Société académique de l'Aube

Société académique de l'Aube Recherches et publications relatives à l'agriculture, l'archéologie, les sciences, l'art, les lettres et l'histoire du département de l'Aube

"Passavant le meilleur !"La Société académique découvre l'expo… Quel plus bel écrin que l’Hôtel-Dieu fondé par Henri 1er...
04/06/2026

"Passavant le meilleur !"
La Société académique découvre l'expo…

Quel plus bel écrin que l’Hôtel-Dieu fondé par Henri 1er le Libéral, le plus prestigieux des comtes de Champagne, pour accueillir cette somptueuse exposition organisée par le Département, sous le commissariat général de Nicolas Dohrmann, directeur des Archives et du patrimoine, membre d’honneur de notre compagnie.
Et quel meilleur guide qu’Arnaud Baudin, directeur adjoint des Archives et commissaire scientifique de l’exposition. Véritable cheville ouvrière de l’évènement, notre collègue est sur la brèche depuis bientôt quatre ans, en contact avec 50 institutions du monde entier pour réunir les 300 pièces exposées. Une mention particulière pour les Archives nationales qui détiennent de nombreux documents qui ne sont pas revenus dans l’Aube depuis le rattachement de la Champagne à la couronne de France au XIVe siècle. Parmi eux le chartrier des comtes de Champagne.
Enfin quel meilleur titre que le cri de guerre des Thibaudiens qui résonnait au Moyen Âge comme un appel à l’élan, à l’excellence et au dépassement.
L’exposition s’organise en quatre thèmes : l’histoire du comté, l’administration, la société champenoise, les arts.
Notre collègue nous accueille dans un couloir où se déploie en préambule une longue frise chronologique, une carte du comté et la généalogie des comtes qui remonte à Herbert de Vermandois, comte carolingien dont la fille épouse à la fin du Xe siècle Thibaud le Tricheur, comte de Blois, à l’origine du prénom dynastique, du cri de guerre et des armoiries. Ses successeurs réunissent un vaste domaine qui enserre le domaine royal puisqu’il comprend les comtés de Chartres, de Blois et divers comtés champenois comme Épernay, Vitry ou Troyes. Plus t**d la Champagne sera séparée des autres possessions de la maison de Blois. À la fin du XIe siècle, Hugues, celui qui s’est fait templier, est le premier à s’intituler comte de Champagne. Son successeur Thibaud II entre en conflit avec le roi Louis VII qui envahit la Champagne et brule la ville de Vitry dont 1500 habitants périssent dans l’église, crime expié par une croisade suivie d’une succession de mariages diplomatiques pour sceller la paix entre Capétiens et Thibaudiens. En 1154, Marie, fille du roi et d’Aliénor d’Aquitaine, est promise à Henri, fils ainé de Thibaud. Ce sera notre fameuse Marie de Champagne. Et en 1160, Adèle, fille du comte, épouse Louis VII. Cette série matrimoniale se conclura en 1284 avec l’union de Philippe le Bel et Jeanne de Navarre, héritière du comté, premier acte du rattachement de la Champagne au domaine royal.
Dans la première salle le regard est attiré par une statue en bois recouvert de cuivre dressée dans une vitrine. Provenant de l’abbaye d’Hennebont qu’elle avait fondée, c’est le gisant de Blanche, comtesse de Bretagne, fille ainée du comte Thibaud IV le Chansonnier. Dans les autres vitrines sont présentées des pièces évoquant la féodalité, tel un registre des 2000 fiefs relevant du comté en 1222 avec les obligations de chaque vassal envers le comte ou un document analogue de 1270 sous forme de rouleau. Le comte a d’autres seigneurs que le roi de France. Par exemple il doit l’hommage au duc de Bourgogne, à l’empereur, aux archevêques de Reims et de Sens ou à l’abbé de Saint-Denis. Sur un acte multi scellé prêté par les Archives nationales figure le nom et le sceau de Thibaud IV remplissant son devoir de conseil envers le roi Louis IX.
Les comtes étaient attirés par le titre royal. En effet, si Henri le Libéral est le premier à s’intituler comte palatin, c’est bien pour rappeler ses origines carolingiennes et ainsi légitimer ses prétentions royales, d’autant plus qu’en cas de décès prématuré du jeune Philippe, de santé fragile, il serait l’héritier du trône. Il n’en fut rien, Philippe-Auguste a vécu mais d’autres Thibaudiens sont devenus rois tel son propre fils Henri II qui tomba d’une fenêtre de son palais de Saint-Jean d’Acre alors qu’il était roi de Jérusalem. Une monnaie et une miniature rappellent cet épisode. Il y a aussi Étienne qui fut roi d’Angleterre au XIIe siècle, mais c’est surtout avec l’accession du Chansonnier au trône de Navarre en 1234 que les comtes accèdent durablement à la dignité royale. Pas de sacre en Navarre, il suffit de jurer de respecter le « pacte royal », autrement dit les coutumes locales consignées dans un registre, le Fuero General de Navarre. Ce précieux document a été prêté par la Navarre ainsi qu’un reliquaire en argent provenant du trésor de la cathédrale de Pampelune offert par Louis IX à Thibaud V à l’occasion de son mariage avec sa fille Isabelle, représentée adolescente sous forme d’une ravissante statue du XIVe. Une bulle pontificale autorisant Thibaud IV à traverser la Castille et l’Aragon pour rejoindre la « croisade des barons » rappelle l’épopée des Champenois en Grèce après la 4e croisade détournée sur Constantinople. On termine la première section avec un gisant sans tête de Blanche de Navarre, mère de Thibaud IV, déposé à l’origine à l’abbaye d’Argensolles près de Vertus, ce qui rappelle que les Thibaudiens n’ont jamais eu de nécropole dynastique même s’il semble qu’Henri le Libéral ait voulu en créer une à la collégiale Saint-Étienne qui jouxtait son palais troyen. Les tombeaux sont dispersés entre Troyes, Provins, Pampelune voire Meaux.
