09/07/2026
Interview de la Gazette des communes :
Le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, Jean-Paul Bosland.
Que vous inspire la saison feux de forêt, démarrée avec un mois d’avance et déjà plus du double des surfaces brûlées par rapport à l’an dernier à la même époque ?
D’abord je voudrais exprimer ma tristesse face à la mort d’un sapeur-pompier volontaire de 22 ans engagé contre un incendie en Savoie. Et rappeler que 9 feux sur 10 sont dus à une action humaine. Alors que 50 départements sont concernés par l’épisode de sécheresse, avec entre 20 et 30 départs de feux par jour, les végétaux sont tellement secs que les moindres étincelles, mégots, ou éclat de barbecues peuvent provoquer un incendie. D’où l’importance de sensibiliser la population à la prévention. Nous avons un gros re**rd en termes d’acculturation au risque par rapport à d’autres pays. Quand, avec les forces de l’ordre, nous évacuons les populations en urgence, nous rencontrons des résistances, nous devons justifier la décision.
Mais au-delà des incendies, la canicule implique beaucoup d’interventions de secours à personnes, avec des malaises qui augmentent notre activité opérationnelle, en plus de l’activité habituelle.
Faut-il revoir la réponse opérationnelle ?
Nous nous adaptons déjà. La formation initiale aux feux d’espaces naturels n’est plus réservée aux sapeurs-pompiers de la méditerranée et concerne désormais tout le territoire. Auparavant, la moitié Nord de la France venait en renfort dans le Sud, ce qui est moins possible, tout le monde étant concerné par les incendies. Aujourd’hui, nous rééquilibrons nos engagements, en travaillant davantage avec l’Europe, avec par exemple des sapeurs-pompiers roumains prépositionnés dans le Sud de la France, ou le recours aux moyens aériens européens.
Bénéficiez-vous de moyens matériels et humains suffisants face à l’extension des incendies ?
La réserve capacitaire après les feux de 2022 a apporté 150 millions d’euros pour nous équiper, notamment en camions citernes feux de forêt. Mais il faut compter deux ans avant qu’un véhicule commandé soit livré, d’où les manques encore constatés. La répartition des moyens aériens sur le territoire permet de répondre aux besoins, avec l’appui européen si nécessaire. Quant à la ressource humaine, pour pouvoir assurer le repos de nos personnels, nous préconisons de passer de 200 000 sapeurs-pompiers volontaires à 250 000 compte-tenu de la baisse de la durée d’engagement et de la disponibilité, et à 50 000 sapeurs-pompiers professionnels contre 47 000 aujourd’hui. Mais cela nécessite que les Sdis en aient les moyens…
Le financement des Sdis est-il à la hauteur de l’enjeu climatique ?
Clairement, non. Nos élus se mobilisent pour chercher de nouvelles sources de financement. Nous défendons notamment la mise en place d’une taxe touristique, l’afflux de touristes augmentant les risques. Mais la problématique va au-delà du financement : on ne peut pas se contenter de dire “recrutons plus”, sans retravailler nos champs missionnels, qui doivent se concentrer sur l’urgence. Des sapeurs-pompiers professionnels comme volontaires démissionnent face à des missions qui ne correspondent pas à leur engagement, comme des fuites d’eau ! Nous souhaitons que tous les départements soient dotés de plateformes communes, contre seulement vingtun aujourd’hui, avec le Samu, les ambulanciers, le téléalarme, des médecins... Ces plateformes communes favorisent une régulation efficace et nous évitent d’être engagés sur des missions non-urgentes. Qu’il s’agisse du financement des Sdis ou de la révision de nos missions, tout cela passe par une véritable modernisation de la sécurité civile, comme le préconise le Beauvau du même nom. Face à l’enjeu climatique, nous ne tiendrons pas dans le temps sans mettre en œuvre la sécurité civile de demain.