembrements, il faut encore et toujours convaincre de la nécessité de ne pas voir ce bocage comme un handicap mais comme une force. C'est même " une chance ", évoque Jean Morin, président du conseil départemental de la Manche qui organisait cette journée séminaire " Bocage, racines du passé, graines d'avenir " avec le Parc naturel régional des marais du Cotentin et du Bessin et la Chambre régionale d'agriculture.
Techniciens, agents territoriaux, représentants de services de l'État et du monde agricole, pépiniéristes, élus locaux, scientifiques… Près de cent personnes sont venues échanger et s'informer sur l'histoire et l'évolution du bocage, sur les enjeux écologiques et sanitaires, sur la valorisation du bois et l'exploitation des haies, sur les adaptations nécessaires face au changement climatique (choix des essences, modélisations climatiques…) et les moyens, y compris financiers, déployés pour réussir à préserver le bocage et porter l'ambition commune d'en faire une force pour l'avenir.
Cette journée a notamment permis de rappeler les investissements du Département à travers le Plan Bocage 2024-2028. Avec un budget prévisionnel de 4,5 millions d'euros, il suit trois axes : maintenir et entretenir le linéaire bocager (aides à la plantation, à l'achat de matériel…); valoriser le bois-énergie (chaufferies, harmonisation des plans de gestion…); développer une culture " Haie " dans la Manche (communication et sensibilisation).
Ce dimanche 31 mai 2026, chacun est ainsi invité à la Maison du Parc (Les Ponts d'Ouve), à Saint-Côme-du-Mont, autour d'un pique-nique ouvert à tous (qu'on apporte ou qu'on compose sur place auprès des food-trucks présents) et en musique, le programme compte des balades, randonnées à pied ou à vélo pour mieux comprendre la vie abritée par le bocage : oiseaux, petites bêtes et plantes des haies, agriculture, jardinage… Des spectacles, causeries et animations permettront aussi de ressentir tous les atouts du bocage normand qu'il faut ensemble préserver et protéger pour continuer à profiter de tous ses bienfaits.
Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.
Dans le cadre d'une journée inédite consacrée au bocage le 28 mai 2026, parmi les invités du Département de la Manche, nous avons rencontré Daniel Delahaye, membre du GIEC normand.