La deuxième section est consacrée à l’administration du comté augmenté du royaume de Navarre en 1234. Comme le montre une grande carte, le comté est une vaste principauté qui confine au domaine royal (Lagny), à l’empire (Vaucouleurs), à la Bourgogne (Saint-Florentin) et aux Ardennes annexées après une guerre contre l’archevêque de Reims. Il est divisé en 36 châtellenies dont la garde est confiée à des vassaux. Dès le XIe siècle sont nommés des prévôts ayant des fonctions administratives auxquels s’ajoutent au XIIIe des baillis à l’instar du domaine royal. Mais le prince a besoin de se montrer partout, aussi n’a-t-il pas de véritable capitale et parcourt-il sans cesse son territoire. Afin d’optimiser l’administration Henri le Libéral crée une chancellerie dont le premier titulaire est un chanoine de la collégiale Saint-Étienne. Dans ce « bureau d’écriture », on rédige les actes que l’on compile dans des registres. De nombreux documents de cet ordre sont exposés dans des vitrines, notamment le coutumier de Champagne à l’imitation de celui de Navarre où le roi a plusieurs châteaux dont celui de Tiébas au sud de Pampelune. Il en reste des ruines majestueuses qui ont été fouillées mettant au jour un splendide carrelage dont quelques pièces sont exposées. On y voit des dragons qui pourraient signifier que Thibaud le Chansonnier se serait emparé de la figure d’Arthur « Pendragon », le roi de la Table ronde cher à Chrétien de Troyes.
La troisième section consacrée à la société champenoise s’ouvre sur le plus ancien armorial français provenant de la collection de François Chandon de Briailles, acquis par les Archives nationales. Cet armorial, dit Le Breton, est ouvert à une page consacrée aux familles champenoises. Puis viennent divers documents évoquant la vie religieuse dans le comté qui fourmille d’abbayes, de couvents, de collégiales ou hôpitaux souvent fondées par des membres de la famille comtale. Parmi eux un délicat parement d’autel de soie brodée provenant de l’hôtel-Dieu de Château-Thierry fondé par Jeanne de Navarre. Par testament, Jeanne avait aussi fondé sur la colline Sainte-Geneviève à Paris le collège de Navarre élément de ce qui deviendra l’Université de Paris. Une statue dénichée dans un musée berlinois la représente portant la « maquette » de sa fondation. Sur une question d’un participant est évoquée la place des juifs en Champagne. Ils étaient assez nombreux, 77 « présences » ont été dénombrées. Jusqu’à Henri le Libéral, ami d’un petit-fils de Rachi, ils sont bien intégrés et protégés. Mais un récent colloque a montré que la situation se détériore par la suite. De nombreuses « rafles » sont pratiquées le samedi dans les synagogues pour les rançonner. En 1222, pour son avènement, Thibaud IV exige la somme considérable de 70 000 livres.
La dernière section consacrée aux arts s’ouvre sur la littérature avec plusieurs manuscrits sur parchemins : les « chansons » et poèmes de Thibaud IV, la Vie de Saint-Louis par Jean de Joinville, La Conqueste de Constantinople par Geoffroy de Villehardouin, Le Chevalier de la Charrette commandée à Chrétien de Troyes par la comtesse Marie, amie des arts et des lettres comme son époux Henri. L’historienne américaine Patricia Stirnemann a identifié les 48 manuscrits qui constituaient leur bibliothèque personnelle. Parmi eux la bible du comte, véritable œuvre d’art réalisée par des copistes et enlumineurs anglais venus dans le sillage de Thomas Becket.
Voici enfin le clou de l’exposition, les 18 panneaux de vitraux des années 1170-1180, exposés dans la chapelle à hauteur des yeux. Réalisés par des ateliers troyens pour la cathédrale romane de Troyes, modifiés au XIIIe pour s’adapter aux fenêtres du nouvel édifice gothique, ils ont été déposés dans les années 1860 et dispersés dans le monde entier. Arnaud Baudin et Anne Claire Garbe, conservatrice de la Cité du vitrail, ont réussi l’exploit de les rassembler tous, sans trop de problèmes, ce qui témoigne de la notoriété acquise par la Cité et aussi par nos deux collègues. Les études de laboratoire réalisées juste avant l’exposition ont montré qu’ils ont subi peu de restaurations et pourtant les couleurs sont toujours aussi éclatantes, notamment le bleu. Le talent des artistes s’exprime dans le drapé des vêtements, le traitement des chevelures et l’expression des visages qui captent le regard. Un grand moment d’émotion !

