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18/06/2026

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Au Royaume-Uni, le bocage signe un retour en forceÀ l’instar de la France, le pays a choisi d’agrandir la taille des exp...
01/06/2026

Au Royaume-Uni, le bocage signe un retour en force
À l’instar de la France, le pays a choisi d’agrandir la taille des exploitations agricoles après la Seconde Guerre mondiale, au détriment des clôtures naturelles. Mais depuis la sortie de l’Union européenne, Londres a fait de la restauration de ces corridors de biodiversité une priorité. Avec de premiers signes encourageants.

Publié le 30 mai 2026 à 08h30
Paysage agricole dans le comté de Devon, dans le sud-ouest de l’Angleterre.
Chaque région du Royaume-Uni possède son propre style de haies. Dans le Shropshire [ouest de l’Angleterre], elles doivent être suffisamment denses pour empêcher le passage d’un bovin. Dans le Yorkshire [nord de l’Angleterre], elles gardent les moutons. Près de Shrewsbury [Shropshire], Chris Evans a installé ses haies dans le style traditionnel du coin, et leur entretien doit être effectué tous les douze ans environ pour que les arbustes restent en bonne santé. Les tiges sont raccourcies, et maintenues courbées avec des tiges de noisetier tressées.
Mais les haies ne sont pas destinées à empêcher le bétail de prendre la poudre d’escampette. Evans espère qu’elles attireront plus de faune sauvage sur son exploitation, et il est rémunéré pour ce travail.
Un patrimoine ancestral
Ce patrimoine de haies est unique au monde et agrémente le paysage humide (et donc idéal pour les haies) des îles britanniques. Depuis l’âge de bronze, les Britanniques élèvent des moutons et du bétail et utilisent les haies pour délimiter leurs champs et empêcher leurs bêtes de s’échapper. Certaines de ces anciennes haies sont toujours en place. Dans l’ouest du Penwith [en Cornouailles], une haie datant de l’époque préhistorique, une gurgoe, pourrait avoir plus de 4 000 ans.
La plupart cependant ont été plantées au XVIIIe siècle quand les terres communales ont été divisées et clôturées pour un usage privé, ce qui a fait de notre pays un quadrillage de petites parcelles irrégulières. Aux États-Unis en revanche, une loi a interdit aux propriétaires de clôturer les terrains publics en 1885 afin de protéger ses grands espaces.
Un million de kilomètres de haies
À une époque, la campagne britannique comptait environ un million de kilomètres de haies, soit l’équivalent de 25 fois le tour de la terre. Mais depuis les années 1950, plus de la moitié a disparu. Un grand nombre a été arraché afin d’agrandir la taille des exploitations. D’autres, faute d’entretien, se sont transformées en grands arbres dépenaillés. Non seulement le paysage rural s’en est trouvé modifié, mais la biodiversité a aussi chuté. Les haies ont en effet d’autres fonctions que de délimiter les parcelles.

En 1997, arracher les haies sans autorisation est devenu interdit, ce qui a enrayé leur déclin. Mais ce n’est que récemment, depuis le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne, que le gouvernement a entrepris de restaurer cette richesse et s’est engagé sur les vingt-cinq prochaines années à créer ou à remettre en état 72 500 km de haies et ainsi rallonger ces corridors naturels de la biodiversité de près d’un cinquième. L’objectif est à la fois de restaurer la beauté champêtre du paysage mais aussi de lutter contre les effets du changement climatique.
Rares gagnants du Brexit
Les haies – et leurs habitants – comptent parmi les rares gagnants du Brexit. Avant que le Royaume-Uni ne quitte l’UE, les quatre cinquièmes du budget de l’agriculture, soit environ 2,8 milliards de livres [3,2 milliards d’euros], étaient versés aux agriculteurs, principalement en fonction de la superficie de leurs terres.

Maintenant que notre pays peut définir sa propre politique agricole, les trois quarts de son budget, soit 1,8 milliard de livres [2 milliards d’euros], sont affectés aux agriculteurs en échange de la fourniture de “biens publics” – la plantation de fleurs sauvages, l’amélioration de la santé des sols et l’entretien des haies – dans le cadre de son programme de gestion environnementale des terres (ELM). Ces subventions ne représentaient que 800 millions de livres [921 millions d’euros] il y a encore deux ans. En 2024, Les agriculteurs ont reçu 70 millions de livres [81 millions d’euros] pour l’entretien des haies, un chiffre en forte hausse puisqu’il n’était que de 26 millions de livres [30 millions d’euros] l’année précédente.
Brise-vent et barrières naturelles
Les haies ne sont pas seulement un élément de décor de la campagne anglaise. Elles font office de brise-vent et forment des barrières naturelles contre les nuisibles. Quand il y a des fortes pluies, elles protègent les sols contre l’érosion et réduisent les risques d’inondations. Elles gardent le bétail au sec les jours de pluie, et au frais en cas de fortes chaleurs. Leurs racines acheminent l’eau en profondeur dans le sol, ce qui contribue à le maintenir en bonne santé. De plus, selon une étude publiée en 2025 par l’université de Leeds, elles stockent en moyenne 40 tonnes de carbone de plus par hectare que les prairies.

