13/01/2026
Crise agricole : 𝗠𝗲𝗿𝗰𝗼𝘀𝘂𝗿 : 𝗹𝗮 𝗾𝘂𝗮𝗹𝗶𝘁𝗲́ 𝗻𝗼𝗿𝗺𝗮𝗻𝗱𝗲 𝗺𝗲𝗻𝗮𝗰𝗲́𝗲 𝗽𝗮𝗿 𝗹𝗮 𝘃𝗶𝗮𝗻𝗱𝗲 𝘀𝘂𝗱-𝗮𝗺𝗲́𝗿𝗶𝗰𝗮𝗶𝗻𝗲 (3/4)
Le 9 janvier, Bruxelles a approuvé l’accord UE-Mercosur malgré l’opposition française. Pour les 19 350 exploitations d’élevage normandes et les productions de qualité reconnues mondialement, c’est une menace directe.
𝗟𝗮 𝗡𝗼𝗿𝗺𝗮𝗻𝗱𝗶𝗲, 𝘁𝗲𝗿𝗿𝗲 𝗱𝗲 𝗹𝗮𝗯𝗲𝗹𝘀 𝗱𝗲 𝗾𝘂𝗮𝗹𝗶𝘁𝗲́
La région compte parmi les territoires les plus riches d’Europe en appellations : 4 fromages AOP (Camembert de Normandie, Livarot, Pont-l’Évêque, Neufchâtel), le Beurre et la Crème d’Isigny AOP, l’Agneau de prés-salés du Mont-Saint-Michel AOC, plus 5 produits IGP dont le Porc fermier de Normandie et la Volaille fermière de Normandie. Ces labels garantissent un savoir-faire et des normes strictes de production.
La Normandie élève 2,17 millions de bovins (12% du cheptel français). L’élevage représente 28% de la richesse agricole régionale. Les éleveurs normands respectent des règles sanitaires et environnementales parmi les plus strictes au monde.
𝗤𝘂’𝗲𝘀𝘁-𝗰𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗲 𝗠𝗲𝗿𝗰𝗼𝘀𝘂𝗿 ?
Le Mercosur regroupe l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. L’accord finalisé le 6 décembre 2024 prévoit de supprimer plus de 90% des droits de douane, créant une zone de libre-échange de 720 millions de personnes.
𝗨𝗻𝗲 𝘃𝗶𝗮𝗻𝗱𝗲 𝗱𝗲 𝗯𝗶𝗲𝗻 𝗺𝗼𝗶𝗻𝗱𝗿𝗲 𝗾𝘂𝗮𝗹𝗶𝘁𝗲́
L’accord autorisera l’importation de 99 000 tonnes de viande bovine sud-américaine produite avec des méthodes interdites en Normandie.
Les hormones de croissance sont interdites en Europe depuis 1988. Au Brésil, l’œstradiol 17-bêta (hormone cancérigène) est utilisé couramment. Un audit de la Commission européenne mené en mai-juin 2024 confirme que le Brésil ne garantit pas la non-utilisation d’hormones.
Les antibiotiques comme activateurs de croissance sont interdits en Europe depuis 2006. Au Mercosur, quatre antibiotiques (bacitracine, flavomycine, monensin, virgyniamicine) sont utilisés pour faire grossir les animaux plus vite. Cette pratique favorise l’antibiorésistance, un enjeu majeur de santé publique.
27% des pesticides utilisés au Brésil sont interdits en Europe car jugés trop dangereux. Ces produits servent notamment à nourrir le bétail.
Les coûts de production sud-américains sont 40 à 60% inférieurs, non par efficacité mais par l’absence de normes strictes.
𝐃𝐞 𝐧𝐨𝐮𝐯𝐞𝐚𝐮𝐱 𝐝𝐞̄𝐛𝐨𝐮𝐜𝐡𝐞̄𝐬 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥'𝐔𝐄
La Commission européenne défend l’accord comme “le plus ambitieux jamais négocié en matière de développement durable”, selon son communiqué de décembre 2024. Ursula von der Leyen affirme que l’accord contient des “clauses miroirs” garantissant le respect de standards européens.
L’accord ouvrirait aussi de nouveaux débouchés pour l’industrie européenne : selon la Commission, les exportations européennes vers le Mercosur pourraient augmenter de 15 milliards d’euros. Les secteurs automobile, aéronautique et pharmaceutique français en bénéficieraient.
“Cet accord permettra aux consommateurs européens d’accéder à des produits à des prix plus compétitifs”, argue la Direction Générale du Commerce de la Commission européenne.
Toutefois, plusieurs audits de la Commission elle-même contredisent ces assurances sur les normes sanitaires, notamment concernant la traçabilité de la viande brésilienne.
𝗤𝘂𝗲 𝘃𝗮-𝘁-𝗶𝗹 𝘀𝗲 𝗽𝗮𝘀𝘀𝗲𝗿 ?
La signature officielle aura lieu le 17 janvier au Paraguay. Le Parlement européen votera ensuite dans les prochains mois.
Si ce vote est favorable, l’accord entrera progressivement en application, même sans l’accord de la France. Concrètement : dans quelques mois, de la viande sud-américaine aux hormones et antibiotiques arrivera dans les supermarchés à bas prix, concurrençant directement les éleveurs normands qui respectent les normes les plus strictes d’Europe et les productions sous AOP et IGP. C’est toute la qualité normande qui est en jeu.
Emmanuel Macron a annoncé le 8 janvier que la France votera contre la signature. Le gouvernement a obtenu des garanties : une clause de sauvegarde permettant de bloquer les importations en cas de variation de 5% des prix, un renforcement des contrôles sanitaires, et 45 milliards d’euros supplémentaires pour la Politique agricole commune.
Mais ces concessions n’ont pas convaincu pas les syndicats agricoles. L’Assemblée nationale et le Sénat ont voté contre l’accord. La Commission européenne a donc divisé le texte en deux parties et le volet commercial pourra entrer en vigueur sans ratification par chaque État membre.
𝗟𝗲𝘀 𝗲́𝗹𝗲𝘃𝗲𝘂𝗿𝘀 𝗻𝗼𝗿𝗺𝗮𝗻𝗱𝘀 𝘀𝗲 𝗺𝗼𝗯𝗶𝗹𝗶𝘀𝗲𝗻𝘁
Mi-décembre, une centaine d’agriculteurs manifestaient à Rouen. Samedi dernier, 150 éleveurs normands ont contrôlé les camions au port du Havre. Après les mobilisations sur le pont de Normandie samedi dernier, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs normands promettent de nouvelles actions.
𝐀 𝐬𝐮𝐢𝐯𝐫𝐞 : 𝐏𝐨𝐮𝐫𝐪𝐮𝐨𝐢 𝐥𝐚 𝐍𝐨𝐫𝐦𝐚𝐧𝐝𝐢𝐞 𝐞𝐬𝐭 𝐥𝐚 𝐫𝐞̄𝐠𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐅𝐫𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐨𝐮́ 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐨𝐦𝐦𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐚𝐜𝐡𝐞̄𝐭𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐞 𝐦𝐨𝐢𝐧𝐬 𝐞𝐧 𝐜𝐢𝐫𝐜𝐮𝐢𝐭 𝐜𝐨𝐮𝐫𝐭 𝐚𝐮𝐩𝐫𝐞̄𝐬 𝐝𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐝𝐮𝐜𝐭𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐥𝐨𝐜𝐚𝐮𝐱 ?