LE PAYS BARALBIN DANS L’HISTOIRE DU CHAMPAGNE :Fabrice Perron, invité de la Société académique, ce mercredi 3 juinDans l...
25/05/2026

LE PAYS BARALBIN DANS L’HISTOIRE DU CHAMPAGNE :
Fabrice Perron, invité de la Société académique, ce mercredi 3 juin

Dans le cadre de ses conférences mensuelles gratuites du premier mercredi de chaque mois, la Société académique de l’Aube vous invite, ce mercredi 3 juin, à venir écouter Fabrice Perron. Il évoquera : « Bar-sur-Aube et le Pays Baralbin, un territoire historique de l’univers des vins de Champagne ».

Fondateur et président de la Société historique de Bar-sur-Aube, Fabrice Perron est docteur en histoire, membre du Comité d’histoire régionale du Grand-Est. Gérant du Champagne Perron-Beauvineau, il est également président de la section locale de Meurville du SGV (Syndicat général des vignerons) jusqu’en février 2026.

Le pays baralbin, et même l'ensemble de la Côte des Bar, constituent un territoire souvent méconnu ou oublié dans l'historiographie. Lorsqu'on évoque l'histoire des vins de champagne, on cite Reims, Épernay, Hautvillers et Aÿ-Champagne. Et pourtant… Le territoire Baralbin est marqué par une empreinte viticole forte depuis le Moyen Age et l'Ancien Régime. Plutôt que de dresser un tableau figé du pays baralbin et de refaire une présentation de moments déjà bien connus, son intervention portera sur de nouvelles pistes de recherche pour l'histoire viticole baralbine, auboise et champenoise.

Rendez-vous ce mercredi 3 juin, à 15 heures, en la salle des séances de la S.A.A. – Bâtiment Audiffred du Musée Saint-Loup d’Histoire et d’Archéologie. Entrée par le jardin de la rue de la Cité.

Perçons les mystères de Chrétien de Troyes… Dans le cadre de ses conférences publiques et gratuites du premier mercredi ...
12/05/2026

Perçons les mystères de Chrétien de Troyes…

Dans le cadre de ses conférences publiques et gratuites du premier mercredi de chaque mois, la Société académique recevait Karin Ueltschi, Université de Reims pour nous parler d'
un grand Maître au temps des comtes : "Chrétien de Troyes : Un nom, une œuvre, des énigmes".

À n’en pas douter, la vie de Chrétien de Troyes, son œuvre et le halo de mystères qui les entoure passionnent toujours le public du XXIe siècle. En atteste l’engouement des auditeurs qui se pressaient dans la salle des séances de notre Société en cet après-midi du 6 mai pour entendre la conférence de Mme Karin Ueltschi, professeure de langue et de littérature du Moyen Âge. Un succès qui n’était toutefois pas étranger à la notoriété de la conférencière et au fait que le sujet s’inscrive dans le thème de la splendide exposition consacrée aux comtes de Champagne, présentée à l’Hôtel-Dieu-le-Comte de Troyes sous le titre « Passavant le meilleur !», qui venait tout juste d’être inaugurée la veille.
Pour soulever le voile d’incertitudes qui recouvre la vie du romancier, Mme Ueltschi propose de progresser comme le font les archéologues, en cherchant les cailloux épars qu’il a semé sur son parcours, en les comparant et en les assemblant « pour donner une image qui pourrait faire sens ».
Son nom ? C’est lui-même qui se nomme « Chrestïens de Troies » dans son roman "Erec et Enide", paru vers 1170. Une signature révélatrice d’un trait de son caractère car elle n’est pas courante à cette époque où beaucoup d’œuvres restent anonymes et prouve que l’auteur a une conscience aigüe et inhabituelle de la fierté de réaliser une production nouvelle, un ouvrage inédit.