Les espèces sauvages, comme les hérissons et les crapauds, s’en servent pour passer d’un habitat à un autre, ce qui les protège des prédateurs. Et les haies leur procurent aussi de la nourriture avec les baies et les fleurs. Selon une étude publiée l’année dernière, les papillons sont plus nombreux dans les zones comportant davantage de haies. Sur les terres agricoles, chaque kilomètre supplémentaire de haie permet à cinq espèces de papillons d’augmenter sa population.
Boucler la boucle
Quand les haies sont florissantes et bien entretenues, elles favorisent la biodiversité. Rob Wolton, un écologiste, a commencé à noter ses observations après avoir aperçu un muscardin qui avait fait son nid dans les branchages de sa haie. Au bout de deux ans d’observation, il avait recensé plus de 2 000 espèces différentes dans cette haie de 90 mètres de long, dont un bruant z**i, une espèce de papillon appelée le Thècle du bouleau, une multitude de lichens et d’invertébrés, un oreillard roux (une chauve-souris) et divers autres petits mammifères.
Les investissements du gouvernement ont déjà porté leurs fruits. Depuis 2023, les agriculteurs ont planté environ 1 800 kilomètres de nouvelles haies. Et l’année dernière, ils se sont engagés à planter 9 000 km supplémentaires au cours des trois prochaines années. Par ailleurs, 100 000 km de haies déjà existantes sont couverts par des programmes d’entretien, ce qui signifie que les agriculteurs sont tenus de prendre soin de leurs haies : les tailler, combler les trous avec des jeunes plants et les rabattre si nécessaire.

Après la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement britannique a versé des subventions aux agriculteurs pour qu’ils arrachent leurs haies. Aujourd’hui, il fait exactement le contraire. De nombreux agriculteurs consultent même d’anciennes cartes pour localiser l’emplacement d’origine de leurs haies et les replantent exactement au même endroit.
traduit par Mélanie Liffschitz

À l’instar de la France, le pays a choisi d’agrandir la taille des exploitations agricoles après la Seconde Guerre mondiale, au détriment des clôtures naturelle...

Interview Et si les haies étaient la meilleure protection contre les chocs climatiques à venir dans la Manche ?​ Résumer...
31/05/2026

Interview Et si les haies étaient la meilleure protection contre les chocs climatiques à venir dans la Manche ?

Résumer

Dans le cadre d'une journée inédite consacrée au bocage le 28 mai 2026, parmi les invités du Département de la Manche, nous avons rencontré Daniel Delahaye, membre du GIEC normand.

31 mai 2026 à 7h30
Parmi les 36 scientifiques et techniciens qui composent le GIEC normand, chargé du suivi et de l’information sur l’évolution du climat, Daniel Delahaye était au Château du Perron, à Saint-Sauveur-Villages, ce jeudi 28 mai 2026. Il était invité à lancer une des tables rondes organisées pour la journée « Bocage, racines du passé, graines d’avenir » conduite par le conseil départemental de la Manche et ses partenaires. Dense, le programme allait de la valeur patrimoniale du bocage à la valorisation économique des haies et s’est arrêté sur un enjeu fondamental, avivé par la vague de chaleur hors-norme que nous subissons : les atouts du bocage face au changement climatique.

Journée Bocage CD50 intervenant GIEC Daniel Delahaye Saint-Sauveur-Villages 28052026
Membre du GIEC normand, Daniel Delahaye était au Château du Perron, à Saint-Sauveur-Villages, ce jeudi 28 mai 2026, invité à lancer une des tables rondes organisées pour la journée « Bocage, racines du passé, graines d’avenir ». ©Géraldine LEBOURGEOIS
Avant d’évoquer ces atouts, comment réagit votre groupe d’experts du climat à ce mois de mai caniculaire et inédit ?

C’est un dôme de chaleur que l’on est amené à vivre de plus en plus fréquemment… On est sur la trajectoire du scénario le plus pessimiste de ceux qu’on avait envisagés, mais avec des chiffres qui montrent tout de même une inflexion. On serait donc au-dessous des + 4 °C en Normandie d’ici 2100. Mais on ne mesure pas la totalité des effets du changement climatique, il va y avoir des réactions en chaîne. La priorité doit rester celle de réduire au maximum la production des gaz à effet de serre. Il y a des efforts de faits, comme la décarbonation, et ils paient. Il y a des perspectives, des efforts commencent à porter leurs fruits.

Le bocage, qui reste un élément fort dans le paysage manchois, a-t-il un rôle à ne pas négliger ?

Il a un rôle majeur. Le bocage est pourtant, au départ, une construction purement humaine. N’importe quel élément du paysage d’aujourd’hui est construit, la plupart du temps à partir des éléments naturels qui nous étaient donnés : cours d’eau, forêts… Les haies, ce n’est pas une déforestation imparfaite, c’est une construction vertueuse dont on devrait être particulièrement fiers. C’est rare à l’échelle de la planète.