La période de sa vie ? Divers indices laissent penser qu’il a pu naître vers 1135 et mourir vers 1185, sans qu’aucune de ces deux dates soient vraiment assurée.

Troyes ? Chrétien y suit ses études très approximativement entre 1150 et 1165. La ville est alors en pleine prospérité avec ses 20 000 habitants, sa bourgeoisie marchande et l’apport de ses foires qui en font un carrefour commercial international. Elle est au cœur d’un territoire administré par les puissants comtes de Champagne, où brillent de grands esprits tels que Bernard de Clairvaux, Abélard ou Pierre le Mangeur. C’est une situation particulièrement favorable à la production littéraire car elle offre le support du mécénat, la protection des autorités et l’effervescence culturelle et intellectuelle propice à l’épanouissement des talents. Ce talent ouvre les portes de la cour de Champagne à Chrétien, comme en atteste les dédicaces de ses romans : "Le Chevalier de la Charrette", dédié à Marie et "Le conte du Graal," dédié au comte de Flandres, présent à Troyes dans le projet de se marier avec Marie.

Chrétien était-il juif ? Cette hypothèse a été évoquée en raison de son nom et parce que son œuvre révèle une sensibilité pour les traditions juives. Mais l’argumentation s’est révélée trop ténue pour être prise en considération ; elle est même contredite par le terme de "Chresctiiens li Gois " dont il est qualifié dans "Philomena", ce terme Gois signifiant « non juif ».

N’était-il pas chanoine de Saint-Loup ? Les tentatives pour rattacher la vie de Chrétien à celle d’un homonyme cité dans une charte de cette abbaye n’ont pas été suffisamment probantes pour qu’on puisse affirmer quoi que ce soit à cet égard.

Était-il clerc ? La réponse est oui car il ne fait pas de doute qu’il a « la clergie », autrement dit la culture, de quelqu’un qui est passé par les écoles urbaines de son temps. Il apporte la preuve de cette très solide culture littéraire et biblique dans son œuvre. En outre, Il est qualifié de « maître » en plusieurs circonstances, ce qui signifie qu’il a suivi les études de la faculté des arts qui mènent au magistère. Cette qualification permet aussi d’imaginer qu’il avait un atelier formé de disciples ayant pu contribuer à l’écriture de ses œuvres, et même qu’il aurait pu fonder une école « Chrétien de Troyes ».

L’auteur est prolifique : 43 copies de ses écrits ont survécu, qui ne représente vraisemblablement qu’une partie de sa production. Huit de ses manuscrits au minimum ont été réalisés en Champagne, d’où l’on infère qu’il était certainement connu et célébré à Troyes de son vivant.

Chrétien est aussi connu comme l’inventeur du roman, au sens où on l’entend encore de nos jours. Le mot roman désignait initialement une langue qui était l’ancêtre du français. C’est lui qui a transposé ce mot pour désigner un genre littéraire à part entière.

Il est enfin à l’origine de l’essor du roman médiéval à partir de ce que Mme Ueltschi nomme « la matière de Bretagne ». Cette littérature est née de la volonté des rois d’Angleterre de créer une figure tutélaire autour de laquelle ils pourraient fonder une identité nationale, à l’image de Charlemagne pour la France. C’est de cette volonté que naquit, sous la plume de Monmouth et Wace, le personnage légendaire du roi Arthur.
Chrétien de Troyes va magnifier cet héritage des auteurs anglais et lui donner un formidable essor en y mêlant le lyrisme des cours du midi, d’où est issu l’amour courtois. Le roman de Chrétien s’organise autour de la cour du roi Arthur, de l’amour, de la transgression des interdits, de l’aventure d’un héros en quête de son identité. Il élève finalement l’aventure chevaleresque à la hauteur d’un idéal humain.

Et puis Chrétien de Troyes va léguer à la postérité « une énigme d’une fécondité extraordinaire» : celle du Graal !
À l’origine le terme « graal » désignait un élément de vaisselle, plat ou soupière. Dans "Le Conte du Graal", Chrétien en fait un récipient extraordinaire, éblouissant, au rôle énigmatique, que découvre Perceval dans le château où l’avait accueilli un roi pêcheur. L’énigme reste entière à la fin de l’ouvrage qui n’a pas été terminé, laissant à la postérité toutes les possibilités d’interprétation. C’est ainsi qu’au XIIIe siècle des auteurs s’emparent du thème pour élever l’objet au rang de Saint Graal, dans lequel se serait accomplie la première eucharistie et qui aurait contenu le véritable sang du Christ, recueilli au pied de la croix par Joseph d'Arimathie. Aujourd’hui encore le graal suscite toutes les fantasmagories possibles et constitue un thème littéraire inépuisable.
Avec Chrétien de Troyes émerge donc un nouveau type d’homme, tout à la fois philosophe, savant, poète, fondateur du roman par lequel il créé un nouvel univers. La quête d’identité de ses héros est au cœur de ses récits et rappelle la maxime des philosophes grecs « connais-toi toi-même ».
« Chrétien avait donc conscience de l’importance de l’identité, de l’accomplissement en tant qu’être humain que ces héros doivent nous transmettre. C’est un très bel héritage ! »