Le bocage : "une chance" pour la Manche

"Ce patrimoine n'est pas seulement un héritage : il est une chance. Une chance pour notre agriculture, pour la biodiversité, pour la qualité de l'eau, pour la lutte contre l'érosion, pour la production d'énergie renouvelable. Une chance pour notre résilience face au changement climatique."
Jean Morin, président du conseil départemental de la Manche

On sait qu’on aura sans doute plus d’épisodes orageux, de sécheresse, d’inondations… La gestion hydraulique va devenir de plus en plus importante et on sait qu’un bassin-versant bocager permet de réduire de moitié les crues par rapport à un bassin-versant ouvert. On sait aussi qu’un bovin est en stress lorsque la température dépasse les 22 °C. Au-delà du mal-être animal, sur le plan purement économique, c’est une perte de production de 20 à 30 % sur un troupeau. Avec des conséquences importantes.

Le rôle des propriétaires et agriculteurs est donc fondamental ?

Bien sûr. Objet écologique, la haie est avant tout un objet social. Tout le temps qu’on n’a pas gagné cette bataille du discours, on n’aura rien. Il faut labourer encore et encore, pour convaincre. J’y crois beaucoup. On a l’exemple de la Seine-Maritime où il y a un énorme problème de coulées de boue. Il a été mis en place des animateurs de bassin, et ça a payé, même auprès des agriculteurs céréaliers auprès desquels ce n’était pas gagné. Les bassins ont été aménagés. Je crois beaucoup à l’imprégnation des territoires, avec la présence de gens connus parce qu’ils vivent ici, ancrés dans le territoire.

Ce sera la même chose avec les techniciens Bocage, mis en place par les collectivités de la Manche. C’est fondamental que les agriculteurs aient des interlocuteurs pérennes, en lesquels ils ont confiance et qui les comprennent. Ça prendra beaucoup de temps, il faudra revenir à la charge, mais c’est comme ça que ça marchera. Avec soit un système qui permet de créer un atelier économique comme un autre avec la haie, parce qu’elle vaudra le coup, soit en rémunérant l’agriculteur pour entretenir ces haies qui appartiennent à tous, au nom de la collectivité.

Une fête du bocage le 31 mai 2026

Le bocage est un marqueur fort de l'identité de la Manche. Si elle compte peut de forêts, elle reste le département métropolitain avec le plus de haies : une densité de 103 mètres par hectare, un linéaire de près de 50 000 kilomètres. Mais son entretien et sa préservation, malgré ses nombreux atouts connus (pour la biodiversité, l'alimentation, la santé, la lutte contre les pollutions et le réchauffement climatique…), restent un défi. Chaque année en France, plus de 10 000 kilomètres de haies sont détruits. Depuis les années 50, on en a perdu plus de 50 %.
Un défi, une ambition
S'il est loin le temps des remembrements, il faut encore et toujours convaincre de la nécessité de ne pas voir ce bocage comme un handicap mais comme une force. C'est même " une chance ", évoque Jean Morin, président du conseil départemental de la Manche qui organisait cette journée séminaire " Bocage, racines du passé, graines d'avenir " avec le Parc naturel régional des marais du Cotentin et du Bessin et la Chambre régionale d'agriculture.
Techniciens, agents territoriaux, représentants de services de l'État et du monde agricole, pépiniéristes, élus locaux, scientifiques… Près de cent personnes sont venues échanger et s'informer sur l'histoire et l'évolution du bocage, sur les enjeux écologiques et sanitaires, sur la valorisation du bois et l'exploitation des haies, sur les adaptations nécessaires face au changement climatique (choix des essences, modélisations climatiques…) et les moyens, y compris financiers, déployés pour réussir à préserver le bocage et porter l'ambition commune d'en faire une force pour l'avenir.
Cette journée a notamment permis de rappeler les investissements du Département à travers le Plan Bocage 2024-2028. Avec un budget prévisionnel de 4,5 millions d'euros, il suit trois axes : maintenir et entretenir le linéaire bocager (aides à la plantation, à l'achat de matériel…); valoriser le bois-énergie (chaufferies, harmonisation des plans de gestion…); développer une culture " Haie " dans la Manche (communication et sensibilisation).
Ce dimanche 31 mai 2026, chacun est ainsi invité à la Maison du Parc (Les Ponts d'Ouve), à Saint-Côme-du-Mont, autour d'un pique-nique ouvert à tous (qu'on apporte ou qu'on compose sur place auprès des food-trucks présents) et en musique, le programme compte des balades, randonnées à pied ou à vélo pour mieux comprendre la vie abritée par le bocage : oiseaux, petites bêtes et plantes des haies, agriculture, jardinage… Des spectacles, causeries et animations permettront aussi de ressentir tous les atouts du bocage normand qu'il faut ensemble préserver et protéger pour continuer à profiter de tous ses bienfaits.

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Dans le cadre d'une journée inédite consacrée au bocage le 28 mai 2026, parmi les invités du Département de la Manche, nous avons rencontré Daniel Delahaye, membre du GIEC normand.

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