Ainsi conclut Mme Ueltschi sous les applaudissements d’une salle que le ton passionné et enjoué de la conférencière a tenu en haleine pendant une heure qui a passé comme un enchantement.

CHRETIEN DE TROYES : Un nom, des mystères…Prochaine conférence publique gratuite de la S.A.A.Ce mercredi 6 mai 2026, la ...
16/04/2026

CHRETIEN DE TROYES : Un nom, des mystères…
Prochaine conférence publique gratuite de la S.A.A.

Ce mercredi 6 mai 2026, la Société académique de l'Aube recevra, dans le cadre de ses conférences publiques gratuites : : Karin Ueltschi-Courchinoux,, professeure de langue et de littérature du Moyen-âge à l'Université de Reims Champagne-Ardenne. Elle évoquera : "Maître Chrétien de Troyes, son œuvre et des énigmes".

Maître Chrétien de Troyes incarne, en cette seconde moitié du XIIe siècle, l’émergence d’un nouveau type d’homme : l’auteur, à la fois poète et romancier. Chrétien a, le premier, sondé en (ancien) français, les périlleux chemins que doit emprunter l’homme en devenir, à la recherche de son nom, de son identité, enfin, de sa mission dans la société et la vie.
Si le grand maître champenois a presque tout inventé en matière romanesque, arthurienne en particulier, il reste lui-même une immense énigme. Et il en a légué une autre, tout aussi considérable, à la postérité : l’énigme du graal.

Karin Ueltschi est Professeur de langue et littérature du Moyen Âge à l’Université de Reims. Philologue de formation, ses travaux portent essentiellement sur l’étude de l’articulation entre traditions chrétiennes et préchrétiennes, savantes et « populaires », enfin, sur la mythologie comparée. L’analyse de galaxies imaginaires formant de véritables systèmes de représentations constituent le fil rouge de ses travaux (chasse sauvage, les boiteux, les roux…).
Elle a créé, en septembre 2018, dans le cadre du CRIMEL (Université de Reims), un séminaire, « Grandes et Petites Mythologies », qui étudie précisément ces croisements. Le séminaire, à vocation pluridisciplinaire et diachronique, est ouvert également aux auditeurs extérieurs à l’université. Les actes paraissent tous les deux ans aux Presses universitaires de Reims (Epure) ; le 4e tome est en préparation et sortira à la fin de l’année 2026 (Grandes et Petites Mythologies IV. Histoire et histoires).

Karin Ueltschi est notamment l'auteure de :
- Histoire véridique du Père Noël. Du traîneau à la hotte, Paris, Imago, 2012.
- Petite Histoire de la langue française ou le chagrin du cancre, Paris, Imago, 2015.
- Mythologie des Boiteux et du Pied fabuleux, Paris, Imago, 2019.
- Le Porche Bleu. Une histoire d’édition, Paris, Imago, 2022.
- Savoir des hommes, sagesse des femmes. Savants ou magiciens, matrones ou sorcières, Paris, Imago, 2024.
- Vivre en Bourgeoise au Moyen Âge. Les leçons du Mesnagier de Paris, Paris, Les Belles Lettres, 2024.
- et Histoire des roux et de la rousseur, Paris, Imago, 2026.

Rendez-vous le mercredi 6 mai, à 15 heures, en la salle des séances de la Société académique. Entrée par le jardin du musée Saint-Loup : 61 rue de la Cité à Troyes.

NICHOLAS BOURBON : L'exil anglais d'un poète champenois…Dans le cadre de ses conférences gratuites, la Société académiqu...
07/04/2026

NICHOLAS BOURBON :
L'exil anglais d'un poète champenois…

Dans le cadre de ses conférences gratuites, la Société académique recevait, ce 1er avril, François Gilet, historien indépendant pour nous parler de : "Nicholas Bourbon : L’exil anglais d’un poète champenois".

Médiéviste reconnu, spécialiste des Templiers, François Gilet a délaissé provisoirement son domaine de prédilection pour s’intéresser à un poète oublié du XVIe siècle, d’abord dans le cadre du colloque "Désir d’harmonie", organisé en mars 2023 par le Centre Pithou, puis pour cette conférence.
Nicholas Bourbon, né à Vendeuvre-sur-Barse en 1503, est l’un des trois poètes aubois de la Renaissance avec le Chaourçois Amadis Jamyn et le Troyen Jean Passerat. Si les deux derniers sont contemporains, une génération les sépare de Bourbon, et ce n’est pas la seule différence. En effet Bourbon écrit encore en latin alors que ses deux cadets s’inscrivent dans le mouvement de la Pléiade en privilégiant la langue française. Du reste dans sa préface du livre sur l’Ancien Testament écrit en collaboration avec son ami le peintre et graveur Hans Holbein, il éprouve le besoin de préciser qu’il a écrit en latin les textes qui commentent chaque gravure, conscient d’être parmi les derniers messagers de cette langue, les poètes aujourd’hui qualifiés de néo-latins.
Dans Ferraria, son œuvre de jeunesse la plus connue, il décrit le métier de son père qui approvisionne les arsenaux en boulets de canon. Précepteur d’enfants royaux, il enseigne les humanités dans diverses institutions dont le collège de Beauvais à Paris. Mais ses écrits polémiques contre l’Église de Rome déclenchent contre lui les foudres des théologiens de la Sorbonne et le conduisent à la prison du Petit-Châtelet où il est menacé d’exécution pour hérésie.
Dans sa conférence, M. Gilet évoque seulement les deux ans de l’exil de Bourbon en Angleterre pendant le règne d’Anne Boleyn, deuxième épouse du roi Henri VIII, qui a joué un rôle essentiel dans sa libération au printemps 1534. Peut-être Bourbon l’avait-il connue quand elle était dame de compagnie de la reine Claude de France ? Ils ont à peu près le même âge. C’est peu probable mais il n’était pas sans savoir qu’Anne pouvait avoir l’oreille de François 1er. En mars 1534, par l’intermédiaire de William Butts, médecin attitré et homme de confiance d’Henri VIII, Bourbon lui adresse un appel au secours émouvant évoqué plus t**d dans ces quelques vers : "Pauvre homme, je suis enfermé dans cette sombre prison : personne ne pourrait ni n’oserait m’apporter du secours : vous seule, ô Reine ; vous, ô noble nymphe, pouvez et oserez : comme quelqu’un que le Roi et Dieu Lui-même aiment."
Après une traversée mouvementée, voilà donc notre homme en Angleterre sous la protection de la reine qui lui procure des moyens d’existence et où il va être le témoin direct des bouleversements politiques et religieux qui vont conduire à la naissance de l’Église anglicane. Il rencontre Hans Holbein avec qui il se lie d’amitié et qui a réalisé le portrait de la plupart des protagonistes, le roi et la reine bien sûr, mais aussi William Butts, Thomas Cromwell, Thomas More. Il rencontre aussi l’archevêque de Canterburry Thomas Cranmer, principal artisan du schisme anglican en prononçant le divorce du roi, l’abbé de Westminster William Boston, l’évêque Hugh Latimer, John Dudley qui lui confie l’éducation de son fils et l’astronome allemand Nicolas Kratzer. Une mention particulière pour l’ambassadeur de France Jean de Dinteville, seigneur de Polisy, que Bourbon connaissait pour avoir été le condisciple de son frère au collège de Troyes.
Comme l’indique le conférencier, tous ces personnages, à l’exception de More, gravitent dans le cercle des évangéliques autrement dit de la Réforme protestante. Autre point commun, beaucoup ont péri décapités. M. Gilet n’a pas son pareil pour imiter le sifflement de la hache… C’est d’ailleurs la disgrâce d’Anne Boleyn qui précipite le retour en France de Bourbon, peut-être dès l’automne 1535, avant l’exécution de sa protectrice. Prudent, il évite Paris et s’installe à Lyon, plus proche d’une frontière.
Nicholas Bourbon a-t-il laissé un récit de son court séjour londonien ? Pas vraiment. Les informations sur cet épisode sont en fait des constructions historiques basées essentiellement sur une cinquantaine de courts textes que le poète a dédiés à des personnages qu’il a rencontrés. Ils sont dissimulés, sans chronologie, parmi les quelques 1300 épigrammes qui constituent les Nugarum libri octo publiés à Lyon en 1538. S’y ajoutent une longue lettre à Boston adressée depuis Lyon en 1536, également publiée dans les « huit livres de bagatelles », et la Chronique d’Anne Boleyn par Latimer, éditée sous le règne d’Élisabeth 1ère dans le but de réhabiliter sa mère accusée des pires turpitudes.
Dans les six épigrammes adressées à Anne Boleyn se dessine le portrait d’une femme « aimée de Dieu », animée par une foi authentique voire mystique, et maitrisant parfaitement le français.
D’autres épigrammes contiennent des anecdotes qui témoignent de la proximité de Bourbon avec de hauts personnages telles que sa partie de campagne avec l’archevêque Cranmer ou la « guérison » de son serviteur Jean Borgio par le vin subtilisé dans la cave de l’abbé Boston par le fils du docteur Butts. Par contre il donne du chancelier Thomas More, farouche opposant au divorce du roi ouvrant la voie à son mariage avec Anne Boleyn, l’image d’un homme entêté et cupide et joue sur son nom en grec qui signifie imbécile.
Il consacre ses plus chaleureuses épigrammes à Hans Holbein qu’il place au rang des génies, voyant dans ses œuvres la main de Dieu. C’est lui qui a réalisé le seul portrait connu de Bourbon aujourd’hui conservé dans les collections royales de Windsor et décliné en gravure sur bois pour orner une édition lyonnaise des Nugarum libri octo.
Dans la littérature anglaise Bourbon a laissé une trace modeste mais réelle. Ainsi en 1564 la reine Élisabeth 1ère fait éditer un manuel de prières en latin où est insérée une exhortation à la piété signée Nic. Borboniis. Et en 1577, le poète Timothy Kendall publie un recueil expressément inspiré de ses « bagatelles ».
Pour la plupart des Aubois, Nicolas Bourbon n’est que le nom du collège de Vendeuvre. Merci à François Gilet de lui avoir redonné vie.

En visite à l'expo "Prince de Lavau"au Musée d'Art moderne de Troyes… Les membres de la Société académique se sont rendu...
17/03/2026

En visite à l'expo "Prince de Lavau"
au Musée d'Art moderne de Troyes…

Les membres de la Société académique se sont rendu, ce mercredi 11 mars, au Musée d’Art Moderne de Troyes pour une visite de l'exposition : "Lavau, un prince celte en bord de Seine vers 450 avant notre ère"

Une bonne quarantaine de personnes a répondu à l’invitation de notre collègue Éric Blanchegorge, conservateur en chef du patrimoine, directeur des musées de Troyes, commissaire général de cette remarquable exposition organisée par les musées troyens et l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap).
La commune de Lavau décide en 2010 l’extension de la zone commerciale située en périphérie de l’agglomération troyenne au lieudit "le Moutot" où l’archéologue Jean Bienaimé, qui fut membre de notre Société, avait remarqué, dès 1969, la présence d’un tumulus arasé. En 2012 un premier diagnostic de l’Inrap confirme la présence de vestiges. La fouille commence en octobre 2014 sous la direction de Bastien Dubuis, commissaire scientifique de l’exposition conjointement avec sa collègue Émilie Millet. C’est le début d’une aventure extraordinaire marquée dès le mois suivant par l’apparition de la figure malicieuse du dieu grec Achélôos. La fouille, qui se poursuit dans le plus grand secret jusqu’en mars 2015, permet de mettre au jour une tombe somptueuse, « XXL », dixit M. Blanchegorge, datant de la charnière entre les deux âges du Fer. On y découvre le squelette orné de deux bracelets et d’un torque en or massif du « Prince de Lavau » entouré d’un impressionnant mobilier funéraire.
La première salle de cette exposition est consacrée à l’histoire de la fouille illustrée par des photos, des plans et une carte animée au sol autour de laquelle nous nous installons. En février 2015, un vaste enclos funéraire en deux parties délimité par de grands fossés a été dégagé. Deux tumulus de l’âge du Bronze occupent la première partie, celui du prince la seconde. La fouille terminée, une boulangerie franchisée s’installe sur le site mais les analyses en laboratoire et les travaux de restauration se poursuivent pendant 10 ans.
La salle suivante raconte l’histoire détaillée de la nécropole comparée à d’autres nécropoles analogues comme il en existe beaucoup dans les environs, Bouranton et Barberey par exemple. Les objets provenant de Lavau sont exposés dans des vitrines à fond jaune, les autres sur fond noir. Le premier mort a été inhumé dans une urne cinéraire sous tumulus au XIIe siècle avant notre ère. Suit une longue période sans aucune inhumation puis l’érection de deux nouveaux tumulus au VIIe siècle. Enfin dans le milieu du Ve « notre » prince est inhumé à l’emplacement exact du tout premier mort sous un énorme tumulus qui occupe 7 000 m2, autant que la cathédrale, entouré d’un fossé de 2 m de large et 4 m de profondeur. C’est l’ultime inhumation sur le site. Il n’est pas du tout certain que les morts de l’âge de Bronze soient les ancêtres du prince mais celui-ci semble s’en réclamer.
Les objets présentés, découverts dans diverses nécropoles des environs, indiquent que dès le premier âge du Fer, les élites celtes contrôlent les échanges entre l’Europe du sud qui a du cuivre et l’Europe du nord qui a de l’étain, les deux minerais qui entrent dans la composition du bronze. On trouve notamment un trépied et des chaudrons étrusques en bronze, qui sont peut-être des cadeaux diplomatiques, et des bijoux tels que des anneaux de chevilles, des fibules ornées de corail ou des perles d’or filigranées qui auraient pu être portés par des femmes venues épouser les aristocrates celtes. C’est dans cet environnement qu’apparait la tombe « hors normes » du prince de Lavau que nous découvrons dans les salles suivantes.
Le corps du défunt était posé sur un char à deux roues dans une chambre funéraire de 14 m2 avec sol, parois et plafond en bois, creusée à 2 m de profondeur, le tout recouvert d’un énorme tumulus de 8 m de hauteur qui devait se voir de très loin. C’était un homme de 1,70 m à la dentition parfaite, signe d’une alimentation de qualité, dont le squelette conserve la trace d’une chute de cheval, bosse sur le crâne et fracture mal consolidée de la clavicule droite. Il avait été inhumé sans linceul mais habillé et portant de nombreux ornements exposés dans des vitrines. M. Blanchegorge fait remarquer que s’ils sont comparables par la forme à ceux trouvés dans d’autres sépultures, ils s’en distinguent par la qualité des matériaux qui les composent. Par exemple son brassard n’est pas en vulgaire jais mais en schiste noir du Dorset, une pierre rare très recherchée à l’époque, sa fibule n’est pas en bronze mais en fer incrusté d’or et ornée d’un minuscule animal fantastique. De nombreux objets de toilette indiquent qu’il prenait grand soin de son apparence. Mais surtout il portait un torque et deux bracelets en or. Ces derniers, contrairement au torque, étaient portés tous les jours si on en croit l’usure plus prononcée du bracelet droit. L’or étant considéré à l’époque comme « la chair du soleil », en porter c’était se placer au rang des dieux. Du reste les deux bracelets étaient ornés de canards, animaux solaires.
La salle suivante donne à voir la très riche « vaisselle » nécessaire au banquet qui accompagne le prince dans la mort organisé autour de la cérémonie du vin : un très grand chaudron pouvant en contenir plus de 200 litres, des œnochoés ou cruches à vin, le service personnel du prince, coupe à boire, passoire, cuiller. De son vivant le banquet rassemble tous ceux qui reconnaissent son pouvoir qu’il faut à la fois combler et impressionner d’où le luxe inouï déployé à cette occasion. M. Blanchegorge insiste encore sur le côté « bling bling », même dans des objets apparemment anodins comme cette bouteille cannelée en terre cuite fabriquée avec de l’argile locale mais au tour, matériel inconnu des Celtes d’où hypothèse d’un potier venu de la Méditerranée, comme le chaudron et les céramiques attiques. La cruche particulière du prince est une céramique athénienne à figures noires déjà démodée à l’époque mais « customisée » par l’ajout d’un pied en argent doré, d’une couche d’argent recouvert d’or sur le bec verseur et d’un petit motif en argent sur l’anse qui ne se voit à l’endroit que lorsqu’on verse le vin ! La coupe à boire en bois avait également un pied en argent, à l’époque plus rare donc plus précieux que l’or. Le chaudron en bronze n’était pas patiné mais régulièrement astiqué pour avoir l’aspect de l’or et, comble du raffinement, les têtes du dieu-fleuve grec Achélôos qui ornent les quatre anses arborent trois moustaches. Même avec une seule ce dieu qui, dans son combat avec Héraclès, a perdu une corne devenue corne d’Abondance, symbolise la richesse. Le chaudron a été placé dans le tombeau rempli de vin rouge, produit de luxe à l’époque puisqu’importé, peut-être de Marseille. Les analyses ont pu prouver qu’il était aromatisé et sucré au miel. Elles n’ont pas permis de déterminer le cépage, qui aurait pu préciser sa provenance, mais on s’est gardé de restaurer la couche intérieure du récipient pour se réserver cette possibilité pour plus t**d.
Dans la dernière salle, le visiteur est invité à s’interroger sur les origines d’une telle richesse, la nature du pouvoir du prince et son lieu de résidence qui pourrait être le site de Chaillouet, en ville, où des céramiques de son époque ont été découvertes sous les ruines d’une luxueuse domus gallo-romaine fouillée en 1995 par notre collègue Gilles Deborde. M. Blanchegorge fait remarquer la proximité avec le premier château des comtes de Champagne, une continuité dans les lieux de pouvoir.
Ultime question posée par l’exposition, et si le prince de Lavau était un roi et sa voisine la dame de Vix une reine ?

Adresse

1, Rue Chrestien-de-Troyes
Troyes
10000

Heures d'ouverture

14:00 - 16:30

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